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 25/09/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
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 LAND OF PALESTINE 
LAND OF PALESTINE / Des soldats israéliens embusqués tirent sur des Palestiniens qui espèrent venir gagner leur vie de l’autre côté du Mur d’apartheid
Date of publication at Tlaxcala: 04/01/2020
Original: Israeli troops ambush and shoot Palestinians hoping to make a living

Des soldats israéliens embusqués tirent sur des Palestiniens qui espèrent venir gagner leur vie de l’autre côté du Mur d’apartheid

Gideon Levy جدعون ليفي גדעון לוי

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Il y a environ 30 brèches dans la barrière de séparation près de Tulkarem, où les soldats des FDI sont souvent à l’affût de Palestiniens se faufilant en Israël pour trouver du travail. Ils tirent même sur ces hommes, bien qu'ils ne représentent aucun danger

 

Abdullah Abou Tehaimer, chez lui cette semaine dans le camp de réfugiés. Il faudra un an avant qu'il puisse se lever et marcher à nouveau, disent ses médecins. Photo Alex Levac

Le camp de réfugiés de Tulkarem. C'est un concentré de pauvreté crasse avec des tentatives touchantes d'ajouter un peu de couleur avec des plantes en pot, et des tas d'ordures partout. Au bout d'une ruelle sombre de la largeur d’une personne, nous arrivons à une petite maison exiguë qui tente également d'assumer un semblant de culture, avec des tapis sur le sol carrelé et des murs peints. Abdullah Abou Tehaimer, un grand homme baraqué de 34 ans, est allongé dans l'étroit salon de sa maison, couvert de couvertures synthétiques, une jambe maintenue en position fixe par une attelle en fer. Il est alité depuis deux mois, tourmenté par la douleur, incapable de se tenir debout depuis que des soldats israéliens en embuscade lui ont tiré trois balles dessus. Deux lui ont touché les jambes, l'autre s'est écrasée au sol.

Abou Tehaimer a été abattu alors qu'il tentait d'entrer illégalement en Israël à la recherche de travail, après l'expiration de son permis d'entrée. Il a été abattu sans avertissement, sans qu'on ait tenté de l'arrêter par d'autres moyens. Il a été abattu de la même manière que les soldats est-allemands abattaient quiconque tentait de franchir le mur de Berlin. Les soldats des Forces de défense israéliennes étaient en embuscade ce jour-là, tout comme ils l’étaient lorsqu'ils ont tiré sur une vingtaine d'autres travailleurs et les ont blessés au cours des deux derniers mois, comme l'a rapporté Hagar Shezaf dans Haaretz le 23 décembre 2019.

La barrière de séparation [ou Mur d’apartheid, NdT], au nord du camp de réfugiés, dans les champs du village de Zeita, à 15 minutes de route au nord de Tulkarem. Pépinières, serres, sol fertile, agriculture verdoyante à cette époque de l'année. C'est ici qu'Abou Tehaimer a essayé de passer en Israël. On est confronté ici à des barbelés concertina, une tranchée profonde, une clôture électronique, une route de sécurité et encore des fils barbelés - bref, la clôture de séparation. Une promenade sur la route boueuse du côté est, de l’autre côté, révèle d'innombrables brèches, dont certaines datent de plusieurs mois ou même de plusieurs années. Abdulkarim Sadi, chercheur de terrain pour l'organisation israélienne de défense des droits humains B'Tselem dans la région, a recensé une trentaine de trous dans la clôture rien que dans cette zone, autour de Tulkarem. Les FDI effectuent de fréquentes patrouilles sur la route de sécurité ici ; les commandants locaux connaissent certainement chaque ouverture, mais apparemment personne ne pense à en réparer une seule.

Il n'y a pas de soldats ni de gardes aujourd'hui à la porte de fer de Zeita ; elle est grande ouverte, comme si l'on pouvait la franchir librement pour entrer en Israël. Librement ? Peut-être. Mais à tout moment, des soldats peuvent sortir d'une embuscade et ouvrir le feu sur quiconque s'approche, avant même de passer. Afin de ne pas prendre de risques, nous ne restons pas longtemps dans le coin. Ce sol, le sol des serres et des pépinières de Zeita, est saturé de sang à cause de la barrière qui le traverse et des soldats qui tirent sans raison sur quiconque s'approche - même si aucun ne représente un danger pour les soldats. Les FDI pourraient facilement arrêter les infiltrés par d'autres moyens, ou colmater les brèches dans la clôture. Mais il s'agit d'une zone de tir libre, un champ de tir de l'armée où les travailleurs se font tirer dessus comme des moineaux. L'Unité du porte-parole des FDI déclare que l'armée « considère comme grave tout dommage causé à la clôture », avec une gravité telle que les soldats ici sont libres de tirer sur des civils non armés comme ça leur chante.

