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 EDITORIALS & OP-EDS 
EDITORIALS & OP-EDS / Un roi blond maléfique s’empare du trône britannique : pourquoi le Parti travailliste a perdu
Date of publication at Tlaxcala: 20/12/2019
Original: Evil blond king takes the British throne: why the Labour Party lost
Translations available: Português/Galego 

Un roi blond maléfique s’empare du trône britannique : pourquoi le Parti travailliste a perdu

Supriyo Chatterjee সুপ্রিয় চট্টোপাধ্যায়

Translated by  Jacques Boutard
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Le Parti travailliste britannique, monté à l'assaut du ciel lors des élections générales du 12 décembre, se retrouve en fait aux portes de l'enfer. Il a été écrasé par le Parti conservateur, qui a obtenu sa plus large majorité depuis Margaret Thatcher, et qui aura en Boris Johnson la version britannique de Donald Trump, avec des contre-pouvoirs en moins.

Bien que de nombreux signes aient averti de l'impopularité généralisée du Parti travailliste et plus particulièrement de son chef, Jeremy Corbyn, l'humeur des dizaines de milliers de membres de base qui ont fait du porte-à-porte dans cette campagne était un mélange de déni et de défi. Ils pensaient que les prévisions des médias et des sondages allaient être démenties : que le programme politique de leur parti, résolument ancré à gauche, allait surmonter l'hostilité du public et, surtout, ils se disaient que le vote des jeunes allait aboutir à un parlement sans majorité claire, ou même donner à leur camp une victoire incontestable.

 

C'est le Brexit, imbécile !

Les conservateurs se sont présentés aux élections générales de 2019 comme à une répétition du vote de 2016 sur le Brexit, lorsqu'une faible majorité (52 %) a décidé par référendum que la Grande-Bretagne devait quitter l'Union européenne.  La majorité pour le Brexit a été d'environ deux millions de voix en Angleterre même, et environ 400 des 650 circonscriptions ont voté pour la sortie de l'Union européenne.  Cette fois-ci, les résultats ont quasiment reproduit le vote sur le Brexit : le Parti travailliste a perdu 59 sièges sur 62 dans les circonscriptions qui avaient voté en faveur du Brexit en 2017. Il a également perdu environ trois millions de voix : on estime que deux millions de ses électeurs se sont abstenus, tandis qu'un million environ ont préféré voter pour d'autres candidats.   Les membres du Parti travailliste appartiennent désormais en très grande majorité à la classe moyenne et exigent que le parti soutienne les appels à un second référendum.  Corbyn a essayé de tenir bon, mais le congrès de 2018 lui a forcé la main en décidant de négocier un accord de sortie avec l'UE, mais aussi en optant pour le vote « Remain »  lors d’un second référendum.  Ses électeurs traditionnels de la classe ouvrière, se sentant bafoués dans leur choix démocratiques, ont fini par rompre avec leur  traditionnel vote de confiance.

L'autre ligne de fracture essentielle est celle de l'âge : les travaillistes ont gagné par un large écart dans le groupe d'âge 18-49 ans mais ont perdu par des marges tout aussi importantes chez les électeurs plus âgés.  Les jeunes Britanniques sont pauvres : ils occupent des emplois précaires avec peu de garanties sociales, ils vivent en location, à la merci de propriétaires sans scrupules, ils sont pénalisés en matière d'éducation, dans un système universitaire qui les oblige à  payer des frais d’inscription  faramineux, alors qu’ ils ont perdu presque tous les avantages que leur offrait l'État-providence.  Ils ont répondu positivement à la perspective d'une société plus juste, mais les mesures préconisées par les travaillistes, réinvestissement dans les programmes sociaux et les infrastructures, ont terrifié leurs parents et leurs grands-parents, qui craignaient que cela mette le pays en faillite.  Beaucoup de ceux qui touchent un salaire « de survie » ont craint aussi un effondrement imminent de l’économie si les conservateurs étaient éliminés. 

 

Vouz’avez encore rien vu (anglais populaire). Le taureau est une référence à John Bull, le personnage imaginaire qui incarne l’Angleterre, au même titre que Marianne pour la France.

