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 26/10/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
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 EUROPE 
EUROPE / Chaos scénarisé dans le cirque de Westminster
Compte-rendus des audiences de Julian Assange du 27 juillet et du 14 août
Date of publication at Tlaxcala: 01/09/2020
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Chaos scénarisé dans le cirque de Westminster
Compte-rendus des audiences de Julian Assange du 27 juillet et du 14 août

Monika Karbowska Моника Карбовска

 

Compte-rendus des deux dernières audiences de Julian Assange à Londres. Prochaine représentation de ce grand Guignol : le 7 septembre 2020

Un chaos scénarisé - Julian Assange comparait devant la Westminster Magistrates’ Court le lundi 27 juillet 2020

Je ne peux pas le cacher, l’émotion m’a étreint lorsque que je suis revenue à Londres après 5 longs mois exactement depuis l’épique dernière journée du procès de Julian Assange à la Woolwich Court, le 27 février. Entre temps, nous avons vécu bien des épreuves, l’étrange et violente aventure du Covid, l’enfermement policier, le chaos social et économique, la terreur ultime que bien de nos concitoyens éprouvent encore. Les mots manquent pour décrire l’étrange sensation de retour à la « vie d’avant », alors que le pouvoir politique est toujours le même et que nous sommes affaiblis par ce qu’il nous inflige, en France comme en Angleterre et partout en Europe.

Néanmoins, nous ne lâchons pas la lutte. Les frontières étant à nouveau ouvertes, la quarantaine terminée, j’ai repris le chemin du Paris - Londres Victoria Coach Station. Eurolines ayant été avalé par sa concurrente allemande, les chauffeurs du bus n’étaient plus ceux que j’avais finis par connaitre à force de faire le trajet 2 fois par mois. Ont-ils été licenciés dans le cadre de la liquidation judiciaire que Flixbus a imposé à Eurolines ? Certaines restrictions sont toujours présentes : un siège sur deux condamné, toilettes fermées… Le bus était occupé par des familles de migrants rejoignant les siens. Mon jeune voisin était un migrant Polonais vivant à Londres qui a profité d’une offre bon marché pour faire un saut touristique à Paris.

Le passage à la frontière a duré deux heures car il fallait montrer patte blanche : un formulaire rempli sur le site du gouvernement britannique dans lequel il faut consigner ses coordonnées de départ et d’arrivée, les informations sur son moyen de transport ainsi que le sacro-saint téléphone portable afin d’être recontacté si jamais on aurait transmis un coronavirus à quelqu’un… Il fallait de plus laisser le téléphone d’une tierce personne au cas on refuserait de répondre aux sollicitations amicales du gouvernement sur le covid19. Mais la police des frontières semblait ennuyée par ces tracasseries bureaucratiques et m’a laissé passer sans présenter le document au vue de mon passeport français.

Mes retrouvailles avec la capitale britannique ont été pleines d’émotions. En effet, contrairement à ce à quoi je m’attendais, je me sentais très à l’aise. La grande ville de Londres est presque vide. Les gens se promenaient doucement, sans stress, le temps était superbe (sauf ce lundi…). La verdure et les fleurs resplendissaient. Les gens ne sont apparemment pas terrorisés par la maladie. Très peu de masques dans les rues, et malgré l’obligation, très peu de masques dans les magasins, les cafés et les restaurants. C’est dans le métro que le port du masque est le plus discipliné, encore que les rames aient été vides de la foule habituelle, sans que je comprenne si c’est dû aux vacances ou au télétravail. Certes, l’activité économique est réduite, de très nombreux hôtels et restaurants sont fermés, espérant pouvoir rouvrir en août. Je ne sais pas ce que deviennent les travailleurs de ces établissements. Mais j’ai retrouvé avec plaisir mes petites habitudes prises dans les cafés du quartier Paddington, autour du Frontline Club, lieux que Julian Assange avait fréquentés et qui se trouvent à quelques centaines de mètres à peine de la Westminster Court. En face du Frontline Club, Norfolk place, s’étend l’immense complexe du St Mary’s Hospital, lieu historique de découverte de la pénicilline par Alexandre Fleming. A 50 mètres du Frontline Club se trouve un lieu de pouvoir puissant dont nous n’avions malheureusement pas saisit l’importance en hiver dernier : l’Imperial College of London Medical School. Ce centre de recherche « Impérial » qui a influencé nos vies en France et en Europe à un point inimaginable fait physiquement partie du complexe de l’hôpital Saint Mary’s mais ne dépend pas du système de santé britannique, le National Health Administration. Le trop fameux Neil Fergusson, mathématicien de 50 ans qui se vante d’avoir imposé le confinement total à la population française après avoir terrorisé le président Macron, est vice-doyen de cette institution et il siège dans ce bâtiment[1].

Le lundi 27 juillet 2020, à 8 heures, devant la Cour  deWestminster il n’y avait personne. J’ai donc été la première à entrer dans le tribunal. A 8h15, deux militants de Don’t Extradite Assange sont arrivés, puis des journalistes, Marty Silk, Mohamed El Maazi, Juan Passerelli, et encore d’autres habitués. Nous nous sommes salués et avons échangé les nouvelles dans une ambiance amicale, comme une famille empêchée de se revoir pour cause de fermeture politique des frontières. Il faut dire qu’en l’absence de Greekemmy l’ambiance a toujours été plus détendue dans la cour. J’ai passé l’heure et demie à attendre devant la porte à sympathiser et à discuter avec une militante germanophone.

A 9h30, j’ai retrouvé les mêmes agents de sécurité de Mitie qui nous connaissent depuis presque 1 an déjà. J’ai retrouvé la liste des extradés dans le hall – Julian Assange en numéro 1 pour la salle 3, puis 15 noms de Polonais, Roumains, Slovaques, Hongrois… Lorsque je me suis retrouvée devant la porte de la salle 3, avec un « social distancing » de 2 mètres imposé entre chaque personne, (à comparer avec le 1 mètre en France), j’ai remarqué qu’à part nous, les soutiens de Julian Assange, il n’y avait personne d’autre. Le tribunal était vide, comme désaffecté. Aucun secrétaire n’est venu coller la liste des jugés sur la porte. Le secrétariat avait l’air fermé. Il faut dire qu’une affiche sur la porte d’entrée informait que les audiences auront lieu par vidéo et que chaque prévenu et sa famille recevront les informations nécessaires par mail. La crise du Covid a amplifié la politique britannique déjà en route de dématérialisation de toutes les institutions. Les bâtiments ainsi libérés de la présence humaine inutile pourront ainsi servir à autre chose, la question est justement à quoi ?

Nous avons donc passé seuls 45 minutes dans la vaste salle d’attente devant les machines à cafés vides. Quelques avocats polonais sont néanmoins apparus plus tard pour quelques audiences physiques exceptionnelles. Les familles des Européens de l’est jugés après Julian Assange sont restées absentes. L’aspect « cour fantôme » s’accentua lorsqu’à 10h nous constations qu’il n’y avait toujours aucun mouvement dans la salle d’audience. Entre temps, l’avocat Edward Hamilton Fitzgerald était arrivé accompagné par une jeune femme blonde, peut être sa collaboratrice dont le nom a été publié sur twitter comme nouvelle avocate de Julian Assange. Il faut dire que Gareth Peirce n’était plus là. Edward Hamilton Fitzgerald et la jeune femme ont tenu une brève réunion dans la première consultation room vers 10 heures. Je remarque aussi la présence de Mark Summers. Dans le public, deux femmes journalistes sont arrivées ainsi qu’une curieuse jeune fille portant une casquette noire et un masque noir si grand qu’on ne pourrait jamais reconnaitre son visage. Elle était assise sur un siège à lire un livre intitulé « Skripal files ». Elle entrera dans la galerie du public qu’à 11h30 seulement.

