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English  
 CULTURE & COMMUNICATION 
CULTURE & COMMUNICATION / L'héritage langagier de Toni Morrison
Date of publication at Tlaxcala: 07/08/2019
Original: Toni Morrison's legacy of language

L'héritage langagier de Toni Morrison

Jeva Lange

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

L'écrivaine Toni Morrison est décédée lundi à New York à l'âge de 88 ans, causant une perte monumentale pour le paysage littéraire usaméricain.

 

Illustrated | AP Photo/Michel Euler, Strawberry Blossom/iStock

Morrison a remporté le prix Nobel de littérature (l'un des deux seuls prix à être décernés à des femmes usaméricaines, et toujours le seul jamais décerné à un écrivain africain-américain) et un Pulitzer, parmi d'innombrables autres prix dans une carrière qui a duré cinq décennies ; il est en effet difficile de faire comprendre aux non-initiés combien ses livres sont vraiment importants. Elle a également été une commentatrice politique prolifique et une avocate infatigable des écrivains noirs, inspirant même des présidents. Mais quand je pense à l'héritage de Morrison, je pense toujours à ce qu'elle a décrit dans son discours de prix Nobel en 1993 comme étant "la mesure de nos vies" : la langue.

Au moins une partie de cette association est due au fait que lorsque j'étais à l'université, on m'a confié la tâche misérable d'écrire un pastiche du premier roman de Morrison, The Bluest Eye. "Le style est né de l'idée que l'écrivain essaie d'exprimer", informait de manière secourable notre programme d'études ceux d'entre nous qui s'apprêtaient à se lancer dans une tâche aussi ambitieuse. "Ce style ne peut être séparé de la pensée et du contenu et en est le reflet - c'est le précepte fondateur de ce cours."

C'était la première fois que je lisais Morrison, et dans les circonstances les plus intimidantes : pour essayer d'imiter l'inimitable. Comme j'étudiais la littérature, je savais qui était Morrison ; avec Philip Roth, qui était encore en vie à l'époque, on disait souvent qu'elle était le plus grand auteur usaméricain vivant. Pourtant, je n'étais pas prête pour ouvrir The Bluest Eye [L’œil le plus bleu]. Elle reste ma préférée parmi ses œuvres, une sorte de transmission de l'exercice de lecture d'un enfant. "Voici la maison. Elle est verte et blanche. Elle a une porte rouge..." devient dans le paragraphe suivant "Voici la maison elle est verte et blanche elle a une porte rouge...", et dans le suivant devient un babillage : " Voicilamaisonelleestverteetblancheelleauneporterouge...".

Puis vient cette proclamation de base par la voix du narrateur du roman et qui, dans sa première édition, était imprimée directement sur la couverture : « Tranquille comme c’était, il ne poussa pas de marguerites à l’automne de 1941. À l’époque, nous avons pensé que c’était parce que Pecola allait avoir le bébé de son père, que les marguerites ne poussaient pas ».

Morrison a publié The Bluest Eye à l'âge de 39 ans en 1970, et a écrit 10 autres romans dans sa vie, dont le plus récent en 2015. Beaucoup de ses autres livres sont plus appréciés que The Bluest Eye : Song of Solomon [Le chant de Salomon] est un favori souvent cité, et Beloved est peut-être le plus connu grâce à la promotion qu’en a fait Oprah Winfrey. Dans son propre avant-propos à The Bluest Eye, Morrison a exprimé son mécontentement à l'égard du livre, notant qu'elle avait observé que "de nombreux lecteurs restaient touchés mais pas émus".

Mais pendant ces quelques semaines où j'ai bûché de façon obsessionnelle sur The Bluest Eye, froissant la couverture dans mes efforts pour extraire la clé du style de Morrison, j'ai été émue. Par l'histoire de Pecola, oui, mais aussi par la façon dont Morrison assemblait ses mots pour créer des images à la fois dans mon esprit et - d'une manière que je ne comprends pas encore totalement - dans mon cœur.

Parfois, c'était aussi simple qu'une comparaison parfaite qui sonnait, presque musicalement, sur la page. "Elle m'a laissé comme les gens quittent une chambre d'hôtel", commence un passage. " Leur conversation est comme une danse un peu méchante : un son rencontre un autre son, fait la révérence, hésite et se retire. ", dit un autre. D'autres encore sont simples et calmes : l'amour est "épais et sombre comme le sirop d'Alaga", les dents sont "collées comme deux touches de piano amarrées entre des lèvres rouges ", et des nonnes "passent aussi silencieuses que le désir".

Ensuite, il y a les longs passages de dialogue de Morrison, qui sont parfois ininterrompus par le signifiant "dit-il" ou "dit-elle". Même les commentaires de ses personnages les plus mineurs servent à ancrer le récit dans une tradition nettement plus orale que le reste de sa prose. "Mes choix de langage... sont des tentatives de transfigurer la complexité et la richesse de la culture noire usaméricaine en une langue digne de cette culture " : c’est ainsi que  Morrison décrit son effort dans l'avant-propos. Elle donne aux enfants des voix d'enfants ("she's ministratin'"), et la prose est souvent ébranlée par la simplicité dévastatrice de leurs observations en langage familier ("Le père de personne ne devrait être nu devant sa propre fille. Sauf s'il était sale aussi").

Je ne me souviens de rien sur la façon dont mon pastiche s'est finalement terminé - c'était sans doute une tentative maladroite et embarrassante de reproduire la façon dont Morrison coupe directement à travers les distractions du langage qui nous embourbent tous dans ce qu’ Oprah appelle "dire la vérité". Les capacités de Morrison, après tout, ont transcendé le genre de langage stylistique qui peut être imité pâlement. Ses romans créent un état d’urgence à cause du contenu qui est à l'origine du style, un contenu souvent sombre et exigeant, et que la plupart des écrivains n'ont pas le courage de regarder droit dans les yeux.

Ce n'est que quelques années plus tard que je suis tombée sur l'interview de Morrison sur l’ "Art of Fiction", dans laquelle elle dit que "c'est ce que vous n'écrivez pas qui donne souvent sa puissance à ce que vous écrivez". Et c'est, je crois, la clé que je cherchais, mais je n’avais jamais pu entrer moi-même dans la serrure. Peu nombreux sont ceux qui le peuvent car, pour Morrison, le "langage" n'est pas aussi simple que ce qui est imprimé. C'est aussi ce qui a été vécu, ce qui a été ressenti, et est glissé, lisse et tranchant comme un piège, entre ces mots glorieux.

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: https://theweek.com/articles/857248/toni-morrisons-legacy-language
Publication date of original article: 06/08/2019
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=26751

 

Tags: Toni Morrison
 

 
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