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 23/09/2019 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 EUROPE 
EUROPE / Les Allemands heureux ne votent pas AfD
Date of publication at Tlaxcala: 02/09/2019
Original: Glückliche Menschen wählen nicht die AfD

Les Allemands heureux ne votent pas AfD

Jens Berger

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Les élections régionales de dimanche 1er septembre en Allemagne ont vu le parti d’extrême-droite AfD (Alternative für Deutschland) arriver en deuxième position : en Saxe avec 27,5%, après la CDU, et dans le Brandebourg avec 23,5%, derrière la SPD. Mais le premier parti reste celui des abstentionnistes, qui ont été 33,4% en Saxe et 28,7% en Brandebourg. Les conjectures vont bon train sur les coalitions gouvernementales qui seront bricolées suite à ces élections, à Dresde et Potsdam, où les partis dominants (CDU et SPD) ont perdu les scores majoritaires. Commentaire de Jens Berger.

 

On met juste le clignotant, pour faire peur à ceux de Berlin, ou on prend vraiment la déviation ?  Dessin d'Erl

En 2014, quand l'AfD est entrée dans les premiers parlements régionaux de l'Est de l’Allemagne, l'excitation du complexe politico-médiatique était grande. Aujourd'hui - cinq ans plus tard - les partis populaires (CDU et SPD) de la vieille République fédérale célèbrent déjà comme un grand succès le fait d'avoir défendu leur rôle de force la plus puissante au niveau régional avec une majorité infime contre l'AfD. La "lutte contre la droite", souvent émotionnelle et chroniquement vide de contenu, doit désormais être considérée comme un échec. Ce n'est pas une grande surprise, car l'AfD se présente avec succès comme un "parti anti-establishment" et les réflexes prévisibles de l’establishment s'inscrivent parfaitement dans son scénario. Si les autres partis ne prennent pas rapidement au sérieux les électeurs, leurs inquiétudes et leurs besoins et ne modifient pas leur politique en conséquence, le triomphe de l'AfD se poursuivra. Si l'on veut gagner la lutte contre la droite, il faut la mener au niveau politique et non au niveau de la communication. C’est seulement en éliminant l'insatisfaction qu’on éliminera aussi l'AfD, écrit Jens Berger.

L'époque où les partis de gauche étaient les voix des petites gens est définitivement révolue. Selon infratest  dimap, l'AfD était de loin le parti le plus fort parmi les travailleurs lors des élections d'hier dans le Brandebourg et en Saxe avec respectivement 44% et 41%. La part de la dans ce groupe n'était que de 8% (Brandebourg) et 10% (Saxe). En Saxe, l'AfD a même obtenu plus de deux fois plus de voix que le camp dit de gauche (SPD, Verts et Gauche) réunis !

Un deuxième vieil adage politique, qui doit être depuis hier définitivement enterrée  au cimetière des phrases politiques creuses, est l'adage "Qui ne vote pas, vote à droite". Tant dans le Brandebourg qu'en Saxe, c'est l'AfD qui, parmi tous les partis, a le plus bénéficié de l’augmentation de  la participation électorale  , tandis que la gauche des partis représentés au Bundestag a enregistré les plus faibles augmentations. De toute apparence, les insatisfaits, qui pour une fois se décident à aller votre, tendent davantage vers l'AfD. La mobilisation des abstentionnistes est une arme à double tranchant dans une telle situation. Les anciennes règles ne s'appliquent plus aujourd'hui.

Ces chiffres ne sont nullement surprenants. Le fait que près d'un électeur sur deux qui se s’identifie comme appartenant à la classe ouvrière ait voté précisément  pour l'AfD est certes grotesque, vu que l'AfD représente des positions libérales pur sucre qui sont explicitement dirigées contre les intérêts de la plupart de ses électeurs.

Un parti dont le chef veut abolir de facto la retraite légale et dont le chef de groupe parlementaire est membre de l’ultralibérale Société Hayek, peut difficilement passer pour la voix des petites gens. « De manière étonnante, cependant, le complexe politico-médiatique se concentre exclusivement sur les courants völkisch (national-populistes) et nationalistes au sein du parti et ne dit pas un mot sur ses positions économiques libérales en faveur du marché. L'AfD est un parti profondément élitiste qui, grâce à cette défaillance médiatique, a miraculeusement réussi à se présenter comme un parti anti-élites. Et tant que les médias ne mettront pas de côté leur propre mantra libéral de marché et n'insisteront pas sur cet écart, l’insistance en boucle sur le caractère völkisch de l'AfD continuera à faire écho sans conséquences. Quiconque n'a pas encore réalisé que l'AfD est essentiellement völkisch et nationaliste doit avoir été dans le coma pendant les cinq dernières années. Cependant, seuls quelques électeurs de ce parti sont conscients du fait que l'AfD n’est qu’ un parti libéral au niveau de la FDP.