En théorie le masque est obligatoire pour tout le monde, mais seuls les citoyens lambda s’astreignent à l’exercice. Vanessa Baraitser, le greffier, l’employé du tribunal, le procureur et les avocats ne portaient pas de masque pendant l’audience, ni dans les couloirs. Visiblement ici personne ne croit à la nécessité de se protéger du « danger » et les personnes présentes qui se connaissent s’embrassent et se touchent sans gêne aucune. Quel contraste avec nos pays d’Europe continentale pétris depuis 5 mois par une peur panique aussi irrationnelle qu’ancestrale !

Il est déjà plus de 10 heures quand la salle s’ouvre et sans autre forme de cérémonie, en l’absence de tout agent du tribunal, nous nous y installons sans façon alors qu’en hiver le contrôle d’attribution des places était si sévère et l’objet de tant de tensions. Les journalistes s’installent même dans les rangs de droite, normalement réservés aux employés du tribunal aujourd’hui absents. Le greffier est déjà assis à son bureau sous l’estrade et il ne lèvera pas la tête de son ordinateur comme si tout ce qui se passait ici ne le concernait pas. Fitzgerald est assis à côté d’un jeune procureur, l’ancien, Lewis, n’est pas là. Il y a dans la pièce une ambiance de cour de récréation plutôt que celle d’un tribunal statuant sur la vie et la mort, la liberté de personnes. Vanessa Baraitser arrive, égale à elle-même dans ses mêmes ensembles noirs et débite le même discours, non sans avoir averti qu’elle ne tolérera pas de gens debout dans la galerie du public : en effet, pour cause de coronavirus, la moitié des sièges est condamnée, nous ne pouvons être que huit. Comme j’étais entrée la toute première, je suis confortablement assise au milieu du premier rang.

Dans le brouhaha ambiant, je ne comprends pas tout ce qui est dit. Cinq mois et quelques épreuves plus tard, je ne suis plus dans le bain de l’anglais juridique comme j’ai pu l’être en février. De plus la « online conférence » - la conférence téléphonique parallèle, gène la compréhension car chaque fois que quelqu’un se branche ou quitte la « conférence » une voix forte et artificielle retentit dans la salle. Ce qui apparait tout de suite est que Julian Assange ne comparaitra pas contrairement à ce qui avait été annoncé sur twitter. Je comprends que l’avocat Fitzgerald se justifie d’avoir contacté Belmarsh et que la prison lui aurait répondu qu’ils n’étaient pas au courant de la comparution du prisonnier aujourd’hui ! La juge Baraitser répond qu’elle n’en est pas responsable et que la comparution du prévenu n’est pas son rayon. Je me dis qu’on marche sur la tête ! Si maintenant c’est aux avocats d’appeler la prison pour arranger la comparution de l’accusé, sommes-nous encore vraiment dans un vrai tribunal ? Mais oui, Baraitser enjoint à l’avocat de faire lui-même la demande de comparution à la prison !

Elle dialogue avec le jeune procureur qui parait n’être au courant de rien non plus et elle entame son job administratif de préparation du procès final demandant à l’accusation de fournir des argumentaires écrits pour septembre et écoutant les réponses sur ce qui lui a déjà été envoyé par mail par les parties. Une seule fois, à voix haute comme pour s’adresser à nous, Baraitser constate l’absence de Julian Assange. Fitzgerald est comme d’habitude hésitant avec cette attitude de justification permanente qui le caractérise et qui exaspère plus d’un militant. Il finit par dire qu’il voudrait consulter son client et serait très heureux s’il arrivait à établir ce contact. A 10h30, Baraitser finit par en avoir marre du cinéma et déclare « Nous n’avons pas pu voir Monsieur Assange. Faites une demande à la prison et quand vous serez prêt, faites-moi savoir ». Elle sort tranquillement, et pendant que nous nous levons selon l’usage, les journalistes quittent la pièce, alors que Mark Summers remplace Fitzgerald sur le siège des avocats.

Je suis agacée. Que se passe-t-il encore dans ce « Kasperletheater », (théâtre de marionnettes selon la sympathisante allemande ?). Dois-je sortir comme les autres ou rester surveiller ma place? Ou donc sont prises les vraies décisions ? Est-ce les avocats qui dirigent la cour ou la cour qui établit et surveille les procédures ? Qu’est-ce que c’est que ce lieu qui définitivement ne ressemble pas à un tribunal ?

Un autre jeune procureur commence une longue tirade ou il est question de fraude bancaire organisée en Lettonie au début des brillantes années du capitalisme sauvage des années 90. Je comprends qu’on est passé au cas suivant et je reste pour écouter et apprendre. Mark Summers répond au procureur et je comprends toute l’histoire déroulée pendant 1 heure et quart. Un certain M. « Kopiczko » ou « Pavliczko » (je ne comprends jamais les noms est-européens prononcés en Anglais) est poursuivi par la Lettonie pour fraude bancaire. Ayant été agent du KGB il obtient le droit d’asile en Russie et ce pays rejette en 1997 la requête d’extradition de la Lettonie indépendante. Summers plaide sans états d’âme les droits de son client ancien agent du KGB. Malgré son travail pour l’agence russe, l’accusé obtient le droit d’asile en Grande Bretagne en 1999 et la Grande Bretagne refuse son extradition en 2002. La Lettonie rejoint l’Union Européenne en 2004 et exige son extradition en 2007 via un mandat d’arrêt européen. Or, depuis 2007, ce mandat n’a pas été exécuté. Il n’y a pas lieu d’extrader en 2020 un homme dont l’extradition a été déjà refusé par l’Etat britannique en 2002, conclut l’avocat. Je regarde en direction du box des accusés : M. « Bobiczko » ou « Pavliczko » est assis devant le box, c’est un petit homme au costume sombre et à l’aspect passe-partout.

A 11h26, brusquement il se passe quelque chose, une rumeur se lève. Les journalistes reviennent et les militants reprennent leur place. Certains s’asseyent par terre afin que Baraitser ne les voit pas de son estrade. Celle-ci s’est sauvée sans façon à la fin de la plaidoierie, elle revient tranquillement vers 11h35. Il est 11h28 et il n’est plus question de M. « Bobiczko/Pavliczko ». Plus tard, je descends dans le hall consulter la liste des accusés de la salle 3 pour orthographier correctement son nom. Successivement, je note un Roumain, un Polonais, un Lithuanien, un Hongrois, un Slovaque, à nouveau un Polonais. Pas de Letton ni de Russe sur la liste. Bizarre. Un cas non prévu est jugé alors que les accusés prévus ne le sont pas. Que se passe-t-il ici ?

A 11h30, le greffier manipule la commande de la vidéo. On comprend que Julian va comparaitre. Sur l’écran de gauche, je vois apparaitre un box sombre filmé de près avec une porte à gauche et une fenêtre à droite. Un petit écriteau « HMP Belmarsh » est suspendu sous la fenêtre. Curieusement une espèce de barre traverse l’écran, comme si une table ou un guichet se trouvait devant le siège. Les minutes passent. A 11h45 le greffier déclare « Good Morning Belmarsh ». Baraister demande alors que Julian Assange soit appelé. Une femme blonde en uniforme noir apparait dans l’écran dans l’embrasure de la porte du box sans qu’on sache si le costume qu’elle arbore est réellement l’habit des gardiens de cette prison. Une minute s’écoule et on voit un mouvement dans le corridor derrière le box. Puis Julian Assange entre. On ne peut pas le voir en entier, car la caméra le coupe à la taille. Impossible de voir donc s’il marche normalement ou s’il tient à peine debout. Il s’assied immédiatement sur le siège devant la caméra. La barre en travers de l’écran le coupe à la poitrine, on ne voit pas ses jambes. Il porte un pull beige et une chemise blanche avec le coll sorti sur le pull. Il fait plutôt frais ce jour-là, mais porter un pull en plein été ne peut que signifier qu’il est soumis à un air froid d’une clim sévère. Derrière lui, le corridor est sous lumière artificielle. Il a les cheveux courts avec une frange coiffée sur le côté, son visage est glabre, il ne porte pas de lunettes. Certains militants m’ont parlé d’un bandeau blanc sur le front, moi je ne l’ai pas vu, mais il est possible que ma vision à 10 mètres de distance n’était pas assez bonne.

