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 21/11/2018 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 IMAGE AND SOUND 
IMAGE AND SOUND / Quatre jours au Sahara occidental occupé : une vision rare depuis l’intérieur de la dernière colonie africaine (Reportage vidéo)
Date of publication at Tlaxcala: 23/09/2018
Original: Four Days in Occupied Western Sahara—A Rare Look Inside Africa’s Last Colony

Quatre jours au Sahara occidental occupé : une vision rare depuis l’intérieur de la dernière colonie africaine (Reportage vidéo)

Amy Goodman

Translated by  Isabelle Rousselot
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Dans cette émission exclusive, Democracy Now! brise le silence médiatique et pénètre au Sahara occidental occupé au nord-ouest de l’Afrique pour rendre compte de la lutte engagée par les Sahraouis depuis des décennies et de la répression violente du Maroc. Le Maroc occupe le territoire depuis 1975 au mépris des Nations Unies et de la communauté internationale. Des milliers de personnes ont été torturés, emprisonnés, tués et ont été portés disparus parce qu’elles résistaient à l’occupation marocaine. Un mur de 2 720 kms sépare les Sahraouis qui demeurent sous l’occupation de ceux qui ont fuit en exil. La plupart des médias internationaux ne parle pas de l’occupation – en partie parce que le Maroc empêche systématiquement les journalistes d’entrer au Sahara occidental. Mais fin 2016, Democracy Now ! a réussi à pénétré dans la ville de Laâyoune au Sahara occidental, devenant ainsi la première équipe d’information internationale depuis des années à faire un reportage depuis le territoire occupé.

Transcription

AMY GOODMAN : Aujourd’hui une exclusivité de Democracy Now! : « Quatre jours au Sahara occidental, la dernière colonie africaine »

Le Sahara occidental où des manifestants pour la paix, menés par des femmes, sont battus dans les rues. Des milliers ont été torturés, emprisonnés, tués et ont disparu parce que résistants à l’occupation marocaine.

SULTANA KHAYA : (traduction) Il m’a donné un coup juste dans l’œil avec son bâton. Je lui ai crié « Hé toi le Marocain, tu m’as arraché l’œil ! »

AMY GOODMAN : Où les ressources naturelles sont pillées, des phosphates jusqu’aux poissons.

HMAD HAMMAD : (traduction) Notre malédiction vient des ressources naturelles que nous avons ici. S’il n’y avait pas toutes ces ressources naturelles, le Maroc n’aurait jamais envahi le Sahara Occidental.

AMY GOODMAN : Où un énorme mur sépare un peuple, les Sahraouis, la population indigène, à qui on refuse toujours un référendum pour l’auto-détermination.

ELGHALIA DJIMI : (traduction) Si on ne le dénonce pas, nous, les victimes, qui souffrons de tout cela, si on ne le dénonce pas et si on ne défend pas notre cause, ce problème continuera.

AMY GOODMAN : Le Sahara occidental, le centre d’une lutte qui dure depuis 4 décennies pour l’indépendance, contre le Maroc, son voisin du Nord. Le Maroc a occupé le territoire depuis 1975 au mépris des Nations Unies et de la communauté internationale.

L’histoire du Sahara occidental est une histoire de colonialisme, de pillage et de résistance. C’est également une histoire qui est rarement rapportée par les médias internationaux.

Et c’est ici, au Sahara occidental, que, selon l’intellectuel Noam Chomsky, le printemps arabe a commencé à la fin 2010, avant même les soulèvements en Tunisie et Égypte.

NOAM CHOMSKY : les forces marocaines sont entrées dans le territoire, ont détruit les camps de réfugiés, dont beaucoup ont été tués ou blessés. Puis ça s’est propagé.

AMY GOODMAN : Mais la lutte au Sahara occidental dure depuis bien plus longtemps. Car il y a presque un siècle, le Sahara occidental a été colonisé par l’Espagne. Mais l’occupation espagnole s’est terminée en 1975, déclenchant un désaccord régional. Le 31 octobre 1975, alors que l’Espagne se retirait, le Maroc au nord et la Mauritanie au sud ont envahi le Sahara occidental.

Quelques jours après l’invasion par les troupes marocaines, le roi Hassan II ordonne à des centaines de milliers de sujets marocains de pénétrer au Sahara occidental ; ce qui sera connu sous le nom de « marche verte ». La Mauritanie se retirera quatre ans plus tard mais le Maroc occupe toujours, à ce jour, le Sahara occidental.

Juste après l’invasion marocaine, le Secrétaire d’État, Henry Kissinger déclarait en privé au Président Gerald Ford, qu’il espérait, je cite, « influencer un vote de l’ONU » au Conseil de Sécurité afin de confirmer la revendication du Maroc sur le Sahara occidental.

