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 18/11/2018 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 LAND OF PALESTINE 
LAND OF PALESTINE / Israël : qu’est-ce que l’assimilation a de si terrible ?
Date of publication at Tlaxcala: 16/10/2018
Original: Israel: What’s so bad about assimilation?

Israël : qu’est-ce que l’assimilation a de si terrible ?

Gideon Levy جدعون ليفي גדעון לוי

Translated by  Jacques Boutard
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Lucy Aharish et Tzachi Halevy[1] sont peut-être en train de donner naissance à une race bien plus morale et civilisée que celle qu’Israël a produite jusqu’à présent.  

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_19059.jpg

Lucy Aharish et Tsahi Halevi posent pour une photo lors de leur mariage à Hadera, Israël le 11 octobre 2018.
Photo Meggie Vilensky/REUTERS

La crainte de l’assimilation est une chose dont on nous a tous abreuvés  avec le lait maternel. L’annihilation, la destruction, Auschwitz, ce genre de choses. Même nous, Israéliens si fiers de notre pays et de notre armée, nous avions presque tous peur d’entrer dans une église.  Bien avant la dernière vague de coercition religieuse, lorsque, pleins de crainte, [les Juifs israéliens] embrassaient les bibles tombées à terre [2], nous, les enfants de la faussement laïque Tel-Aviv , nous jouions parfois avec le feu : nous faisions le signe de croix, pour plaisanter. C’était une façon de tester notre courage et de tenter le sort, comme de sauter d’un toit ou de toucher la flamme d’une bougie.

Dans la rue Yefet [anciennement rue Ajami] à Jaffa, il y a une école qui nous paraissait menaçante ; on nous disait qu’elle appartenait aux « Missionnaires »*. À l’époque, le mot « Missionnaires » ressemblait pour nous au mot « Gestapo ». À chaque fois que nous passions devant elle, même déjà un peu plus âgés, nous nous demandions avec angoisse ce qui pouvait bien se passer à l’intérieur. Une rumeur voulait qu’un enfant de notre école y était entré et n’en était jamais ressorti. Nous ne pardonnions jamais. Nous soupçonnions ses parents d’être chrétiens. Nous étions réellement terrorisés.

C’est dans cette ambiance que nous avons grandi, nous, les enfants de la première génération après la renaissance de l’État juif, une atmosphère de terreur qu’on martelait dans nos jeunes cerveaux. On ne nous a jamais appris un seul mot du Nouveau Testament. « Impureté[3] ». Le livre d’Aaron Abraham Kabak Ba-Mishcol Ha-Tsar [Sur le chemin étroit], un récit romancé de la vie de Yeshu [Jésus de Nazareth]  était la seule et maigre source d’information sur Jésus que nous autorisait le programme scolaire officiel, laïque et libéral, bien avant l’avènement de  Naftali Bennett[4]. Nous n’entendions bien sûr jamais parler de l’Islam ou du Coran.  Quand Arela (Rela), fille d’une amie intime de ma mère et cousine de Benjamin Netanyahou, a épousé Donny à San Francisco, nous nous sommes dit : ce n’est pas si grave, Donny est un brave garçon, même s’il n’est pas juif. Nous étions comme ça.

Nous avons grandi depuis et nous sommes devenus plus forts. L’ israélité[5]s’est enracinée dans le pays, le monde s’est globalisé, et les mariages avec des non-juifs deviennent moins rares et paraissent moins menaçants, au moins pour une minorité appréciable de libéraux. Mais le récit national est resté le même : les mariages mixtes sont une menace existentielle, assimilation vaut destruction. Nous n’avons pas besoins des imprécations d’un Oren Hazan [député du Likoud, ancien gérant de casino en Bulgarie, trumpolâtre et raciste virulent, NdE] pour comprendre combien ce récit est profondément enraciné dans la conscience des Juifs israéliens. Demandez à n’importe quel parent, y compris ceux qui se considèrent comme éclairés et laïques, et ils répondront qu’ils préféreraient que leur fils épouse une Juive. Pourquoi, mon dieu ?