Un panneau publicitaire de  la Psagot Investment House, qui a apparemment sponsorisé une fois un tournoi de tennis quelque part, est planté là et utilisé comme abri contre le vent et la pluie à l'entrée du camp de Tulkarem. On ne sait pas très bien comment l'affiche est arrivée là. Un tas d'ordures gît par là, et les gens viennent en rajouter. De plus petites quantités de détritus parsèment presque chaque allée. Il n'y a pas d'autre camp de réfugiés avec autant de plantes en pot aux fenêtres, sur les toits et dans les entrées de porte. Mais ce que cet endroit rappelle, c'est une favela brésilienne.

Une faible ampoule éclaire le salon sombre et sans fenêtre de la maison d'Abdullah Abou Tehaimer et de sa famille. Ancien camionneur, il est né et a grandi à Amman et est père de trois filles et d'un fils. Il y a quelques années, il a épousé une femme du camp de réfugiés et a ensuite partagé sa vie entre ce camp et Amman. Il y a cinq mois, à la lumière de la détérioration de la situation économique en Jordanie, il a décidé de déménager avec sa famille au camp de Tulkarem, ayant entendu dire qu'un travail en Israël était disponible et relativement bien payé. Il a loué un appartement et a reçu un permis de travail pour Israël valable jusqu'à la fin de 2019.

Abou Tehaimer a commencé à travailler dans les champs de fraises du Moshav Kadima pour 150 shekels (environ 42 $) par jour ; il quittait la maison à 3 heures du matin et revenait 12 heures plus tard. Mais la saison des fraises à Kadima

Abu Tehaimer a commencé à travailler dans les champs de fraises du Moshav Kadima pour 150 shekels (environ 42 dollars, 38€) par jour ; il quittait la maison à 3 heures du matin et revenait 12 heures plus tard. Mais la saison des fraises à Kadima s'est terminée en octobre et il n'avait personne pour l'employer par la suite, ce qui a entraîné la révocation de son permis de travail, bien qu'il dise qu'il n'était pas au courant de cela.

C'était la période des fêtes juives et toute la Cisjordanie était bouclée. Il prévoyait d'entrer en Israël à la recherche d'un nouvel emploi après les fêtes. Le 23 octobre, le lendemain de l’Isrou 'Hag de Soukkot - le jour qui suit la fin des fêtes de pèlerinage (eh oui, les Palestiniens souffrent aussi de l’ Isrou 'Hag) - il s'est rendu comme d'habitude au milieu de la nuit au poste de contrôle de la porte d'Ephraïm, pour s’entendre dire que son permis avait été révoqué et qu'on lui refusait l'entrée en Israël. Il est rentré chez lui et a décidé d'essayer un autre itinéraire.

Le fait que la porte de Zeita avait été ouverte les jours précédents, sans présence militaire sur place, lui a fait penser qu'il pouvait y passer librement, ou assez facilement. Son plan était de se rendre à Taibeh ou à Netanya et de chercher des petits boulots journaliers jusqu'à ce qu'il puisse trouver un emploi permanent. Après tout, il a quatre enfants et une femme à charge.

Un taxi collectif l'a conduit au village de Zeita, à environ un quart d'heure du camp de réfugiés. De là, il a commencé à marcher vers la clôture, puis le long de celle-ci, à la recherche d'une brèche. Il ne connaissait pas la région, c'est un nouveau venu, et le trajet était plus long qu'il ne le pensait. Vers 8 heures du matin, il a trouvé une grande ouverture dans la barrière en face de la ville arabe israélienne de Baka al-Garbiyeh. Quelques douzaines d'autres travailleurs essayaient également de passer.

Abou Tehaimer se trouvait à environ un demi-mètre de la barrière lorsqu'il a soudain entendu des coups de feu. Il n'a pas immédiatement remarqué qu'une balle avait touché sa jambe gauche ; la s’est fait sentir quelques secondes plus tard. Alors qu'il regardait vers l'ouest pour voir qui lui avait tiré dessus, il a entendu un autre coup de feu. La deuxième balle l'a touché au tibia de la jambe droite. Incapable de se tenir debout, il s'est effondré dans la tranchée, qui était d'environ deux mètres de profondeur. La première balle avait tranché la chair et était ressortie. La seconde lui a brisé les os, avec des conséquences bien plus graves. Il a essayé de se relever, mais n'a pas pu. Les soldats sont arrivés et lui ont dit de ne pas bouger.