Cependant je distingue bien le visage de Julian Assange. Je le reconnais. C’est bien le même homme qu’en février, son visage a l’aspect qu’il avait le 27 février. Son visage est plutôt rond, moins émacié qu’en janvier. Ses yeux sont un peu cernés de noir, enfoncés dans les orbites et son visage est triste. Cependant, j’ai l’impression qu’il est moins amaigri qu’auparavant. Il pose ses mains sur ses cuisses et ne bouge plus, le regard tourné vers le bas dans une attitude de prostration.

Lorsque Vanessa Baraitser lui demande de décliner son nom, il dit « Julian Assange » et sa date de naissance «3 July 1971 » d’une voix qui semble plus assurée. A moins qu’ils n’aient simplement que poussé les micros à fond : les événements de février nous avaient montré que les organisateurs du spectacle étaient capables de couper les micros dans la galerie du public afin qu’on n’entende rien de ce que lui dise ou crie – le 26 et 27 février il s’était levé en protestant et on l’avait vu se révolter sans pouvoir l’entendre… Tout est étudié pour le laisser sans voix et nous maintenir impuissants face au « spectacle de marionnettes ».

Vanessa Baraitser engage un dialogue avec l’avocat et le procureur au sujet des nouvelles accusations dont parlent les médias. C’est Hamilton Fitzgerald qui pose le sujet, escomptant que les accusations existantes soient annulées aux profit des nouvelles. C’est étrange parce qu’en droit, la procédure déjà engagée doit être menée à terme et une nouvelle accusation doit normalement être l’objet d’une autre procédure. J’essaye de voir les mains de Julian, je m’applique à lui transmettre toutes nos pensées collectives de soutien et d’amitié. Derrière lui, passent et repassent plusieurs fois des silhouettes de femmes habillées de blouses vertes ou bleues. On a clairement l’impression que ce sont des blouses médicales et les femmes du personnel hospitalier. Enfin, Julian Assange lève les yeux et regarde droit devant lui dans la caméra. J’ai la conviction qu’il sait qu’on est là. A la fin, il tousse et lève alors trois fois ses mains vers son visage. L’émotion est là, il a répondu à notre geste.

A 12H03 pile, Vanessa Baraitser dit négocier avec la cour Old Bailey. Julian Assange se penche légèrement sur sa droite. Fitzgerald aborde le sujet d’une expertise psychiatrique. Je suis désappointée. Une expertise psychiatrique n’a pas sa place dans une procédure d’extradition. C’est finalement le procureur qui semble moins agressif : pour lui les nouvelles accusations n’ont pas été déposées, ne sont pas donc pas objet de débat et il n’est pas pressé de s’occuper de l’expertise psychiatrique. Finalement, Vanessa Baraitser pose deux nouvelles dates : le 14 août pour un « final admission hearing » et le 24 août pour le « call over hearing ». Julian Assange devra y comparaitre en vidéo.  La discussion repart sur les semaines de procédures prévues à la Old Bailey. Je comprends que la défense demande des semaines supplémentaires mais je ne saisis pas quelle est la décision finale. A 12h05, c’est fini. Vanessa Baraitser se lève et s’en va. C’est expéditif.

On essaye de rester, on lève le poing quand Julian Assange se lève et se tourne vers la sortie du box. Il parait las et je ressens sa lassitude. Combien de temps allons-nous passer dans ces murs ? Je sors perturbée, malgré ma satisfaction d’avoir encore une fois fait le voyage et fait mon devoir.

De la salle d’attente, je vois les Polonais et les Roumain et leur avocats se diriger vers la salle numéro 1. Dehors les militants sont filmés par des caméras. Edward Fitzgerald fait un rapport rapide de l’audience à quelqu’un au téléphone. J’ai des doutes qu’il soit réellement décisionnaire dans ce procès. J’ai des doutes sur ce qu’est ce bâtiment, ce tribunal. Autour de lui se trouvent des bâtiments étranges : l’immeuble attenant est désaffecté et en construction depuis 2011, en théorie géré par l’entreprise Proximity, mais dans une de ses ailes, 191 Old Marylbone Road, des réfugiés sont logés dans un espèce d’hôtel miteux sous l’appellation pompeuse de « Mina Palace »[2]. L’histoire de l’immeuble nous apprends que dans cet endroit se trouvait jusqu’en 1948 la plus ancienne maternité de Londres ou les femmes pauvres venaient accoucher et parfois hélas, abandonner leur enfants. Les infirmières de l’hôpital étaient directement logées ici[3]. Aujourd’hui des vêtements d’enfants suspendus aux fenêtres et des jouets dans le petit hall attestent d’une présence humaine effective. En face du tribunal, sur l’avenue, un imposant immeuble de briques rouges appartient à la Church Army, une organisation ecclésiastique caritative travaillant pour l’Etat (pas de séparation de l’Eglise et de l’Etat en Angleterre). Il abrite le «Women’s Day Center », un foyer pour femmes SDF[4]. A 300 mètres à l’ouest de la cour, en direction du métro Edgware Road, un immeuble des années 60 loge des réfugiés de l’ONG One Westminster. Le quartier apparait dans son délabrement social évident.

De la station de métro Marylbone à celle d’Edgware Road ce quartier, anciennement ouvrier, est soumis à une transformation profonde: des pâtés de maison entiers sont détruits et des trous béants sont entourés de grandes palissades. Des immeubles de bureaux et des résidences en béton et verre sortent de terre. Des investisseurs puissants transforment ce quartier dans une gentrification intense. L’immeuble de la Westminster Court, édifié en 2011 sur l’emplacement de la « Old Marylbone police court » a d’ailleurs le style sans âme de tant de bureaux dans nos métropoles néolibérales. Son usage en tant que tribunal me parait de plus en plus douteux.

Quelques jours plus tard, le mercredi soir à 21h, le 29 juillet, l’entrée souterraine de la cour par laquelle les détenus sont amenés était illuminée, de même que toute la partie « back office » du bâtiment ou se trouvent dans la journée juges et accusés. La lumière était allumée également cette nuit dans une partie du secrétariat dans l’aile ancienne du bâtiment côté ouest, ainsi qu’au dernier étage dans des salles de réunions. A quelle réunion donc ce bâtiment sert-il, à part à mettre en scène le jugement de Julian Assange?

J’explore le lendemain un autre lieu de pouvoir tout proche: l’Imperial College of London Medical School St Marys Campus, Praed Street, en face du Frontline Club et du musée d’Alexandre Fleming fermé pour cause de coronavirus. L’Imperial College of London est le grand centre de recherche de la Couronne Britannique dont la Faculté de Médecine est mondialement connue pour avoir cherché à imposer l’enfermement répressif des populations européennes comme instrument de gestion de la crise sanitaire appelée « covid19 » en Europe continentale.[5] Neil Ferguson, le vice-président de cette institution, est connu pour être l’idéologue du confinement. [6] Son Centre de Prévention des Maladie Infectieuses est aussi connu pour être financé par la Fondation Bill et Melinda Gates et pour servir de centre de conseil à l’OMS[7]. Ce centre avait déjà par ailleurs préparé depuis 2016 la politique qu’il impose avec succès aux Européens aujourd’hui[8].