Cependant, l'AfD ne se préoccupe apparemment que marginalement des contenus. Les postures  anti-élitistes et le positionnement en tant qu'opposant à l'establishment sont la véritable recette du succès du parti. Les gens ne votent pas pour l'AfD parce qu'ils aiment tellement son programme et même les meilleurs candidats enthousiasment plutôt par leur médiocrité ringarde. Non, on vote AfD parce qu'il s'agit de la plus grande protestation possible que le citoyen puisse lancer à l'establishment politique et médiatique. L'AfD est la clé à molette que l'on jette dans l'engrenage du système, non pas pour le réparer selon ses idées, mais pour l'endommager, voire le détruire. Il ne s'agit pas d'une participation politique constructive, mais du rejet destructeur d'un système qui représente sur le plan politique les intérêts d'une petite minorité économiquement surprivilégiée contre la majorité économiquement défavorisée, tente de le dissimuler sur le plan médiatique, puis l'appelle "démocratie" et s’autoencense dans des discours du dimanche pharisiens.

Ceux qui critiquent aujourd'hui l'AfD à l’intérieur de ce mécanisme ne l'affaiblissent pas, mais au final ne font que la renforcer. Quand, par exemple, cinq ans après l'entrée de l'AfD dans les parlements des Länder est-allemands, Manuela Schwesig, présidente par intérim de la SPD, feint l’indignation comme si le pauvre électeur ne savait pas que l'AfD est un parti de droite - parfois même d'extrême droite – elle ne fait en définitive que prendre les gens pour des cons. Ils s'en rendent compte et leur rejet de l’establishment grandit de jour en jour avec chaque discours creux du dimanche. Il est même insensé de vouloir tracer les frontières entre l'AfD et le reste de la classe politique par une césure, qui doit ensuite se retourner contre celle-ci. Manuela Schwesig, par exemple, divise les gens en "ceux qui comptent sur un gouvernement solide et bon" et "l'AfD, qui[a réussi] à fomenter la protestation et à l’engranger". De telles phrases sont prononcées dans le Brandebourg, où la majorité des électeurs ne partagent pas l'opinion de Schwesig selon laquelle le gouvernement a travaillé "solidement et bien", en fait la meilleure publicité électorale pour l'AfD, qui obtient ainsi aussi de l'extérieur le titre de représentant des intérêts des mécontents. Les choses ne pourraient pas aller mieux pour elle.

À gauche, ça a rien donné, et au centre, y a pas de place pour nous. Dessin d'ERL

Ceux qui votent AfD font un doigt d’honneur virtuel à l’establishment dans l’urne. Et quand l’establishment est énervé par ça, c'est bien sûr d'autant mieux. Ceux qui ne peuvent plus entendre les discours du dimanche de la "bulle de Berlin" de plus en plus hors course du complexe politico-médiatique, seront attirés en désespoir de cause vers l'AfD par leurs avertissements stridents contre l'"AfD du mal". Mais ce n'est pas nouveau non plus. À quel point l'attitude moralisatrice du complexe politico-médial peut être contre-productive dans sa lutte mise en scène contre un "populiste", nous avons déjà pu l'observer dans l'élection de Donald Trump.

Quoi qu'il en soit, ce serait une erreur de ne penser aujourd'hui qu'à la manière de combattre l'AfD sur le plan de la communication et à ce à quoi pourrait ressembler une campagne électorale, dans laquelle des votes seraient soustraits à l'AfD. Car si on ne pense à la politique qu'au niveau de la communication et de la lutte pour les voix, on continuera à désespérer du phénomène de l'AfD. Quiconque veut lutter efficacement contre l'AfD doit s'y attaquer non seulement au niveau de la communication, mais surtout au niveau politique. Une bonne politique est le meilleur vaccin contre les succès de l'AfD. Les succès de l'AfD sont une conséquence directe des mauvaises politiques des dernières années et décennies. Mais maintenant l'esprit est sorti de la bouteille et ni les discours de dimanche ni l’autopromotion peu convaincante ne le remettront dans la bouteille.

Si l'on constate qu'un travailleur est-allemand sur trois appartient au secteur des bas salaires et que 78% des électeurs saxons de l'AfD souscrivent à la déclaration "Les Allemands de l'Est sont des citoyens de seconde zone", il n'est en réalité pas difficile de trouver le premier levier pour une politique efficace contre la droite. Quiconque veut lutter efficacement contre l'AfD n'a qu'à s'attaquer sérieusement aux raisons du mécontentement de la population. Ces raisons sont, bien entendu, principalement d'ordre socio-économique. De bonnes retraites et de bons salaires sont la meilleure lutte contre l'AfD que l'on puisse imaginer. Mais la politique en matière d'infrastructures et d'aménagement du territoire joue également un rôle. Si l'AfD triomphe surtout dans les circonscriptions rurales, qui sont particulièrement touchées par l'émigration, il faudrait peut-être d'abord se demander pourquoi les gens émigrent et comment cette tendance pourrait être inversée par une politique intelligente.

Les gens heureux ne votent pas AfD. Qui veut lutter durablement contre l'AfD, doit donc prendre au sérieux les intérêts des gens et mettre en œuvre une politique qui prenne en compte leurs besoins, leurs préoccupations et leurs craintes, qui leur redonne confiance en eux et qui leur permette de penser positivement à l'avenir. Ce n'est que par une telle politique que l'esprit bleu-brun retournera dans la bouteille. Sinon, nous verrons les premières coalitions entre l'Union (démocrate-chrétienne) et l'AfD dans cinq ans au plus tard.

 





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Source: https://www.nachdenkseiten.de/wp-print.php?p=54522
Publication date of original article: 02/09/2019
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Tags: Élections régionales Saxe BrandebourgAfDAllemagne de l'EstAllemagne, mère blafardeNational-populisme libéral
 

 
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