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 07/08/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 LAND OF PALESTINE 
LAND OF PALESTINE / « Optimisme de la volonté » : la liberté des Palestinien·nes est possible maintenant
Date of publication at Tlaxcala: 28/07/2020
Original: ‘Optimism of the will’: Palestinian freedom is possible now
Translations available: Español 

« Optimisme de la volonté » : la liberté des Palestinien·nes est possible maintenant

Ramzy Baroud رمزي بارود

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Lors d'un récent débat télévisé, un journaliste pro-palestinien respecté a déclaré que si un changement ou une transformation positive se produisait dans la tragique saga palestinienne, ce ne serait pas maintenant, mais qu'il faudrait une nouvelle génération tout entière pour provoquer un tel changement de paradigme.

Aussi inoffensive que cette déclaration ait pu paraître, elle m'a beaucoup troublé.

J'ai entendu cette phrase à maintes reprises, souvent réitérée par des intellectuels bien intentionnés, dont les expériences en matière de recherche et d'écriture sur le « conflit israélo-palestinien » en ont peut-être poussé certains au pessimisme, voire au désespoir.

Le « discours sur le désespoir »  est peut-être compréhensible si l'on examine la réalité tangible et décourageante sur le terrain : l'occupation israélienne toujours en place, l'annexion prévue des terres palestiniennes occupées en Cisjordanie, la normalisation arabe honteuse avec Israël, le silence assourdissant de la communauté internationale et l’ineptie des dirigeants palestiniens collabos.

Souscrire à cette logique est non seulement contre-productif, mais aussi ahistorique. Tout au long de l'histoire, toutes les grandes réalisations qui ont apporté la liberté et une certaine justice à une nation ont été réalisées malgré des obstacles apparemment insurmontables.

En effet, qui aurait pu penser que le peuple algérien serait capable de vaincre le colonialisme français alors que ses outils de libération étaient si rudimentaires par rapport aux pouvoirs impressionnants de l'armée française et de ses alliés ?

La même notion s'applique à de nombreuses autres expériences historiques modernes, du Vietnam à l'Afrique du Sud et de l'Inde à Cuba.

La Palestine n'est pas l'exception.

Cependant, le « discours du désespoir » n'est pas aussi innocent qu'il n'y paraît. Il est alimenté par l'incapacité persistante à apprécier la place centrale du peuple palestinien - ou de tout autre peuple, d'ailleurs - dans sa propre histoire. En outre, il suppose que le peuple palestinien est, franchement, inefficace.

 

1937 : Combattants palestiniens de la région de Haïfa et des collines autour de Jénine posant avec leur commandant, Abdelkader Youssouf Abdelhadi. Un combattant porte un drapeau palestinien avec un croissant et une croix

Il est intéressant de noter qu'alors que de nombreuses nations étaient encore aux prises avec la notion d'identité nationale, le peuple palestinien avait déjà développé un sens raffiné de l'identité collective moderne et de la conscience nationale. Les grèves générales de masse et la désobéissance civile contestant l'impérialisme britannique et les colonies sionistes en Palestine ont commencé il y a près d'un siècle, et ont culminé avec la grève générale de six mois en 1936.

Depuis lors, la résistance populaire, qui est liée à un sens défini de l'identité nationale, a été un élément de base de l'histoire palestinienne. Elle a été une caractéristique importante de la première Intifada, le soulèvement populaire de 1987.

 

Marc Rudin

Le fait que la patrie palestinienne ait été perdue, malgré la conscience accrue des masses palestiniennes à l'époque, n'est guère révélateur de la capacité du peuple palestinien à influer sur les résultats politiques.

À maintes reprises, les Palestiniens se sont rebellés et, à chaque rébellion, ils ont forcé toutes les parties, y compris Israël et les USA, à reconsidérer et à réviser complètement leurs stratégies.

La première Intifada en est un bon exemple.