Nous avons probablement assisté sans le savoir au lancement de la campagne de propagande sanitaire visant à terroriser les populations européennes. Pour moi, le point de départ de cette opération psychologique mondiale a été l’étrange conférence à laquelle nous avons assisté au Frontline Club le 13 janvier 2020- ce club de journalistes qui fut le lieu de travail et de vie de Julian Assange en 2010 et 2011 et situé en face de l’Imperial College of London Faculté de Médecine, 13 Norfolk Place. Le titre de la conférence était « La résistance aux antibiotiques – repenser l’urgence sanitaire globale»[9]. Nous y avons assisté par pure curiosité, mais en réalité nous étions au cœur d’un milieu économique et politique qui allait profondément influencer nos vies et nous ne le savions pas. Un panel de 5 idéologues était assis devant un parterre de jeunes chercheurs et de journalistes. Nous entendions un discours alarmiste ou la phrase la plus absurde nous semblait être « vous allez tous mourir d’une maladie inconnue ». Cela nous faisait rire. Il nous semblait absurde qu’on puisse terroriser la planète avec un discours sur la résistance aux antibiotiques sans parler de l’immunité humaine et de l’adaptation de l’humanité à son environnement. Quelque part, nous avions tort de ne pas prendre ces idéologues au sérieux, car deux mois plus tard ce discours culpabilisant et terrifiant est devenu une norme mondiale, la norme dans nos vies. Les idéologues qui ont imposé la politique du « coronavirus » dans nos pays sont-ils ceux qui étaient alors dans la salle ? A l’époque ce que j’entendais me semblait tellement incroyable que je n’aurais jamais imaginé la suite du scénario.

Je regrette de ne pas avoir été plus lucide et de ne pas avoir pris au sérieux ce que j’entendais, de ne pas avoir perçu la dangerosité immédiate dans ce qui me semblait juste un discours simpliste « à la Soros » mené non pas par des chercheurs sérieux mais des idéologues payés par des fondations et labos privés. Maintenant, si nous voulons revenir à une vie normale, nous devons comprendre qui a imposé ce discours dans nos vies, par quel moyen et pour quelle raison. Et défaire ce pouvoir. Oui, il y va de nos vies, ce n’est pas exagéré de le dire.

Notes

[1]              https://www.imperial.ac.uk/people/neil.ferguson

                http://www.francesoir.fr/politique-monde/les-mysteres-du-masque-entre-deraison-soumission-panique-et-contagion

                https://www.businessinsider.fr/us/neil-ferguson-transformed-uk-covid-response-oxford-challenge-imperial-model-2020-4

[4]              https://www.maryleboneproject.org.uk/

[7] «  It gets tens of millions of dollars in annual funding from the Bill & Melinda Gates Foundation, and works with the UK National Health Service, the US Centres for Disease Prevention and Control (CDC), and is tasked with supplying the World Health Organization with "rapid analysis of urgent infectious disease problems." – in :

https://www.businessinsider.fr/us/neil-ferguson-transformed-uk-covid-response-oxford-challenge-imperial-model-2020-4

Audience de Julian Assange du 14 août : la Cour de Westminster se mue en « Kindergarten » (jardin d’enfants)

J’ai repris le chemin outre- Manche pour assister au « final administrative hearing » de Julian Assange à la Westminster Magistrates’ Court jeudi 13 août, le lendemain de l’annonce du lancement de Sputnik 5, le vaccin « anti-coronavirus » de la Russie, pleine d’espoir que ce pas puisse sortir les peuples de la terrible crise dans laquelle nous sommes enfoncés depuis 5 mois. Mon billet était prêt depuis plusieurs semaines et je gardais espoir que nous pouvions gagner cette lutte, celle pour SA liberté et pour la NÔTRE, puisque la crise est une guerre permanente, une guerre de dirigeants contre leurs peuples et une guerre « ouest contre est » puisque l’Etat militaire américain et ses sbires baltes et polonais attaquent ouvertement la Biélorussie en envoyant des militants fascistes y fomenter des émeutes. Lors du voyage, je suis restée mobilisée, diffusant sur les réseaux sociaux la vérité sur les prétendus « journalistes polonais arrêtés par Loukachenko » que soutient la Fédération Européenne des Journalistes, alors qu’ils sont en réalité deux dangereux militants néonazis.

Je n’ai appris la nouvelle de la quarantaine imposée aux Français par la Grande-Bretagne ne que le soir de mon arrivée à Londres. Cette nouvelle m’a surprise : jusqu’à présent le gouvernement de Boris Johnson participait au storytelling planétaire sur le coronavirus, mais dans la réalité il ne terrorise pas les Britanniques comme la mafia macroniste le fait avec le peuple français. En effet, j’avais préparé à l’avance l’attestation en théorie indispensable à l’entrée sur le territoire britannique, avec adresse de résidence et coordonnées de tierce personne pour la contacter au cas j’aurais filé le coronavirus à quelqu’un et que je refusais de répondre à mon propre téléphone… Et là, à Calais, la police aux frontières anglaise ne demande pas l’attestation ! Le chauffeur de bus m’a confirmé que depuis 10 jours de trajet quotidien, cette attestation « covidienne » n’a jamais été exigée.

Il était très aimable avec nous et s’est mis en quatre pour nous faire ouvrir les toilettes aux haltes et distribuer des bouteilles d’eau dans le train de l’Eurotunnel. En effet, le coronavirus a servi de bon prétexte pour fermer les toilettes et la climatisation dans les transports, ce qui à 45 degrés dehors génère stress et malaise.

À Londres, le temps est superbe et frais. Le quartier de Paddington proche de la Westminster Court s’anime doucement depuis que les hôtels ont presque tous réouvert depuis le 1er  août et que les touristes, tout d’abord anglophones, reviennent. Business oblige, les gérants sont tous très aimables et les prix très abordables. Les masques sont presque inexistants et à en me promenant sous les grands arbres du quartier je me sens libérée de l’intense psychose collective dans laquelle nous sommes tellement plongés en France que nous ne nous en rendons plus compte. Ce n’est qu’au restaurant que le corona se rappelle à mon souvenir sous forme de grand registre tenu par la serveuse ou il faut inscrire son nom et son téléphone – mais les Britanniques ont une confiance plus grande dans leur gouvernement que nous dans le nôtre et ils n’ont pas peur d’être retrouvés par les autorités, accusés d’avoir « infecté » quelqu’un ni exterminés dans un hôpital. De même dans un autre pub, un parcours fléché imposé au consommateur afin qu’il ne se mélange pas avec les autres me rappelle aussi que l’absurdité existe aussi de ce côté-ci de la Manche.

L’annonce de la quarantaine m’irrite car elle met en danger notre faculté de venir au procès de Julian Assange le 7 septembre. La mesure est clairement une pression visant l’économie française, les touristes anglais rapportant un argent non négligeable à l’économie de nombreuses régions. Comme tout dans cette crise où les décideurs se soucient comme d’une guigne de la santé humaine, toutes les décisions prise au nom du sanitaire ont de vraies raisons politiques. En d’autres termes, Poutine ayant appelé Macron immédiatement le jour même pour lui proposer son vaccin et l’inciter à mettre fin à l’hystérie covidienne, les Anglais font-ils une pression sur la France dans ces négociations dont les peuples sont exclus, alors même que se pose la question de leur place dans le monde occidental depuis qu’ils se sont débarrassés de la tutelle de la Commission Européenne ? Je garde espoir que ces négociations aboutiront à un compromis et que la frontière pourra nous être ouverte à nouveau d’ici le 7 septembre.

