Je suis résolument opposé à l’antisémitisme, et c’est très important pour moi. Ce que je ne peux accepter, c’est de me laisser imposer telle ou telle position relativement au conflit du Moyen-Orient- et avec un tel mot d’ordre par-dessus le marché! Même si je pense que la solution des deux États (Israël et la Palestine) dans les frontières de 1967 est la bonne - le Président Obama lui-même s’est prononcé en sa faveur- je ne veux pas m’interdire pour l’éternité d’envisager la possibilité d’un État unique, en fonction de l’évolution des choses.
Qu’est-ce qui pourrait vous amener à changer d’avis ?
Cela dépend en grande partie de l’analyse que fera la Linke d’Israël et de la Palestine. Si à l’avenir elle estime que pour eux la solution d’un État unique est souhaitable, qu’elle est la bonne sur le plan politique et qu’elle est applicable, je repartirai sur de nouvelles bases.
Quelle est votre position vis-à-vis des appels au boycott des produits israéliens, que votre fraction parlementaire a résolu de ne pas soutenir ?
En Allemagne plus qu’ailleurs, l’appel au boycott des produits israéliens pose de gros problèmes. À la Commission des Affaires étrangères du Parlement européen, je me suis penché entre autres sur les accords entre l’UE et Israël. Les biens en provenance des territoires occupés sont déclarés « israéliens » en violation du droit international. Des groupes très divers ont lancé des campagnes appelant concrètement à ne pas acheter ces produits: il faut les soutenir. Si l’on m’objectait qu’une telle formulation est en contradiction avec la résolution de ma fraction au Bundestag, parce qu’on comprendra qu’il s’agit de boycotter des produits israéliens, la cause est entendue.
Le texte de la Fraction interdit également de s’associer à la « Flottille pour la liberté » prévue cette semaine, qui selon ses organisateurs permet à une « coalition de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel » d’apporter une aide à la bande de Gaza où l’on manque de tout et qui vise à obtenir la levée du blocus israélien sur Gaza. Que pensez-vous de ce projet ?
Je me déclare solidaire de mes ami-e-s qui prennent part à la flottille - et je m’adresse tout particulièrement à mon ex-collègue au Parlement européen et ami personnel, Willy Meyer, de la Gauche unie espagnole. Ceux qui essaient par divers moyens de faire connaître la situation de la bande de Gaza sous blocus et de l’améliorer méritent qu’on les soutienne.

Carlos Latuff
Des voix critiques mettent en avant la proposition de Tel Aviv : prendre réception dans un port israélien de l’aide acheminée par la flottille et organiser sa distribution à Gaza.
Premièrement, l’an dernier toute l’aide n’a pas été acheminée. Deuxièmement, il s’agit aussi de lever réellement et complètement le blocus de Gaza. Et parler de l’ouverture de la frontière avec l’Égypte ne tient aucun compte de la réalité concrète: les temps d’attente sont démesurés et les difficultés bureaucratiques nombreuses.
Dans un débat publié par le « Neues Deustchland », la vice-présidente de votre parti, Katia Kipping, justifie le refus de participer à la flottille par la présence d’organisations antisémites et de « bellicistes ».
Je suppose qu’elle pense à l’organisation turque IHH, une organisation caritative islamique tout à fait classique. C’est aller un peu loin que de qualifier en bloc ces organisations « d’islamiste » ou « d’antisémite» En outre cette année, il n’y aura vraisemblablement pas de participants turcs. Il y a plusieurs jours que l’on sait que le « Mavi Marmara » ne viendra pas. Mais je prendrais très au sérieux le qualificatif de « bellicistes » employé par Katia Kipping. Il faudrait déterminer qui sont les bellicistes. Certainement pas les organisateurs de la flottille.
Il y a des gens qui refusent de qualifier cette entreprise d’antisémite, mais qui la jugent trop risquée, la marine israélienne ayant tué neuf militants il y a un an environ.
C’est un argument recevable. Mais pour autant que je puisse en juger, les organisateurs de la flottille font leur possible pour éviter toute escalade. Ils se sont engagés à s’abstenir de toute violence et ont demandé à leurs gouvernements d’engager l’armée israélienne à ne pas en faire usage non plus. Le journal israélien Haaretz a maintenant publié un appel à laisser passer la flottille.