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 19/06/2013 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 ABYA YALA 
ABYA YALA / Colombie : L’Empire contre-attaque
Date of publication at Tlaxcala: 06/06/2012
Original: Colombia: The Empire Strikes Back

Accord de libre-échange et conseillers militaires
Colombie : L’Empire contre-attaque

Dan Kovalik

Translated by  Le Grand Soir
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

À la mi-avril, le Sommet des Amériques se tenait à Carthagène en Colombie. Bien sûr, on se souviendra davantage du Sommet pour le scandale provoqué par les hommes du Services secret de la présidence US venus préparer la visite du président Obama, mais qui se sont montrés plus intéressés à coucher avec des prostituées pour ensuite refuser de les payer.



Scandale pas si secret, par Matador , El Tiempo

Toutefois, deux développements importants, et tout aussi troublants, ont également émergé du sommet : (1) le Président Obama a annoncé que les USA mettraient en oeuvre l’Accord de Libre-Echange [ALE, FTA en anglais, TLC en espagnol] avec la Colombie ce mois-ci ; et (2) Obama a annoncé que les USA enverraient des commandants de brigade pour conseiller l’armée et la police colombiennes dans leur campagne de contre-insurrection. Alors que la première annonce a été largement médiatisée, la seconde ne l’a pas été et cela, en dépit du fait que ces deux décisions politiques sont étroitement liées.

L’ALE est conçu pour ouvrir la Colombie à une plus grande exploitation et pénétration par les multinationales, plus particulièrement celles des industries extractives, comme le pétrole, le charbon, l’éthanol (issu de l’huile de palme), l’or et autres métaux précieux. Comme l’explique un excellent rapport de Peace Brigades International (PBI), au cours des 10 dernières années (c’est-à-dire durant les années menant au passage définitif à l’Accord de Libre-Echange), 40% de tout le territoire colombien a été « attribué ou sollicité par des compagnies d’exploitation minière et de pétrole brut ». En outre les PBI expliquent :

Des 114 millions d’hectares du vaste et prospère territoire de la Colombie, plus de 8,4 millions ont fait l'objet de licences pour l’exploration des gisements minéraux et plus de 37 millions d’hectares pour l’exploration de pétrole brut. En outre, selon le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, plus de 5,8 millions d’hectares de terres ont été donnés en concession pour l’exploitation des ressources minières non renouvelables en 2010.

Comme l’expliquent les PBI, la Colombie est en effet un pays riche en ressources, avec d'importants gisements d' or, émeraudes, argent, platine, nickel et cuivre ; les « plus grandes réserves de charbon de toute l’Amérique latine » ; et une production de pétrole comparable à celle du Vénézuela voisin et surpassant celle de l’Égypte. Cependant, le prix pour l’extraction de ces ressources précieuses en Colombie est énorme, avec des millions de Colombiens payant littéralement pour cette extraction de leurs vies, de leurs terres et de leurs maisons. Ainsi, les PBI rapportent que « 80% des violations des droits humains en Colombie au cours des dix dernières années ont été commises dans les régions minières et productrices d’énergie, et 87 % de la population déplacée de Colombie proviennent de ces zones. » Un tel déplacement est sans précédent dans le monde, la Colombie possédant maintenant la plus grande population de déplacés internes sur terre avec plus de 5 millions (pour une population d’environ 45 millions d’habitants). En d’autres termes, comme conséquence directe de l'exploitation minière se déroulant en Colombie, plus de 10% de la population colombienne est maintenant en situation de déplacement interne - un chiffre qui a de quoi impressionner.

De plus, un tel déplacement se répercute de façon disproportionnée aussi bien sur les 102 groupes indigènes de Colombie que sur la population afro-colombienne. Dans une interview que m’a accordée Gimena Sánchez du Bureau de Washington pour l’Amérique Latine (WOLA) pour cet article, elle a expliqué :

Actuellement, plus de 30 groupes indigènes distincts courent le risque d’une extinction culturelle et physique en raison de la violence, du déplacement et du manque de protection de leurs droits fonciers collectifs. Des opérations d’exploitation minière à grande échelle qui font partie de la machine économique promue par l’administration  Santos sont projetées sur de nombreuses terres collectives indigènes et cela va aggraver la crise des droits humains à laquelle ils sont confrontés. Une situation semblable se présente sur les territoires des communautés afro-colombiennes, malheureusement, l’héritage de l’esclavage, notamment la discrimination raciale a rendu la situation des Afrodescendants moins visible en Colombie et leurs cas ne sont pas aussi bien documentés que ceux des indigènes [...] les intérêts économiques étant sous-jacents dans beaucoup de déplacements violents actuels en Colombie. Une bataille pour le contrôle des territoires autochtones et afro-colombiens se déroule au bénéfice d’intérêts économiques légaux et illégaux. La Colombie souhaite sécuriser ces zones militairement afin de pouvoir mettre en œuvre des projets de développement à grande échelle qui profiteront surtout aux entreprises multinationales et colombiennes. Le gouvernement colombien, les entreprises et les multinationales ne voient que des liasses de dollars lorsqu’il s’agit des terres collectives indigènes et afro-colombiennes en raison des minerais et de la biodiversité qu’ils recèlent.

Les USA fournissent avec enthousiasme l’appui militaire pour permettre au gouvernement colombien d’arracher cette terre par la violence aux groupes indigènes et afro-colombiens. Ainsi, depuis 2000, les USA ont versé environ 8 milliards de dollars en aide militaire à la Colombie, faisant de la Colombie l’un des plus grands bénéficiaires de l’aide militaire dans le monde. A présent, selon le Wall Street Journal, le Président Obama est en train d’augmenter la mise, en annonçant, lors du sommet des Amériques, que les USA enverraient des « Commandants de brigade U.S. ayant une expérience pratique de contre-insurrection en Afghanistan et en Irak pour passer deux semaines avec des unités de l’armée et de la police colombiennes déployées dans les bastions rebelles » pour aider à mater ces zones.