J’arrive devant la Westminster Court tôt le matin et je suis donc la première devant la porte. Peu après arrive une militante australienne avec une grande banderole de soutien à Julian Assange. Nous discutons longuement de la terreur sanitaire entretenue dans nos pays par des gouvernements plus soucieux d’habitude de privatiser les systèmes de santé que de soigner les malades. Elle me raconte les dernières trouvailles liberticides d’un Occident en pleine tentation fasciste : la loi néo-zélandaise permettant l’enfermement dans des camps spéciaux des « infectés » par le coronavirus, la loi australienne permettant à la police de Melbourne de rentrer sans ordre de justice dans les maisons pour des inspections « sanitaires » et surtout la loi anglaise prévoyant de retirer immédiatement aux parents les enfants qui, dument testés, auraient de la fièvre à l’école ! Elle est d’autant plus horrifiée en tant que militante écologiste que c’est le gouvernement de gauche de l’État de Victoria qui impose avec fierté des mesures tyranniques contre les citoyens terrifiés. Mais elle m’assure aussi qu’une certaine révolte se lève dans cette société britannique très atomisée et que la manifestation contre le masque obligatoire avait fini par rejoindre les militants qui avait le jour même organisé une action de soutien à Julian Assange devant le 10 Downing Street.

Vers 7 heures arrive une militante française que je connais, puis une militante allemande avec laquelle j’ai sympathisé. Nous discutons de la situation en France et en Europe, et notamment de la porte de sortie de crise que constitue la manœuvre du vaccin russe. La queue se forme vers 8 heures avec une dizaine de militants habituels, nous nous connaissons tous. Depuis que la velléité de certaines de faire des listes et de décider qui rentre et qui ne rentre pas s’est estompée, l’ambiance est bien plus sympathique et cordiale. Parmi les personnalités publiques j’aperçois alors Fidel Narvaez mais personne d’autre. Cependant, les rumeurs courent que le « social distancing » a été durci pour ne laisser que 5 places au public. La lutte va encore avoir lieu, cette fois ci avec la Cour… On rentre à 9 heures, le bâtiment est entièrement désert hormis les agents de sécurité. Une cour fantôme. On ne sait si c’est à cause de la corona-crise, puisque le gouvernement britannique avait déjà auparavant tendance à pousser la justice à ne plus exister autrement que par vidéo et téléphone, ou est-ce parce qu’en réalité, à part l’extradition de Julian Assange et des Européens de l’est, ce tribunal ne gère en que de petits délits de consommation de cannabis ou de conflits de voisinage. Ce bâtiment construit en 2011 est donc vide en permanence et n’aurait donc jamais réellement servi à la justice.

Les audiences des extradés est-européens ont elle lieu « on line » comme l’annonçait l’affichette sur la porte le 27 juillet ? Cette annonce a disparu, dans la queue, les avocats des autres cas sont peu nombreux. Le secrétariat du tribunal semble fermé et comme le 27 juillet il n’y aura plus aucune liste de nom affiché sur les portes des salles. Cependant dans le hall d’entrée plusieurs listes de jugés sont présentes. Le nom de Julian Assange figure sur une petite feuille épinglée sur la liste des cas jugés en salle 3. En face de son nom un horaire : 15h30. Aïe, s’il faut attendre aussi longtemps, la perspective ne me réjouit guère. Mais comme on sait que rien n’est fait ici selon les règles, il faut rester. À trois militantes nous nous précipitons au guichet du secrétariat ou une seule employée a enlevé son masque encombrant derrière son mur de verre : elle nous dit de rester, il y aura des changements. Nous nous plaçons devant la porte en file indienne et discutons.

De l’eau s’écoule d’un éclairage de néon au plafond. Les agents de sécurité ont installé une rubalise et tentent de maitriser la fuite au beau milieu de la salle d’attente. Ils font appel à deux travailleur/es du nettoyage, est-européens, qui doivent éponger l’eau avec un chiffon au bout d’une longue perche, sans aucun équipement de sécurité alors qu’ils peuvent s’électrocuter… Tiens, je remarque qu’un des agents de sécurité que nous connaissons porte un badge bleu au lieu des insignes orange de Mitie. Il confirme : oui, Mitie a bien perdu le marché du tribunal, lui a eu la chance d’être repris par la nouvelle boîte, OSE, et il est bien content de garder un job proche de son domicile. Il est vrai que Mitie avait commis quelques abus ici devant nous et contre nous et peut être même contre Julian Assange que nous avons pu voir terrorisé alors qu’ils étaient chargés de sa garde.

Nous attendons encore jusqu’à 10 heures. Petit à petit la situation se clarifie : les Européens de l’est se regroupent devant la salle 1 et la salle 3 sera entièrement consacré à Julian Assange. Florence Iveson, la nouvelle avocate ayant remplacé Hamilton Fitzgerald, s’active avec Alastair Lyon et la collaboratrice de Gareth Peirce entre les consultation room, le secrétariat et la salle d’audience toujours fermée.

A 10 heures passées l’audience n’a toujours pas commencé, et une certaine nervosité s’installe. Les journalistes arrivés pour Julian, Juan Passerelli, Mohamed El Maazi, une femme et deux hommes que je ne connais pas, sont assis sur les fauteuils de la salle d’attente, confiants qu’ils vont pouvoir rentrer. Ce n’est pas notre cas, nous sommes inquiètes de devoir rester debout toute la journée ici. Peu après la greffière, une femme que j’ai vu plusieurs fois toujours plongée dans son ordinateur, sort de la salle d’audience affichant un visage profondément ennuyé de quelqu’un qu’on charge d’une besogne qui n’est pas la sienne. Me trouvant toute proche j’entends Florence Iveson demander un délai parce que Belmarsh ne répond pas aux sollicitations des avocats. La greffière finit par répondre qu’ils pourront peut-être lui parler dans la salle une fois la connexion vidéo établie. Mais les avocats doivent se débrouiller pour faire comparaitre leurs clients et la cour ne fait aucun effort pour faire ce qui est quand même son travail… Encore un indice exaspérant que tous ces dysfonctionnements montrent un monde de faux semblants. Finalement à 10h30 nous sommes toujours debout devant la porte, alors qu’Iveson et les deux collaborateurs de Peirce et Birnberg s’enferment dans la salle.

C’est alors qu’entrent dans la salle d’attente John Shipton et Stella Morris. John Shipton nous salue aimablement puis échange avec les journalistes. Il est question de qui va lui céder sa précieuse place, je ne peux le faire vu les efforts que je fais pour être ici. Mais j’ai le pressentiment que comme dans la Woolwich Court, cela ne sera pas nécessaire. Néanmoins lorsque la greffière sort à 10h45 et annonce qu’à cause du « social distancing » seuls les journalistes pourront entrer et personne d’autre, l’émotion est vive. Quelqu’un dit quand même que nous sommes ici depuis 6 heures du matin. Elle fait entrer les journalistes qui sont cinq en tout. C’est alors que John Shipton s’avance vers elle, Stella Morris derrière lui. Il dit : « Je suis le père de Julian Assange et elle sa partenaire » (« partner »). Et moi, qui suis toujours en tête de la file, je dis : « Et moi je représente une association de droits humains». La femme me regarde avec hostilité et crie : « Je ne parle pas avec vous » ! Je suis interloquée car je n’ai rien dit d’agressif. On aurait pu annoncer que nous sommes la « famille française » de Julian Assange, celle dont John Shipton a parlé le 18 avril 2020, mais ce n’est pas dans notre style de mentir. Quoi de plus naturel dans un pays démocratique que la présence d’une association de défense des droits de l’homme pour contrôler le respect des droits ! Nous n’avons pas besoin de nous justifier d’être là !

