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 30/10/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 UMMA 
UMMA / Londres honore Noor Inayat Khan, héroïne musulmane de la seconde guerre mondiale
Date of publication at Tlaxcala: 29/09/2020
Translations available: Deutsch 

Lettre de Londres
Londres honore Noor Inayat Khan, héroïne musulmane de la seconde guerre mondiale

Cécile Ducourtieux

 

Une plaque a été inaugurée fin août dans le quartier de Bloomsbury, au cœur de la capitale, en mémoire de cette agente secrète envoyée en France en 1943 comme opératrice radio.

 

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A deux pas de l’University College London, le Gordon Square fait partie de ces carrés de verdure londoniens où l’on passerait bien la matinée à lire un bon roman, à peine gêné par les passants et les écureuils. Ce jardin se situe au cœur de Bloomsbury, entre la British Library et le British Museum, où naquit un des mouvements intellectuels les plus prolifiques du début du XXe siècle au Royaume-Uni.

Noyau du groupe, les enfants Stephen – la peintre Vanessa (future Vanessa Bell), sa sœur Virginia (future Woolf), leurs frères Thoby et Adrian – déménagèrent au 46 Gordon Square en 1904. L’économiste John Maynard Keynes vécut ultérieurement à la même adresse. L’écrivain Lytton Strachey habitait à deux pas, au 51 de la même rue. Des plaques bleues fixées aux élégantes façades victoriennes du quartier rappellent la mémoire de ces illustres personnages.

Le 28 août dernier, l’English Heritage Trust, qui gère ces « plaques bleues » emblématiques, (en plus de 400 sites historiques au Royaume-Uni, dont Stonehenge ou des pans entiers du mur d’Adrien), en a inauguré une nouvelle dans le quartier, au 4 Taviton Street. Une plaque un peu particulière : elle est la première du genre à honorer la mémoire d’une femme musulmane d’origine indienne et une des très rares femmes à avoir été envoyée en mission par le SOE (Special Operations Executive), service secret mis en place par Winston Churchill au début du second conflit mondial.

Portrait non daté de Noor Inayat Khan jouant de la vînâ. NOOR INAYAT KHAN MEMORIAL TRUST / AFP

Noor Inayat Khan vécut à cette adresse entre 1942 et 1943. « Nom de code : Madeleine », précise la plaque commémorative. La jeune femme était parfaitement francophone, elle fut envoyée en France occupée en 1943 comme agente radio pour soutenir les réseaux de la résistance hexagonale, une mission follement périlleuse. Elle la mena à bien, avec une exceptionnelle bravoure, mais fut trahie, emprisonnée, torturée par la Gestapo et finalement assassinée au camp de Dachau, en septembre 1944.

« A jamais dans nos cœurs »

« Son dernier mot fut “Liberté” », relève l’inscription gravée sous son buste en bronze qu’on découvre dans un coin ombragé du Gordon Square. Erigée il y a une dizaine d’années, la statue contemple le parc de ses yeux immenses, un sourire à peine esquissé aux lèvres. « Noor vivait tout près et a passé des moments paisibles dans ce jardin », peut-on encore lire sur son piédestal. A ses pieds, une couronne de coquelicots (l’offrande classique aux héros de guerre britanniques), un message plastifié à la signature en partie effacée : « Rien ne vous obligeait à le faire mais vous l’avez fait pour la liberté des autres. A jamais dans nos cœurs. » Et un cliché en noir et blanc : on devine Noor, en sari, en train de jouer de la vînâ.

 Cérémonie d’inauguration de la statue de Noor Inayat Khan à Gordon Square à Londres, le 8 novembre 2012

« J’ai découvert l’histoire de Noor il y a déjà plusieurs années, j’ai été surprise et un peu attristée que si peu de gens la connaissent », raconte la londonienne Sufiya Ahmed, autrice pour enfants d’origine indienne, qui vient de rédiger une biographie de l’intrépide agente, publiée cet été aux éditions Scholastic (My Story : Noor-un-Nissa Inayat Khan, non traduit). La jeune femme a mené campagne contre les mariages forcés et pour l’émancipation des musulmanes. Elle anime des ateliers dans les écoles britanniques et explique « avoir été à la recherche de modèles féminins » à mettre en valeur auprès des écoliers.