Ces commandants s’ajoutent aux 250 militaires US déjà présents en Colombie – un chiffre qui, comme l’explique le Wall Street Journal, ne comprend pas les agents de la CIA et de la DEA dans ce pays. Alors que les USA et la Colombie ont déjà « mis en place cinq Joint Task Forces (Forces opérationelles communes) dans les zones où les FARC » sont les plus actives, le but est de créer sept task forces. En outre, tandis que le Wall Street Journal affirme que les USA ne font qu'examiner la demande de la Colombie en drones pour aider dans les opérations de contre-insurrection, d’autres sources, notamment le Washington Post (sur la base de documents wikifuités) et leBusiness Insider, ont rapporté que les USA ont fourni des drones à la Colombie depuis 2006, bien que les USA continuent de s'efforcer de garder cela secret. 

Et bien que les USA prétendent aider l’armée colombienne à prendre le contrôle de zones pour lutter contre la drogue, il est en fait évident que les régions doivent être soumises pour permettre l’exploitation par les multinationales minières (principalement des USA et du Canada). Pas étonnant dès lors que les commandants US opéreront depuis la base de Tibu en Colombie, laquelle abrite de vastes ressources d'huile de palme et de pétrole brut. En prime, Tibu est à la frontière vénézuélienne, ce qui permet aux USA et à la Colombie d’intimider le Vénézuela et son Président, Hugo Chavez.

L’assistance US comprendra l’aide fournie à la Colombie pour qu'elle mette sur pied « sa propre version du Joint Special Operations Command (Commandement US du groupe opérationnel interarmées) pour mener des missions hunt-and-kill (chasse à l'homme), » visant à nouveau exclusivement les rebelles FARC d’extrême-gauche et non les groupes paramilitaires d’extrême-droite qui sont alignés sur l’État colombien et qui sont responsables de la plupart desviolations des droits humains  en Colombie. En effet, comme l’explique une bonne analyse par Susana Pimiento et John Lindsay-Poland du Mouvement international de la réconciliation :

La participation US dans une campagne militaire si agressive pourrait saper les tentatives potentielles de négocier un règlement du conflit armé, qui connaît un soutien croissant en Colombie. La campagne qui apparemment ne cible pas les successeurs des groupes paramilitaires, est également susceptible de bénéficier à ces groupes qui continuent de commettre des atteintes aux droits humains, à se livrer au trafic de drogue et à opérer dans plus de 400 communes de 31 États colombiens, selon un rapport publié par l’Institut de Développement et de la Paix, INDEPAZ.



L'ALE ou les genoux légalement verrouillés, par Betto, El Espectador

Déjà, l’annonce de la mise en œuvre imminente de l’ALE, en conjonction avec l’annonce de l'intensification du rôle militaire U.S. en Colombie, est en train d’encourager ces forces en Colombie (surtout celles alignées sur l’État colombien) qui veulent plier par la  répression violente ceux qui s’engagent sans violence dans la lutte pour les droits à la paix, à la terre et au travail. Ainsi, selon Justice For Colombia (ONG créée par les syndicats britanniques), l’armée colombienne a assassiné le 26 avril le dirigeant communautaire Duvier Celeita Cifuentes, un organisateur du syndicat des travailleurs agricoles de Sumapaz Sintrapaz, qui a appelé à un règlement pacifique du conflit armé en Colombie. Le 27 avril, un garde du corps d’Alfonso Castillo, le président d’e lANDAS (Association Nationale des Personnes Déplacées), a été assassiné. En outre, Martha Cecilia Guevara, une organisatrice locale de la marche nationale pour la paix qui s’est tenue à Bogota (La Marche Patriotique) a disparu le 18 avril alors qu’elle s’apprêtait à se rendre à la marche. De même, le 18 avril, Herman Henry Dias, un organisateur paysan de la FENSUAGRO (Fédération nationale syndicale unitaire agropécuaire), a été tué, probablement par l’armée colombienne, après qu’il eut organisé le contingent du Putumayo pour la Marche Patriotique.

Vu l’intensification de la poussée militaire et économique des USA  en Colombie, nous pouvons malheureusement anticiper encore plus de violences à l’égard des acteurs pacifiques en Colombie dans le but de rendre le territoire colombien plus sûr pour l’exploitation et l’appropriation massives. C’est cette violence et ces morts qui sont le véritable coût de l’intervention U.S. en Colombie. En effet, le scandale du Service Secret est devenu une métaphore juste de l’engagement US en Colombie, et dans le reste de l’Amérique latine, les Etats-Unis continuant de faire à toute l’Amérique latine, ce qu’ont fait les hommes du Service Secret à ces femmes à Carthagène.





Courtesy of Le Grand Soir/GM
Source: http://www.huffingtonpost.com/dan-kovalik/colombia-the-empire-strik_b_1500062.html
Publication date of original article: 08/05/2012
URL of this page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=7452

 

Tags: ColombieUSAALEObamaSommet des Amériques de CarthagèneWikiLeaksIntervention militaireImpérialisme USCompagnies minièresPétrolePillage des richessesTerrrorisme d'EtatParamilitairesDronesContre-insurrectionGuerrre spécialeFARCIndigènesAfro-ColombiensAmérique LatineAbya Yala
 

 
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