Alors la greffière me somme de reculer pour respecter le « social distancing ». Je le fais avec peine car la file me pousse dans le dos et les militants sont aussi excédés que moi. Je lui fais remarquer qu’au moins je porte un masque, un ustensile qui me donne visiblement plus de légitimité aujourd’hui que l’évocation des Droits de l’Homme… La greffière remarque : « Je dois gérer cette situation », ce  qui objectivement n’est pas facile. On attend silencieusement. Finalement, elle fait entrer John Shipton et Stella Morris. Je peux entrer à mon tour et je pousse vite la porte du box du public sans me retourner. Trois autres militantes pourront entrer, une Française, une Allemande et une Britannique – l’Europe (occidentale) est au complet pour au moins symboliquement soutenir Julian Assange. Je suis assise sur le dernier fauteuil du premier rang. Deux fauteuils étant condamnés sur 3, John Shipton est à ma droite, Stella Morris au fond de la rangée, les autres militantes derrière. Je me retrouve en bonne position pour voir Julian Assange sur les deux écrans vidéo de part et d’autre de la salle et je suis assise pile dans l’axe en face de Vanessa Baraitser.

Baraitser est déjà là et nous regarde fixement.

Et surtout, Julian Assange est là aussi dans la vidéo. Il est assis dans ce box aux murs bleu foncé sur des sièges rouges ressemblant à une salle d’attente. La pièce est différente de celle du 27 juillet et différemment filmée. Alors que le 27 juillet la caméra le filmait de près en face en le coupant au niveau de la taille, ici elle est située en haut d’un mur ce qui fait penser à une caméra de surveillance, et on peut le voir en entier. Le décor est celui des mises en scène de décembre et janvier dernier. Une porte à droite, une petite fenêtre donnant sur le couloir et un écriteau indéchiffrable au-dessus de sa tête. Julian Assange est assis les mains jointes sur ses genoux, la jambe droite croisée sur sa jambe gauche. Il porte le même pull beige et la même chemise blanche que la dernière fois, un pantalon gris un peu trop court et des chaussettes blanches. Il a les cheveux courts et pas de barbe, ou une barbe très courte, pas de lunettes et un air triste et résigné que j’ai vu surtout en novembre et décembre dernier. Comme alors il a l’air mal en point, prostré. Il ne bouge pas et ne change pas de position pendant une heure et quart. Parfois il penche vers le côté comme victime d’un malaise et garde les yeux baissés. Il ne participe pas au show, soit parce qu’il va mal, soit parce qu’il refuse d’y apporter sa caution. Il tousse fréquemment d’une toux sèche, qui ressemble à de l’asthme, et porte alors ses mains à son visage. Je suis préoccupée et chagrinée de le voir ainsi.

Il a l’air d’avoir froid avec ce pull, alors que les gardiens sont tous en chemise blanche manches courtes et pantalons noirs. Et des gardiens il y en a ! Ça pullule brusquement sur la vidéo de la prison, même si ces uniformes rappellent plutôt ceux des agents de sécurité privée et pas les uniformes noirs déjà vus dans de pareilles circonstances. D’abord ce sont deux hommes, un Blanc et un Noir, qui regardent Assange en se tenant dans l’embrasure de la porte. Puis il y a des femmes qui se joignent à eux. Ça défile dans le couloir, le brouhaha est audible jusqu’ici. Julian Assange reste impassible mais la pression exercée sur lui est visible. Le 27 juillet le personnel de Belmarsh  était habillé comme des infirmières de blouses bleues et vertes . Visiblement Julian Assange a encore changé d’endroit, mais nous ne savons toujours pas où il se trouve exactement. Nous ne savons toujours pas s’il reçoit nos courriers et si non pourquoi et pourquoi il ne peut y répondre…

Dans la salle le chaos flotte dans l’air. Vanessa Baraitser est le nez dans un dossier, silencieuse. L’avocate Florence Iveson entre et sort, on ne sait pourquoi. Julian Assange est absent, prostré. Le bruit s’amplifie : les gardiens parlent, et chaque fois que quelqu’un entre ou quitte la fameuse conférence téléphonique on entend une voix métallique : « Left the conference ». Cela ne fait VRAIMENT pas sérieux. Vraiment « Kindergarten », comme je le confie à ma collègue allemande. Comme une école maternelle, alors que la vie d’un homme emprisonné est en jeu. On se pince pour y croire. À un moment donné Baraitser lève la tête, demande « Officer, Wandsworth », puis se rattrape « Belmarsh », et lui demande de faire moins de bruit car on n’entend rien dans notre salle ! Un gardien arrive et s’assied en face de Julian, on le voit distinctement traverser le box puis disparaître de notre champ de vision. Surveillance permanente, comment Assange pourrait librement s’exprimer devant la cour avec de telles pressions exercées sur lui !

D’ailleurs, à 10h55 Julian Assange tousse, puis dodeline de la tête et se mord les joues, parait très vieilli. Baraitser se décide alors d’ouvrir le procès et lui demande de présenter son nom « formally identify ». J’entends bien sa voix à travers le haut-parleur. Elle est hésitante, bute sur chaque syllabe, chaque mot est entrecoupé d’un silence, comme en décembre 2019 quand il était au plus mal. Est-il soumis à des pressions psychologiques, de la torture physique, des médicaments ? Sa date de naissance, «3 July 71 », il la prononce comme s’il n’y croyait pas non plus à cette identité aussi incertaine que sa voix l’est ici. Le chaos continue : Baraitser donne la parole à Claire Dobbin par l’entremise de la « conférence téléphonique ». On entend le début d’une phrase prononcée par Dobbin, puis plus rien. Baraitser donne alors la parole à Florence Iveson qui force le ton pour que Dobbin entende à travers la machine. Pour une fois j’entends correctement ce que dit la défense. Florence Iveson parait mal à l’aise et au bout de 15 minutes ses joues sont rouges, elle se retourne fréquemment pour consulter Alastair Lyon, assis derrière elle. Julian Assange tousse de plus en plus, il a les épaules rentrées, parfois il bouge juste les doigts. Le gardien qui le contrôle bouge aussi et alors on le voit à l’écran. Baraitser essaye de faire répéter sa phrase à Dobbin puis jette l’éponge et appelle un technicien pour réparer le matos. Un jeune homme arrive et nous attendons encore ainsi un quart d’heure sans bouger.

Cet exemple montre clairement que la justice au téléphone, tout comme la médecine par téléphone, ça ne peut pas marcher. Il n’y a pas de procureur, comment une audience peut-elle avoir lieu ? Les conditions n’étant pas réunies pour un procès équitable, dans un pays normal, le juge aurait renvoyé immédiatement tout le monde à la maison et fixé une autre date obligatoire pour tout le monde sans chercher à concilier des agendas ! Mais la question se pose déjà depuis un moment pour nous : Vanessa Baraitser est-elle vraiment juge ?

A 11h15 Claire Dobbin peut enfin parler dans son téléphone. Elle dit qu’elle ne savait pas que l’audience était fixée à 10 heures. Baraister la sermonne comme une petite fille sur le thème qu’elle avait effectivement fixé la date le 27 juillet. C’est tellement surréaliste qu’on a encore plus l’impression d’une répétition théâtrale dans une maternelle avec des gens qui jouent un rôle. Un certain Smith se trouve derrière Dobbin et tente de se justifier par les listes annonçant 15h30. J’entends bien Clair Dobbin car le son est très fort.

