TLAXCALA تلاكسكالا Τλαξκάλα Тлакскала la red internacional de traductores por la diversidad lingüística le réseau international des traducteurs pour la diversité linguistique the international network of translators for linguistic diversity الشبكة العالمية للمترجمين من اجل التنويع اللغوي das internationale Übersetzernetzwerk für sprachliche Vielfalt a rede internacional de tradutores pela diversidade linguística la rete internazionale di traduttori per la diversità linguistica la xarxa internacional dels traductors per a la diversitat lingüística översättarnas internationella nätverk för språklig mångfald شبکه بین المللی مترجمین خواهان حفظ تنوع گویش το διεθνής δίκτυο των μεταφραστών για τη γλωσσική ποικιλία международная сеть переводчиков языкового разнообразия Aẓeḍḍa n yemsuqqlen i lmend n uṭṭuqqet n yilsawen dilsel çeşitlilik için uluslararası çevirmen ağı

 23/09/2019 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 LAND OF PALESTINE 
LAND OF PALESTINE / L’agonie solitaire d’Aïcha, une fillette gazaouie de 5 ans
Date of publication at Tlaxcala: 24/05/2019
Original: A 5-year-old Gaza girl, dying all alone
Translations available: Español 

L’agonie solitaire d’Aïcha, une fillette gazaouie de 5 ans

Gideon Levy جدعون ليفي גדעון לוי

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Aïcha Al Loulou a dû être opérée d’une tumeur au cerveau et recevoir une chimiothérapie à Jérusalem-Est. Israël n’a pas laissé  ses parents l'accompagner. 

 

Wissam Al Loulou et Mouna Awad avec le drap enroulé autour de leur fille inconsciente pendant son voyage de retour.

On était le vendredi 12 avril. Dans l'après-midi, Aïcha s'est réveillée et est revenue à la vie. Elle a dit à ses parents que la douleur avait disparu. La famille a un clip vidéo qui la montre en train de jouer après l'opération pour insérer le tube.

Les parents d'Aïcha - son père, Wissam Al Loulou, 37 ans, et sa mère, Mouna Awad, 27 ans - racontent tout cela depuis le balcon fermé de leur maison du camp de réfugiés de Boureij. Le couple a trois autres jeunes enfants. De temps en temps, l'un d'entre eux – Ribka, 4 ans, ou Hassan, 2 ans et demi - grimpe sur les genoux de son père ou de sa mère et se blottit dans ses bras. Wissam est diplômé en gestion de l'Université islamique de Gaza, mais il est actuellement au chômage. Il a été forcé de fermer sa petite épicerie parce qu'il n'y avait pas de clients et, de toute façon, il avait besoin des produits pour nourrir sa propre famille. Depuis lors, le seul revenu de la famille est constitué par les allocations sociales qu'elle reçoit des organismes de secours.

La bande de Gaza est assiégée. Le visage de Mouna est voilé, seuls ses yeux à lunettes sont visibles à travers le voile noir. Wissam porte une galabiya de couleur claire. Notre conversation se déroule via Skype : Au cours des 13 dernières années, les autorités israéliennes ont empêché les journalistes israéliens d'entrer à Gaza, à l'exception de ceux qui sont embarqués avec des unités des Forces de défense israéliennes lors des invasions de la bande de Gaza.

Pour résumer l'histoire d’Aïcha : elle a été hospitalisée pendant cinq jours dans le service neurochirurgical de l’hôpotal Shifa. On a dit à ses parents qu'elle devait être transférée d'urgence à l'hôpital Makassed à Jérusalem-Est pour y subir une intervention chirurgicale afin d'enlever la tumeur, puis recevoir une chimiothérapie qui n'est pas disponible dans la bande de Gaza. Il fallait maintenant négocier avec  la bureaucratie de l'occupation israélienne afin d'amener Aïcha à Jérusalem le plus rapidement possible. Il était clair que sa vie était en danger. Ses parents se sont adressés au Ministère des affaires civiles de l'Autorité palestinienne, qui travaille avec l'Administration israélienne de coordination et de liaison. Là-bas, on leur a dit qu'il faudrait cinq jours pour organiser les documents d'autorisation, deux du côté palestinien et trois autres pour obtenir une réponse du côté israélien.

 

Mouna Awad sur le lit  d’Aïcha.

Wissam dit que le bureau palestinien lui a dit qu'en raison de son jeune âge, il lui serait très difficile d'obtenir un permis d'entrée en Israël et qu'il faudrait à Israël trois semaines pour effectuer un contrôle de sécurité. La situation était encore plus compliquée pour la mère d'Aïcha  : Mouna n'a pas de carte d'identité délivrée par l'état civil israélien, ce qui compte à Gaza. Elle est une Palestinienne née en Libye dont la famille est originaire de Majdal, aujourd'hui Ashkelon, et elle a grandi en Égypte. Elle est entrée dans la bande de Gaza avec un permis de visiteur et y est restée pour y vivre sans carte d'identité reconnue par le gouvernement israélien ; elle n'a qu'une carte d'identité délivrée par le Hamas, qui n'a aucune valeur pour Israël. Le ministère des Affaires civiles de l'AP a dit à Wissam qu'il n'y avait en fait aucune chance que lui ou Mouna obtienne la permission d'entrer en Israël. Ils ont demandé les noms d'autres membres de la famille qui pourraient être en mesure d'accompagner Aïcha pendant son épreuve.