Le feu couvait depuis longtemps

 C'est un véritable tsunami qui a coulé le bateau des travaillistes, mais la défaite trouve son origine dans la victoire de Thatcher en 1979 et dans sa réorganisation de la société après la défaite de la grève des mineurs en 1984-85, qui a marqué la défaite infligée à la classe ouvrière par le grand capital. Par la suite, les treize longues années de règne de Thatcher ont détruit l'ancienne base industrielle de la Grande-Bretagne, la restructurant en une dystopie individualiste où seuls les plus féroces ont prospéré et où l'idée de bien commun a disparu. Cela a créé les conditions pour que la droite du Parti travailliste puisse affirmer qu’aucune victoire électorale ne serait possible à l'avenir en s’appuyant sur la classe ouvrière du nord industriel, et que dorénavant, le parti devrait s’appuyer sur les comtés du sud de l'Angleterre, où la classe moyenne est plus nombreuse. Le parti a perdu ses liens organiques avec les travailleurs pauvres et est devenu le foyer des professions libérales, et ses dirigeants, des technocrates rompus aux joutes médiatiques et amis avec le plus grand propriétaire de  presse du Royaume-Uni, Rupert Murdoch. Tony Blair a fait partie de ces leaders travaillistes insipides qui ont fait évoluer le parti en recrutant ses membres parmi les classes montantes plutôt que chez les salariés. Le nord de l'Angleterre a sombré dans le déclin économique, sans emplois décents pour ceux qui ne pouvaient pas émigrer, ce qui a multiplié les difficultés en raison de la réduction concomitante des prestations sociales et d'un vide politique qui a été comblé par la droite xénophobe, qui a rejeté la faute sur les autres, d'abord sur les immigrés basanés, puis sur les Européens blancs. Le péché que n’ont pas pardonné à Jeremy Corbyn les habitants de la Petite Angleterre, riches et pauvres, a été de nier l’idée que la vie des Britanniques blancs était plus précieuse et supérieure à celle des autres. Sa personnalité cosmopolite offensait leur croyance la plus chère, à savoir que, quelles que soient les circonstances de chaque individu, naître Britannique était synonyme d’être gagnant du gros lot dans la grande loterie de la vie. 

Les quatre années de leadership de Corbyn n'ont absolument rien fait pour remédier au glissement électoral et moral de la base du parti dans la classe ouvrière du Nord de l’Angleterre. Son action a constamment été minée par ses propres députés, et il a dû faire face à de féroces attaques de la part des médias dominants, y compris la BBC qui, dans les périodes calmes, passe pour un radiotélédiffuseur de service public neutre, mais qui, en temps de crise pour la classe dirigeante, se transforme en porte-parole  de l'État, comme ce fut le cas cette fois-ci. Ni Corbyn, ni la plupart des gens de gauche, n'avaient prévu que la hideuse guerre des classes remonterait à la surface à mesure que la menace pesant sur le système se ferait plus pressante. Ils croyaient, comme ils l'ont fait toute leur vie, que la décence de la vie parlementaire britannique prévaudrait, et que l'establishment accepterait à contrecœur les règles du fair-play. Comme par le passé, le parti a mené une campagne électorale maladroite, alors que les conservateurs, ayant peaufiné une implacable machine électorale, avaient recours à une propagande sale, imposant une stricte discipline au sein du parti. Corbyn était un leader moral comme le Parti travailliste n'en avait jamais eu, mais, stratège de terrain incompétent, il a été écrasé, même s’il s'est battu héroïquement jusqu'au bout.

 

Bojo, le surnom de Boris Johnson, est peut-être à rapprocher de « bozo », un personnage insignifiant ou incompétent aux US, un idiot ou un imbécile au Québec. Cf. Bozo le clown, personnage célèbre.

La Grande-Bretagne va se débarrasser de sa peau d'État libéral et social européen pour adopter un modèle économique féroce basé sur les privatisations, et un modèle social basé sur la destruction des droits. L'establishment britannique tentera de châtrer le Parti travailliste, si possible sans le détruire totalement, et, dans le cas contraire, le réduire en miettes avec l'aide de ses nombreux dirigeants ambitieux. La menace du socialisme démocratique a été contenue pour le moment, mais ils ne voudront pas que la menace soit aussi pressante la prochaine fois. Les pots-de-vin, les menaces et les sanctions seront utilisées pour démoraliser les dissidents. Si le nouveau Parti travailliste doit y survivre malgré tout, il aura besoin d'une volonté de fer et d'une grande habileté stratégique. Un roi blond maléfique s'est emparé du trône d'Angleterre et, bien que le brouillard de la défaite soit encore épais, une bataille épique pourrait bien commencer à s’esquisser quelque part dans les collines du nord de l'Angleterre.

Répartition des voix par âge


 





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://tlaxcala-int.org/article.asp?reference=27663
Publication date of original article: 18/12/2019
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=27674

 

Tags: BoJoJeremy CorbynParti travaillisteParti conservateurÉlections britanniques 2019Royaume-Uni
 

 
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