Lorsque, le 8 décembre 1987, des milliers de personnes sont descendues dans les rues du camp de réfugiés de Jabaliya, le camp le plus surpeuplé et le plus pauvre de la bande de Gaza, le moment et le lieu de leur soulèvement étaient tout à fait appropriés, rationnels et nécessaires. Plus tôt ce jour-là, un camion israélien avait écrasé un convoi de voitures transportant des travailleurs palestiniens, tuant quatre jeunes hommes. Pour Jabaliya, comme pour le reste de la Palestine, ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase.

Répondant aux slogans et aux supplications des personnes en deuil de Jabaliya, Gaza a été, en quelques jours, le terreau d'une véritable révolution, autopropulsée et inébranlable. Les slogans des Palestiniens de la bande de Gaza ont trouvé une réponse en Cisjordanie, et se sont fait entendre tout aussi fort dans les villes palestiniennes, y compris celles situées en Israël.

Cette énergie contagieuse était emblématique de la volonté des enfants et des jeunes adultes de retrouver l'identité de leurs ancêtres, horriblement défigurée et divisée entre régions, pays et camps de réfugiés.

L'Intifada - qui signifie littéralement « secouage » - a envoyé un message puissant à Israël, à savoir que le peuple palestinien est vivant et qu'il est toujours capable de bouleverser toutes les entreprises coloniales d'Israël. L'Intifada a également confronté l'échec des dirigeants palestiniens et arabes, qui persistaient dans leur politique factionnaliste et égocentrique.

En fait, les négociations de Madrid de 1991 entre les Palestiniens et les Israéliens ont été conçues comme un compromis politique israélo-usaméricain, visant à mettre fin à l'Intifada en échange de la reconnaissance de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) comme représentant du peuple palestinien.

Les accords d'Oslo, signés par Yasser Arafat et Israël en 1993, ont dilapidé les acquis de l'Intifada et, finalement, ont remplacé l'OLP, plus représentative démocratiquement, par l'Autorité palestinienne corrompue.

Mais même alors, le peuple palestinien a continué à revenir, revendiquant, à sa manière, son importance et sa centralité dans la lutte. La Grande Marche du Retour de Gaza n'est qu'une des nombreuses initiatives de ce type menées par la population.

 

Quatre phases de lutte, par Marc Rudin, 1990 : 1) Occupation, 2) Intifada/soulèvement, 3) Résistance, 4) Libération

Le plus grand défi de la Palestine dans le mouvement n'est pas l'incapacité du peuple à s’inscrire comme un facteur de libération de sa propre terre, mais l'incapacité de ses dirigeants à apprécier l'immense potentiel des énergies des Palestiniens partout dans le monde et à l’exploiter pour mettre en place une campagne de libération anticoloniale ciblée et stratégique.

Ce manque de vision remonte à la fin des années 1970, lorsque les dirigeants palestiniens ont travaillé pour s'engager politiquement avec Washington et d'autres capitales occidentales, avec pour point culminant le sentiment généralisé que, sans la validation politique des USA, les Palestiniens resteraient toujours marginaux et sans importance.

Les calculs des dirigeants palestiniens de l'époque se sont avérés être désastreux. Après avoir répondu pendant des décennies aux attentes et aux diktats de Washington, les dirigeants palestiniens sont finalement revenus les mains vides, comme l'a finalement prouvé l'actuel « Deal du Siècle » de l'administration Donald Trump.

J'ai récemment parlé avec deux jeunes militantes palestiniennes : l'une est basée dans la bande de Gaza assiégée et l'autre dans la ville de Seattle. Leur discours avant-gardiste est, en soi, un témoignage que le pessimisme de certains intellectuels ne définit pas la pensée de cette jeune génération palestinienne, et qj’il n’y a pas besoin de rejeter les efforts collectifs de cette génération en herbe en prévision de l'émergence d'une génération « meilleure ».