Florence Iveson commence son discours par la nouvelle accusation dont les documents seraient arrivés le jour même. Elle souligne que la défense n’a pas eu le temps de lire les 43 pages et qu’il est « astonishing » (surprenant) qu’une nouvelle « request » (demande) ait été faite car elle élargit considérablement la première. Selon elle, M. Krombach n’aurait pas envoyé le document à temps et argumente que l’ampleur du dossier ne permet pas de tenir avec une « approche pragmatique » la date du 7 septembre pour le procès. Elle plaide aussi en utilisant la notion de « narrative background » qui ne doit pas être exclus du dossier. Le nouveau dossier aurait dû être présenté à une « étape précoce ». Je ne comprends pas bien ou elle veut en venir, qu’est-ce que le « narrative background » - (l’historique politique ?) qui ne serait pas mis en évidence ? Pas davantage je ne comprends pourquoi c’est le procureur Gordon Krombach qui aurait du transmettre le dossier alors qu’il n’est qu’un des sept « assistant United State Attorneys » figurants en bas du document d’accusation signé par G. Zachary Terwilliger « United States Attorney » le 24 juin dernier (1). Il va falloir se pencher sur le fonctionnement compliqué des institutions américaines et de leurs liens avec le traité d’extradition bilatéral de 2003.

Je suis perplexe par rapport à la date du 21 décembre que j’entends sans comprendre le contexte précis. Ce que je comprends est qu’elle demande un temps supplémentaire pour traiter ces documents et parce que cette demande initie une nouvelle procédure (« new conduct »). Il nous semblerait même qu’une nouvelle accusation devrait donner lieu à une autre procédure distincte qui devrait être disjointe de celle-là et passer d’abord par la voie diplomatique avant de devenir officielle. Baraitser lui demande alors d’illustrer ses paroles sur ce qu’elle veut dire avec « new conduct ». Je ne comprends pas sa réponse qui est très brève. Julian Assange est encore plus immobile et prostré. Alors Madame Dobbin a la parole. Elle cite Krombach et le paragraphe 9 du Grand Jury selon lequel les USA continuent leur « criminal investigation » contre M. Assange et que le procureur poursuit son enquête « criminelle ». Elle répète que certes, ce n’est pas pour cette accusation « remplaçante » qu’il a été accusé et « charged » (inculpé), cela n’est pas important puisque de toute façon la procédure sera « élargie ». Selon la procédure M. Assange est un hacker et c’est cela le vrai « background » de la demande d’extradition. Pendant qu’elle parle, les gardiens bougent de leur siège, une femme ouvre la porte du box, il y a du bruit et je n’entends plus les détails de ce qui est dit. J’ai l’impression que Julian Assange n’entend rien et ne comprend pas lui non plus.

Florence Iveson répond que selon le paragraphe 9, l’enquête en cours, les preuves versées ne portent que sur les accusations pour 2010 et pas pour les « accusations de remplacement » (« superseding charges »). Il s’agit des conversations sur la messagerie Jabber entre Chelsea Manning et Julian Assange dont l’accusation a toujours fait grand cas dans ces documents, mais qu’elle n’a jamais, selon moi, été en mesure de produire publiquement. Pourtant lors du procès de février la salle 2 de la Woolwich Court était pourvue d’un gigantesque écran sur lequel il était possible de montrer les fameux protocoles de la messagerie Jabber prouvant les conversations Manning-Assange. J’ai assisté aux 4 jours du procès et je n’ai rien vu de tel. Il faut aussi rappeler pour mémoire que la messagerie Jabber a été développée par la Fondation allemande Wau Holland, la même qui de 2009 à 2014 a produit et dirigé le projet 04 « défendre la liberté d’information » Wikileaks et pour laquelle Assange a été chef de projet (Projektleiter) en 2011 et 2012, selon les rapports d’activité publics de la fondation (2) . Jabber était censé être une messagerie cryptée inviolable… Julian Assange a fait doublement confiance aux Allemands, en tant que directeur de leur projet « Wikileaks » et en tant qu’usager de leur produit Jabber… et cela lui a été fatal. Dans la salle, les dirigeants de la Wau Holland, dont « l’ami » Andy Müller-Maguhn brillent par leur absence…

Une fois que Florence Iveson a répété sa demande de délai supplémentaire, Baraitser résume sa position comme une prof face à son élève : l’ancienne demande n’est pas annulée par la nouvelle. La défense a besoin de plus de temps. Le « narrative background » a été ignoré et le « case management hearing » (audience de gestion du dossier) ne peut pas décider quelle preuve est recevable. Elle annonce qu’elle est favorable à ce que la défense ait plus de temps pour travailler ses arguments.

Je la regarde bien et à ce moment-là il se passe quelque chose. Je vois le visage de cette femme comme s’éclairer et s’arrondir. Elle se trouve juste en face de moi, pas très loin finalement. Elle a l’air rajeunie. Mes yeux sont exactement dans l’axe des siens qui prennent alors une belle teinte vert clair. Elle continue de parler, puis baisse les yeux sur son texte. Elle lit clairement son texte, de plus en plus mécaniquement, comme s’il avait été écrit à l’avance, ou par quelqu’un d’autre, comme un scénario d’un rôle. Elle lit de plus en plus visiblement. J’ai en face de moi une femme qui se comporte comme Svetlana Tikhanovskaïa, la femme au foyer intronisée par l’Occident « première opposante » au président Loukachenko lorsqu’elle a fui son pays pour la Lituanie pro-américaine lundi dernier après avoir poussé des militants à commettre des émeutes. Elle a alors publié une vidéo ou elle lit un texte, si visiblement qu’on ne peut s’empêcher de penser qu’elle est otage de ses nouveaux « amis » américains et qu’elle veut le montrer indirectement (3). Je me tourne vers ma collègue allemande et je lui lance déconcertée : « Cette femme est-elle une actrice » ? (Schauspielerin)

La biographie de Vanessa Baraitser et les raisons de sa responsabilité dans ce dossier ont été un mystère jusqu’à présent. Sa carrière de juge semble bien mystérieuse car il n’y a quasiment aucune information publique sur elle. Son père Michaël Baraitser est un neurogénéticien sud-africain blanc d’origine juive venu en Grande-Bretagne au début des années 70 et bien établi dans les instituts scientifiques britanniques (4) . Une de ses sœurs, Lisa Baraitser, a un impressionnant CV de psychologue, chercheuse et spécialiste de la maternité, du genre, du féminisme et des théories queer (5) ! La deuxième sœur, Paula Baraitser, possède un confortable poste de chercheuse en sexologie au King’s College de Londres, autre prestigieuse institution (6) . Avec des compétences familiales aussi poussées en psychologie et sexualité humaine, on se demande comment Vanessa Baraitser ne voit pas que la campagne de propagande diffamant Assange en tant que violeur s’appuyait sur un vide complet, ce que moi et certaines de mes amies féministes nous avons immédiatement perçu après avoir lu le dossier suédois publié.