Il a levé les mains pour montrer aux soldats qu'il ne portait rien. Pendant ce temps, l'un d'eux s'est approché de lui, a déchiré son pantalon et lui a bandé les jambes. Les soldats l'ont traîné de la tranchée vers le côté ouest - israélien - de la clôture, à travers la brèche qu'il n'avait pas réussi à franchir. Il y avait une quinzaine de soldats, se souvient-il, embusqués. Souffrant de douleurs atroces dans les deux jambes, il a été emmené dans une ambulance militaire et on lui a donné un analgésique.

Abou Tehaimer n'a pas été interrogé, aucune question n'a été posée : ils voulaient seulement voir sa carte d'identité. Il leur a dit qu'elle était dans sa poche arrière mais qu'il ne pouvait pas l'atteindre lui-même à cause de la douleur. En criant à l'agonie, il a dit à un soldat de la sortir. Pour l'instant, il ne se souvient pas combien de temps il est resté dans l'ambulance, mais celle-ci l'a conduit au poste de contrôle de Bartaa, où une ambulance du Croissant-Rouge palestinien l'attendait pour l'emmener à l'hôpital Khalil Suleiman de Jénine, où il a reçu les premiers soins.

Craignant que sa famille ne pense qu'il était mort, il a demandé à être transféré rapidement à l'hôpital de Tukarem, où ils pourraient lui rendre visite. A l'hôpital Thabeth Thabeth de la ville, il a été opéré et hospitalisé pendant quatre jours. Sa jambe droite présentait huit fractures dues aux fragments de la balle, apparemment tirée avec un fusil de tir de précision Ruger calibre 308. Quelques semaines plus tard, à la mi-novembre, il est retourné à l'hôpital pour faire placer une attelle en fer sur sa jambe. Dans les semaines à venir, nous dit-il, les médecins verront s'il a besoin d'une autre opération pour insérer une goupille métallique dans la jambe. Entre-temps, les fractures ne se sont pas bien ressoudées et il souffre terriblement. Il faudra un an avant qu'il puisse se lever et marcher à nouveau, disent les médecins.

Il ne dort pas la nuit, nous dit-il, car on lui a retiré les analgésiques puissants de peur qu'il n'en devienne dépendant. Pourquoi lui ont-ils tiré dessus, parmi tous les autres ? Peut-être parce qu'il semblait être le plus trapu et le plus grand des travailleurs qui essayaient de passer la clôture. Il est difficile de penser à une autre raison. Pourquoi ont-ils tiré à balles réelles sur un ouvrier qui ne voulait que trouver un emploi en Israël ? Et pourquoi ont-ils tiré ? Et pourquoi sans aucun avertissement, pas même un tir de sommation ?

L'unité du porte-parole des FDI a envoyé la réponse suivante à Haaretz cette semaine : « Les FDI agissent chaque jour avec divers moyens et selon les règles d'engagement contre ceux qui tentent d'endommager la clôture de séparation, en raison du danger que cela représente pour la sécurité. En ce qui concerne l'incident en question, une enquête montre que les tirs ont été effectués conformément auxdites règles, après que les soldats eurent lancé un avertissement verbal et que des coups de feu eurent été tirés en l'air.

«  Les FDI opèrent actuellement et continueront de le faire afin de faire face à la menace à la sécurité qui découle des dommages causés à la clôture et de l'infiltration d'individus dans l'État d'Israël. Les FDI examinent et enquêtent sur chaque incident individuellement, dans le but de prévenir les dommages à la sécurité et les blessures aux civils innocents ».

En début d'après-midi de lundi dernier, après lui avoir rendu visite à son domicile, nous avons visité le site où Abou Tehaimer a été abattu. Un silence sinistre régnait sur les lieux. Nous avons pu voir des fermiers de Zeita travailler dans leurs serres, alors qu'un véhicule militaire circulait sur la route de sécurité entre les clôtures. Un jeune homme portant un grand sac à dos a attendu que le véhicule passe et a ensuite foncé à travers le système d'obstacles, sous les yeux d'une caméra de sécurité israélienne. Il a réussi à passer par un trou dans les barbelés, un autre dans la première clôture et une dernière brèche dans la deuxième clôture. À en juger par la taille du sac à dos, il avait prévu de rester et de travailler en Israël pendant une longue période. Un moment plus tard, il avait été englouti entre les cafés de la Baka al-Garbiyeh, du côté ouest de la clôture. Cette fois-ci, personne n'a tiré sur l'infiltré [Merci, Gideon !, NdT].

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: rhttps://www.haaretz.comaeli-troops-ambush-and-shoot-palestinians-hoping-to-make-a-living-1.8350194
Publication date of original article: 03/01/2020
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=27755

 

Tags: Mur d'apartheidCisjordanieOccupation sionisteCrimes sionistesPalestine/Israël
 

 
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