L’opposition à l’assimilation est raciste et purement nationaliste. C’est encore cette idée que le sang juif est supérieur et doit rester pur, et surtout ne pas être mélangé, Dieu nous en garde, avec celui des chrétiens, des musulmans ou d’autres êtres impurs. Après une longue histoire vécue comme une minorité menacée, les gens n’arrivent pas à se débarrasser de cet instinct de survie. Mais allons plus loin et demandons-nous : pour quoi faire ?

L’État d’Israël est l’incarnation du judaïsme et de ses valeurs. Ici les Juifs sont en majorité, ce sont les rois, rien ne peut les empêcher de réaliser leurs souhaits.

Si Israël était une société modèle ou un pays moral, nous pourrions comprendre le besoin de lutter contre l’assimilation dans le but de préserver de nobles valeurs. Mais voyez le désastre ! Le Canada, un pays non-juif, a absorbé l’année dernière 3 000 demandeurs d’asiles érythréens honteusement chassés d’Israël. Netta Ahituv a récemment décrit avec quelle humanité ce pays qu’ils n’avaient pas choisi les a traités, et quels souvenirs ils gardent de la Terre Promise (Haaretz du 21 septembre). Et ce n’est là qu’un exemple.

Est-ce que la lutte contre l’assimilation est une lutte pour préserver les valeurs juives sous la forme où elles ont été réalisées en Israël ? Si oui, il vaudrait mieux arrêter ce combat-là. Le gefilte fish (carpe farcie, d’origine ashkénaze) et le hreime (poisson en sauce piquante, d’origine sépharade), la Bible, la religion et le patrimoine peuvent aussi bien être préservés au sein de mariages mixtes. Alors que les pays occidentaux deviennent multiculturels et que les mariages mixtes y sont monnaie courante, ici nous luttons contre toute forme de mélange. Nous considérons cela comme une menace existentielle, et un ministre a même menacé les enfants des unions mixtes.

L’ État juif a déjà fait naître une identité sclérosée, qui ne peut être enrichie que par l’assimilation, qui est un processus normal et sain. Lucy Aharish and Tzachi Halevy sont peut-être en train de donner naissance à une race bien plus morale et civilisée que celle qu’Israël a produite jusqu’à présent.    

 NdT

[1] Voir l’article : http://www.europe1.fr/international/israel-lunion-dun-acteur-juif-et-une-presentatrice-arabe-dechaine-les-passions-3776585

[2] Allusion à la coutume juive d’embrasser un livre à caractère religieux tombé à terre, qu’il s’agisse d’un livre à caractère kodèch : un siddour (livre de prière), un ‘houmach(Torah), un livre d’étude de la Torah, qu’il soit écrit en hébreu (lachone hakodèch) ou dans une autre langue. Voir aussi sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=UVNa1R_ycGE (en anglais)

[3] Pour voir les notions de pureté et d’impureté dans la Torah :  https://fr.chabad.org/library/article_cdo/aid/1478395/jewish/5-La-puret-et-limpuret.htm

[4] Naftali Bennett : Dirigeant du parti nationaliste et religieux « Le Foyer Juif » ; actuel ministre de l’Education, de la Diaspora et membre du Conseil de Sécurité, au centre de nombreuses polémiques.

[5] Néologisme. Sentiment d’appartenance à la nation israélienne, par opposition à une religion ou à un groupe ethnique particulier.

NdE

*Il s'agit de l'école Tabeetha, fondée par deux soeurs écossaises en 1863. Ce fut la première école pour filles de la ville, accueillant d'emblée des musulmanes, des juives et des chrétiennes. Aujourd'hui, elle accueille des élèves de 40 nationalités et de toutes croyances, de la maternelle au bac, dont seulement 5% de juifs.

 

 

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: https://www.haaretz.com/opinion/.premium-what-s-so-bad-about-assimilation-1.6552472
Publication date of original article: 13/10/2018
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=24336

 

Tags: Lucy Aharish/Tzachi HalevyMariages mixtesPeur de l'assimilationMariages mixtesPalestine/Israël
 

 
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