Wissam a suggéré sa mère, la grand-mère d'Aïcha, Ribka, 75 ans. Les responsables palestiniens sont retournés voir les Israéliens et on leur a dit qu'il faudrait aussi trois semaines pour faire un contrôle de sécurité sur la grand-mère. Peut-être qu'il y a quelqu'un d'autre dans la famille, a demandé le ministère palestinien. Wissam leur a donné les noms de trois des tantes Aïcha, plus ceux d'un oncle et de la femme d'un oncle. Il a soumis cinq demandes et espérait qu'Israël en approuverait au moins une. La grand-mère et l'une des tantes avaient reçu l'autorisation de passer le poste de contrôle d'Erez entre Gaza et Israël, en route pour la Jordanie six mois plus tôt. Une autre tante avait récemment reçu un laissez-passer pour se rendre au consulat US à Jérusalem, afin d'obtenir un visa d'entrée pour les USA.

A l'hôpital Makassed, l'intervention chirurgicale sur Aïcha  était prévue pour le 16 avril. Le temps était de l'essence, sa vie tenait à un fil. Aucun permis d'entrée n'est arrivé d'Israël : Il n'y avait aucun moyen d'envoyer l'enfant à Jérusalem-Est le jour fixé. Son hospitalisation a été reportée au 17 avril. Entre-temps, le ministère des Affaires civiles a suggéré à Wissam de soumettre les noms d'autres personnes, des étrangers, pas des membres de la famille - peut-être que le contrôle de sécurité serait plus rapide pour eux. Désespérée, la famille a demandé aux personnes qui se trouvaient à l'hôpital Shifa si elles seraient prêtes à escorter leur fille à Jérusalem-Est pour une chirurgie du cerveau et une chimiothérapie.

Six noms de volontaires que la famille ne connaissait pas ont été soumis au ministère palestinien, qui les a transmis à Israël. Après une vérification rapide, l'appareil de l'occupation israélienne a choisi le nom de Halima Al Adess, 55 ans, résidente du camp de réfugiés de Shati, qui était une connaissance de l'une des tantes d'Aïcha. Ni Aïca ni ses parents ne connaissaient la femme qui allait passer les semaines fatidiques à venir avec leur petite fille, loin, très loin.

 

Mouna Awad avec ses trois enfants.

Le jour J, les parents et l'escorte se sont rendus au point de passage d'Erez avec Aïcha. Elle et la femme qui l'escorterait ont dû monter dans un bus pour les emmener du poste de contrôle palestinien au poste de contrôle israélien. Les parents ont été forcés de s'arracher à leur fille malade. Aïcha était physiquement en forme pour le voyage, mais émotionnellement, elle était déstabilisée. Elle n'arrêtait pas de pleurer et refusait d'être enlevée à ses parents. Elle a crié qu'elle voulait rentrer chez elle et qu'elle ne voulait pas partir avec une femme qu'elle ne connaissait pas. Aïcha n'avait jamais quitté la bande de Gaza auparavant.

Sa mère a essayé de la calmer. Elle lui a dit qu'elle devait partir, que c'était pour la guérir, qu'elle n'aurait plus de maux de tête, et qu'à son retour à la maison, on lui achèterait tous les jouets qu'elle voulait. Épuisée et toujours en pleurs, Aïcha a accepté de monter dans le bus. Sa mère l'a accompagnée jusqu'à son siège et est descendue du bus. Elle n’allait plus jamais revoir la petite fille consciente.

Après avoir traversé le point de passage, les deux personnes se sont rendues en taxi à Jérusalem. Pendant tout ce temps, les parents d’Aïcha lui ont parlé au téléphone pour lui remonter le moral. Aïcha a quand même pleuré pendant la majeure partie du voyage. L'opération, réalisée le 21 avril, a duré cinq heures. Aïcha s’est réveillée le lendemain. Les médecins ont dit qu'ils avaient enlevé la tumeur, mais que la chimiothérapie devait être engagée rapidement. Ils ont dit à ses parents que l'état psychologique de leur fille était terrible, coupée d'eux, et que cela pourrait affecter ses chances de guérison. Il était impératif qu'au moins l'un d'entre eux soit à ses côtés. Une visiteur à l'hôpital a donné à Aïcha 20 shekels (5 €) et elle a demandé à ses parents par téléphone quoi faire avec l'argent. Ils lui ont dit de le garder et qu'à son retour à la maison, ils lui achèteraient des jouets. Après cela, son état s'est aggravé.