Ce n’est pas un message de désespoir que Malak Shalabi, étudiante en droit vivant à Seattle, transmet, mais celui de l'action. « Il est vraiment important que chaque Palestinien·ne et chaque militant·e des droits humains défende la cause palestinienne, où qu'il·ellel se trouve, et c'est particulièrement important maintenant », m'a-t-elle dit.

« Il y a actuellement des vagues de mouvements sociaux ici aux USA, autour des droits civiques des Noirs et d'autres questions qui sont (en train de devenir) des sujets pressants - l'égalité et la justice - dans le courant dominant. En tant que Palestiniens, il est important que nous (portions la cause palestinienne) dans le courant dominant également », a-t-elle ajouté.

« Il y a beaucoup de travail qui se fait parmi les activistes palestiniens ici aux USA, sur le terrain, au niveau social, économique et politique, pour s'assurer que le lien entre Black Lives Matter et la Palestine se fasse », a-t-elle ajouté.

Pour sa part, Wafaa Aludaini à Gaza a parlé des efforts incessants de son organisation - le Groupe du 16 octobre - pour engager les communautés du monde entier, pour jouer leur rôle dans la dénonciation des crimes de guerre israéliens à Gaza et pour mettre fin au siège prolongé de la Bande appauvrie.

« Les Palestinien·nes et les militant·es pro-palestinien·nes à l'extérieur sont important·es car ils·elles font entendre nos voix en dehors de la Palestine, car les médias traditionnels ne rapportent pas (la vérité) de ce qui se passe ici », m'a-t-elle dit.

Pour que ces efforts réussissent, « nous devons tous être unis », a-t-elle affirmé, en faisant référence au peuple palestinien au pays et dans la diaspora, ainsi qu'à l'ensemble du mouvement de solidarité propalestinien partout dans le monde.

Les paroles de Malak et Wafaa sont validées par la solidarité croissante avec la Palestine au sein du mouvement BLM, ainsi qu'avec de nombreux autres mouvements de justice dans le monde entier.

Le 28 juin, la section britannique du BLM a tweeté qu'elle était « fière » d'être solidaire des Palestiniens et qu'elle rejetait les projets d'annexion de vastes zones de la Cisjordanie par Israël.

BLM est allé plus loin, en critiquant la politique britannique, qui a « bâillonné le droit de critiquer le sionisme et les visées coloniales d'Israël ».

 

Atelier d’éducation politique au camp d'entraînement de Beit Nayem en Syrie, où se trouvait le QG de l'Organisation de libération de la Palestine, 1976. Tiré de la collection de Nehaya Mohammad. © Le Musée palestinien, Ramallah

Répéter l'affirmation qu'une nouvelle génération doit remplacer la génération actuelle pour que tout changement se produise en Palestine est une insulte - bien que parfois involontaire - aux générations de Palestiniens, dont la lutte et les sacrifices sont présents dans tous les aspects de la vie des Palestiniens.

Le simple fait que les chances de liberté des Palestiniens semblent très réduites en ce moment ne justifie pas que l'on brade une nation entière, qui a survécu à de nombreuses guerres, des sièges prolongés et des difficultés indicibles. De plus, la prochaine génération n'est qu'une simple évolution de la conscience de la génération actuelle. On ne peut pas les dissocier ou les analyser séparément.

Dans ses Cahiers de prison, l'intellectuel antifasciste Antonio Gramsci a forgé le terme « pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté ».

Si l'analyse logique d'une situation peut conduire l’intelligence au désespoir, le potentiel de révolutions et de transformations sociales et politiques doit nous motiver tous à poursuivre la lutte, quelles que soient les épreuves.

Osama Zatar  & Tal Adler, 2011

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_21691.jpg





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.ramzybaroud.net/optimism-of-the-will-palestinian-freedom-is-possible-now/
Publication date of original article: 16/07/2020
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=29418

 

Tags: Résistance palestinienneRévoltes logiquesPeuples-mondePalestine/Israël
 

 
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