« L’existence de Noor nous parle de sens du devoir, de loyauté, de vérité et de sacrifice », note encore Sufiya Ahmed. « Elle est un modèle pour toutes les femmes, pas seulement les musulmanes. Mais, si le fait qu’elle ait été d’origine indienne et de confession musulmane peut aider à combattre les préjugés raciaux et religieux, c’est tant mieux. »

Noor-un-Nissa Inayat Khan

Vie romanesque

Lumineuse, la vie de Noor fut aussi incroyablement romanesque. Elle est née à Moscou en 1914. Sa mère était américaine, poétesse à ses heures, son père, un maître soufi et musicien renommé, descendant de Tipu Sultan, le sultan du royaume de Mysore (sud de l’Inde), qui à la fin du XVIIIe siècle opposa une résistance farouche à l’envahisseur britannique.

La famille déménage d’abord en France, puis à Londres durant la première guerre mondiale, puis à nouveau en France, en région parisienne, dans l’entre-deux-guerres. Noor étudie la psychologie à la Sorbonne et suit les cours de composition de Nadia Boulanger au Conservatoire. Elle écrit, des poèmes et des récits pour enfants, dont l’un d’eux, Twenty Jataka Tales, publié à Londres en 1939, a été réédité à de multiples reprises.

Quand la seconde guerre mondiale éclate, son père est mort depuis dix ans, Noor fuit à nouveau la France pour Londres avec sa mère et ses frères. Elle décide d’aller contre ses convictions pacifistes et de s’engager dans l’armée britannique. Très vite repérée, elle intègre le SOE. « Noor soutenait le mouvement pour l’indépendance indienne de Gandhi. Si elle avait survécu à la guerre, je pense qu’elle se serait consacrée à la fin de la domination britannique sur l’Inde. Mais sa priorité, à l’époque, était de soutenir l’effort de guerre, et la défaite des nazis », assure Sufiya Ahmed.

« Nous devrions davantage reconnaître le sacrifice que les citoyens de l’Empire britannique ont consenti pendant la seconde guerre mondiale », estime l’autrice. Les chiffres sont impressionnants : 5 millions de personnes, de l’Afrique du Sud au Canada en passant par le Zimbabwe ou la Nouvelle-Zélande, ont été engagées dans le conflit sous les couleurs britanniques, « dont 2,5 millions d’Indiens, des musulmans, des hindous et des sikhs », précise Mme Ahmed. Ces immenses sacrifices n’ont pas été complètement ignorés par l’ancien empire : dix-sept membres de l’armée indienne britannique ont obtenu la Victoria Cross, la plus haute distinction militaire du pays (Noor a été décorée à titre posthume de la George Cross, son équivalent civil).

La reconnaissance peut paraître longue, mais elle est réelle : si les Noirs du Royaume-Uni déplorent encore l’existence insidieuse d’un « racisme institutionnel » à leur égard, les role models asiatiques sont de plus en plus nombreux dans la société britannique. Trois Britanniques d’origine indienne occupent des portefeuilles ministériels de premier plan au cabinet Johnson : Priti Patel, la ministre de l’intérieur, Suella Braverman, la procureure générale, et Rishi Sunak, le chancelier de l’échiquier. Ce dernier a tant gagné en épaisseur depuis le début de la crise due au Covid-19 que les commentateurs politiques l’imaginent déjà à Downing Street.

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18 000 personnes ont signé une pétition lancée en 2018, demandant que Noor Inayat Khan figure, aux côtés de deux autres héroïnes de guerre, Violette Szabo et Odette Hallowes, sur les nouveaux billets de 50 livres post-Brexit qui seront émis par la Banque d’Angleterre en 2021. La Bank of England leur a préféré Alan Turing. La Reine reste donc la seule femme figurant sur les billets de banque britanniques. [Note de Tlaxcala]





Courtesy of Le Monde
Source: https://cutt.ly/0f2lJZH
Publication date of original article: 28/09/2020
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=29714

 

Tags: Noor Inayat KhanHéroïnes de guerreSOEDeuxième Guerre MondialeRoyaume-Uni
 

 
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