Comment se fait-il qu’originaire d’une telle famille, versée dans la psychologie et bardée de diplômes prestigieux, Vanessa Baraitser, en tant que juge de quartier, d’une simple cour de justice prudhommale, participe à un sketch manipulatoire aussi honteux ? La question clé serait : « Qu’est-ce que cela peut-il bien lui rapporter » ? Par ailleurs, le sérieux de son activité de juge est mis en question. Nous n’avons en effet pas pu trouver d’autres traces que quelques affaires de harcèlement, de voyeurisme et d’alcoolisme sur la voie publique (!) (7) et dans le chapitre des extraditions, la curieuse affaire française de la fuite d’Alexandre Djouhri (8), porteur de valises de billets de Nicolas Sarkozy en 2012, qu’elle a remis en liberté en février 2019. Un juge de cour « magistrate » peut avoir été avocat, mais là non plus pas de trace d’une quelconque activité. De moi-même je n’ai pas vu Baraitser juger d’autres extradés avant le cas bizarre d’un Letton membre du KGB le 27 juillet dernier. En septembre et octobre 2019 j’ai vu lors de trois audiences Emma Arbuthnot juger des Polonais enfermés dans les prisons de Wandsworth ou Belmarsh et décider de leur extradition ou non. J’ai vu d’autres juges juger ces affaires courantes. Vanessa Baraitser, elle, semble n’avoir comme travail que de s’occuper de l’affaire Assange et cela est étrange.

À la fin de sa lecture, Baraitser s’adresse à Iveson : « Vous avez besoin de plus de temps. Quand vous serez prête, informez la cour ». L’avocate de Julian Assange semble alors prise de panique. Elle se tourne, visage rouge, vers Alastair Lyon et sa collègue et parle « d’instructions » et de « difficultés de communication ». Il ne lui vient cependant pas à l’esprit de demander à son client ce qu’il en pense, alors qu’il est juste là en face d’elle, et que normalement il n’est pas interdit à l’avocat de s’adresser à son client pendant le procès (je l’ai vérifié avec les avocats des Polonais). Visiblement tout est fait pour que Julian Assange ne puisse JAMAIS parler de vive voix librement en présence de personnes étrangères au cercle. Baraitser lui vient en aide en fixant une date, vendredi ou mercredi prochain. Puis elle s’adresse à Julian Assange : « La date du 7 septembre sera effective. Vous n’avez pas été arrêté pour les nouvelles accusations » (pardi, il est encore présumé innocent, oui !).

Julian Assange lève la tête.

Alors Baraitser demande à Iveson et Dobbin si elles sont d’accord. Pour elle, en février c’était un accord général, et maintenant il y a une nouvelle procédure, nouvelle demande. Tout le monde est d’accord ? Dobbin et Iveson sont d’accord. On ne demande pas à Assange son avis. Baraitser a hâte d’en finir. Elle commence un laïus sur la « global pandemic » (notre chère religion covidienne), propose une « cloud video platform » pour les dépositions des témoins et donne la date limite du 21 août pour la liste des témoins qui viendront personnellement. La perspective d’un procès en « plateforme nuageuse » est inquiétante. Il est 11h40. Julian Assange tousse encore, nous les militants, nous sentons notre nervosité et notre émotion monter. Baraitser, Dobbin et Mr. Smith discutent si le secrétariat est disponible. Dobbin enchaîne sur « l’expertise psychologique » (mental expertise, psychological report) demandée par le procureur Krombach. Iveson est d’accord avec elle, mais pas nous ! En effet, la longue expérience militante montre qu’un prisonnier politique ne doit jamais accepter d’expertise psychiatrique pour sauver sa peau, parce que la crédibilité de son action en sera durablement atteinte et cela va fatalement lui porter préjudice. A fortiori une telle expertise est inutile dans une procédure d’extradition ! Finalement, Iveson déclare pouvoir présenter les « preuves » pour le 24 août. Dobbin la somme aussi de répondre aux « 25 statements » de M. Krombach. On entre dans des débats de secrétariat, qui peut, qui ne peut pas. Il est question d’un « pre-hearing » et puis de vidéo-conférence.

Lorsque Baraitser élève la voix, je comprends que l’audience du 24 août a été annulée. Elle annonce que ce fut aujourd’hui la dernière audience administrative et que la comparution physique de « M. Assange » à Old Bailey le 7 septembre à 10 heures est maintenue. Elle lui dit qu’il reste en détention et demande s’il a compris. On entend alors une voix lasse et hachée : « J’ai entendu certaines de vos paroles », dit Julian Assange (je me fais confirmer cette phrase par les vrais anglophones pour être sûre d’avoir compris). En fait, il n’a pas entendu tout ce qui se passe et n’est peut-être pas en état de comprendre. Vanessa Baraitser n’en a cure, elle a effectué sa prestation, elle se dépêche de partir. Toute la salle respecte le cérémonial et se lève. Puis presque tout le monde dans la salle a le dos tourné et range ses affaires. Mais moi je m’aperçois que Julian Assange est encore là et je reste, comme toujours, jusqu’à son départ définitif. Je veux voir sa démarche pour que notre médecin puisse évaluer son état de santé.

Alors que l’assistance ne prête plus vraiment attention à lui, Julian Assange lève le poing ! Alors je lève le bras et le poing aussi ! Je le regarde ! Des militants me diront, « mais il ne te voit pas ». Je réponds « peut-être que quelqu’un lui dira que nous sommes là. Il nous a vu en janvier et février. Il sait qu’on est là… ». Et puis Julian Assange se lève d’un bond et quitte la pièce d’un pas rapide comme un homme qui n’attend que cette occasion pour fuir ! Je suis rassurée – sa démarche est bien vivante, pas dodelinante ou incertaine comme en hiver. Il a envie de vivre et se sauver de là… Lorsqu’il disparait du box, j’accepte de quitter mon siège et de sortir de la salle.

Comme toujours, je suis sonnée par ce que j’ai vu et vécu. Il me faut un peu de temps pour reprendre mes esprits alors que les militants donnent de la voix devant la porte du bâtiment. J’échange avec John Shipton sur la quarantaine politique qui nous empêche de venir agir pour Julian de France. Nous évoquons la santé et les conditions de détention de Julian « depuis 11 ans » et l’impossibilité de lui parler actuellement. Je dois partir vite car à cause de la quarantaine je ne peux me permettre de perdre mon billet de retour en Flixbus. J’ai du travail car je me plonge dans la lecture d’un livre important : Sexus Politicus, de Christophe Dubois et Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans Frontières depuis 2012, présent au procès de Julian Assange le 24 février dernier. Il est vraiment important de comprendre comment marche le réseau des élites politiques qui décide de nos vies les plus intimes, si nous voulons récupérer notre pouvoir sur nous-même.

Notes

1. https://www.justice.gov/opa/press-release/file/1289641/download

2. http://www.wauland.de/media/2009_Jahresbericht.pdf

http://www.wauland.de/media/2011_Transparenzbericht-Projekt04_de.pdf

3.https://mobile.twitter.com/tutby/status/1293099290349404160

4. https://therealslog.com/2020/03/03/extradition-showtrial-julian-assange-is-a-curates-egg-but-magistrate-vanessa-baraitser-is-a-rotten-apple-from-central-barrel-casting/

https://www.waterstones.com/author/michael-baraitser/57524

5. http://www.bbk.ac.uk/psychosocial/our-staff/academic/lisa-baraitser

6. https://www.health.org.uk/fellow/paula-baraitser

7. https://www.dailymail.co.uk/news/article-6516565/London-barrister-Aisha-Bijlani-court-allegedly-harrassing-city-lawyer-colleague.html

https://www.dailymail.co.uk/news/article-6607417/Ministry-Justice-adviser-52-punched-paramedic-road-spared-jail.html

https://news.sky.com/story/man-guilty-of-upskirting-photos-spared-jail-after-losing-job-and-having-mental-health-issues-11713948

https://www.bbc.com/news/uk-england-london-48716898

8. https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2019/02/26/la-justice-britannique-ordonne-l-extradition-d-alexandre-djouhri-vers-la-france_5428453_1653578.html

 





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Publication date of original article: 28/08/2020
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