Les visages des parents sont sombres, parfois ils fixent le sol. La mère d’Aïcha se tait, son père raconte l'histoire. Il se souvient qu'un représentant d'une ONG israélienne de défense des droits de l'homme les a appelés pour leur demander des détails et une copie de leurs pièces d'identité afin d'essayer de les aider. Un parent israélien vivant à Lod a présenté une demande au Centre Peres pour la paix, dans le but d'obtenir un permis d'entrée pour un des parents. Le Centre palestinien Al Mezan pour les droits de l'homme a également demandé que l'un des parents soit autorisé à entrer en Israël. Aucun de ces efforts n'a abouti à rien. Les jours sont passés sans que la partie israélienne ne réponde. Aïcha était seule avec une femme qu'elle ne connaissait pas.



Aïcha Al Loulou

Le porte-parole de l'Unité de coordination des activités gouvernementales dans les territoires a déclaré à Haaretz cette semaine : « Contrairement à diverses informations, Israël a autorisé l'entrée de la fillette Aïcha  Al Loulou pour un traitement médical dans un hôpital de Jérusalem-Est, après que ses parents eurent signé une déclaration déclarant qu'ils ne souhaitaient pas l'accompagner depuis la bande de Gaza et lui ayant demandé de partir avec une amie de la famille, qui est entrée avec elle et est restée avec elle pendant le traitement. Nous tenons en outre à souligner que, contrairement à ce qui est rapporté, Aïcha Al Loulou est décédée dans la bande de Gaza, après être rentrée chez elle il y a deux semaines, à l'issue d'une opération qui, malheureusement, n'a pas abouti, à l'hôpital Makassed.

« Nous tenons à souligner que, conformément à sa politique, l'Administration de coordination et de liaison a besoin d'une escorte parentale pour le traitement médical des mineurs, étant entendu qu'un enfant a besoin de ses parents à de tels moments. Dans ce cas également, conformément à la procédure de l’ACL, les parents d’Aïcha étaient tenus de transmettre un document déclarant qu’ ils n'étaient pas intéressés à accompagner leur fille pendant les traitements pour des raisons qui leur étaient propres - et ils ont demandé qu'une autre personne l'accompagne en leur nom ».

Wissam, le père d’Aïcha, nous l'a dit cette semaine : « Les FDI ont tué ma fille. Israël l'a tuée ».

Elle a finalement été transférée à l'hôpital Augusta Victoria à Jérusalem-Est pour une chimiothérapie. Mais là, son état a commencé à se détériorer à une vitesse effrayante. Encore une fois, on a dit à ses parents que le fait qu'elle se trouvait dans un environnement étranger, sans eux et sans personne qu'elle connaissait, affectait son état. En deux jours, elle est devenue paralysée et a également perdu le pouvoir de la parole. La famille a décidé d'essayer à nouveau d'obtenir un permis, de tout faire pour la rejoindre. Mais les autorités leur ont dit qu'il n'y avait aucune chance. L'hôpital a dit qu'il valait mieux que la petite fille rentre chez elle le plus rapidement possible. Elle n'était plus consciente. C'était le 7 mai

 

Wissam Al  Loulou

Un chauffeur d'ambulance privée a demandé 1 500 shekels (375 €) pour emmener Aïcha  de Jérusalem au poste de contrôle d'Erez. La femme qui escortait Aïcha n’avait pas l'argent. Elle a enveloppé Aïcha dans un drap de l'hôpital Augusta Victoria et l'a déposée sur le siège arrière d'un taxi. Ce sont les derniers jours d'Aïcha . Ses parents montrent le drap qui était enroulé autour de leur fille inconsciente sur le chemin du retour. Pour la photo en commun publiée ici, ils s'enveloppent dans le drap, auquel l'odeur de leur fille s'accroche encore, comme s'ils s'enveloppaient dans son corps.

Il s'est avéré impossible de la faire monter dans un bus à Erez en raison de la délicatesse et de la gravité de son état ; elle a été emmenée sur un tricycle à moteur. Du poste de contrôle, ses parents l'ont emmenée à Al Rantisi, un hôpital pédiatrique, qui a d'abord refusé de l'admettre en raison de son état et l'a envoyée à Shifa. À Shifa, les parents ont appris qu'elle devait rester à Rantisi. Finalement, ils l'ont ramenée chez elle, à Bureij.

Le lendemain, ils ont été contraints de la ramener à Rantisi. Les médecins ont dit qu'il n'y avait plus rien à faire. Elle a passé sept jours à l'hôpital, sans que le personnel ne fasse quoi que ce soit. Mercredi dernier, le 15 mai, à 6 heures du matin, l'hôpital a téléphoné à ses parents pour qu’ils viennent immédiatement. Ils sont restés avec elle toute la journée, regardant leur fille mourir. À six heures du soir, Aïcha  a rendu l’âme, ses parents à ses côtés - enfin.

Photos de Khaled Azaiza

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: https://bit.ly/2YOsKyn
Publication date of original article: 24/05/2019
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=26107

 

Tags: Ghetto de Gaza assiégéAïcha Al LoulouCrimes sionistesPalestine/Israël
 

 
Print this page
Print this page
Send this page
Send this page


 All Tlaxcala pages are protected under Copyleft.