Environ la moitié de la population sahraouie fuit l’invasion vers l’Algérie voisine, où ils s’installèrent dans des camps de réfugiés au milieu du désert. L’invasion marocaine provoqua une guerre de 16 ans avec le Mouvement de Libération du Sahara devenu le Front Polisario. L’armée du Maroc, avec l’aide militaire US, repoussa le Front Polisario jusqu’au désert de l’est du Sahara occidental. Puis le Maroc créa le plus long champ de mines du monde et construisit le deuxième plus long mur sur terre, avec l’aide des industries d’armement US Northrop et Westinghouse.

Le mur de presque 2 740 km de long sépare les Sahraouis demeurés sous l’occupation de ceux qui ont fui en exil.

Le gouvernement marocain entreprit alors des décennies de tortures, d’enlèvements, d’assassinats et de répression contre les Sahraouis militant pour l’indépendance et vivant dans le territoire occupé.

En 1991, l’ONU commandita un cessez-le-feu et promit aux Sahraouis un référendum sur l’auto-détermination, organisé par une mission de maintien de la paix des Nations Unies connue sous le nom de MINURSO. Depuis lors, le Maroc a bloqué toutes tentatives d’organiser le vote, et le Conseil de Sécurité de l’ONU a refusé de mettre en œuvre son propre projet de référendum et de permettre à la MINURSO de surveiller la situation des droits humains dans le territoire.

Aujourd’hui, aucun pays ne reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, un des endroits les moins accessibles du monde. Et les médias internationaux ont pour la plupart ignoré l’occupation, en partie parce que le Maroc empêche de façon systématique l’entrée des journalistes au Sahara occidental.

Mais fin 2016, Democracy Now! a réussi à briser le blocus médiatique. Nous étions à Marrakech au Maroc pour la COP22, la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique. Avec les accréditations de l’ONU et nos passeports US, nous avons décidé de tenter notre chance et d’essayer de faire ce qu’aucune équipe de télévision étrangère n’avait fait depuis des années : faire un reportage depuis la dernière colonie d’Afrique.

AMY GOODMAN : Je suis Amy Goodman sur Democracy Now! Nous venons d’arriver à El Ayoun, la capitale du Sahara occidental, la dernière colonie africaine, espérant faire un reportage ici, occupé par le Maroc depuis plus de 40 ans. Nous sommes à l’aéroport maintenant. Nous allons voir ce qui va se passer.

AMY GOODMAN : Je parle tranquillement depuis l’avion parce que les journalistes, même les journalistes occidentaux, sont rarement autorisés à entrer au Sahara occidental. Nous ne savons pas si nous allons devoir rebrousser chemin comme beaucoup d’autres l’ont fait.

Ce sont peut-être nos cartes de presse US autour de nos cous. Ou peut-être nos passeports US. Ou peut-être que c’est juste parce que notre arrivée était tellement inattendue. Mais après vérification de nos documents et quelques questions, on nous a laissé passer à la douane.

A l’extérieur de l’aéroport, nous sommes montés dans une voiture conduite par Jamal, notre interprète et guide.

JAMAL : je suis très heureux de vous rencontrer.

AMY GOODMAN : Alors, dites-moi, qui sont les policiers en civil à l’aéroport ?

JAMAL : Ce sont les agents de la sécurité. Ils appartiennent à différents services.

AMY GOODMAN : Jamal dit que nous avons été observés par la police locale, les services secrets marocains et les agents des renseignements.

JAMAL : Je vous souhaite la bienvenue à El Ayoun. En fait, l’aéroport est tellement proche de la ville qu’on pourrait y aller à pied.

AMY GOODMAN : Nous arrivons à l’hôtel Salwan, sachant que le réceptionniste a l’obligation d’informer la police de notre présence. Nous allons nous enregistrer rapidement puis nous préparer immédiatement pour interviewer des militants sahraouis dans une de nos chambres. Nous ne savons pas pendant combien d’heures – ou de minutes – nous pourrons enregistrer avant l’arrivée des autorités.

Rapidement, un petit groupe de Sahraouis entre.

Notre premier entretien est avec le journaliste Mohamed Mayara. Il parle à voix basse de la torture et des meurtres auxquels sa famille a dû faire face entre les mains des autorités marocaines.

MOHAMED MAYARA : Mon père était parmi les quatre frères qui ont été kidnappés immédiatement quand le Maroc a envahi le Sahara occidental. Il a été arrêté le 27 février 1976. J’avais deux mois. Il a été kidnappé puis ils l’ont emmené dans une prison secrète bien connue des Sahraouis, Agdz, au sud du Maroc. Il y a passé un an et six mois et il est mort sous la torture.

AMY GOODMAN : Quel risque prenez-vous en parlant à une journaliste occidentale comme moi ?

MOHAMED MAYARA : J’ai une fille qui a 7 ans. Je lui ai raconté ce qui s’est passé pour mon père quand elle me l’a demandé. J’ai essayé de lui dire que mon père avait été kidnappé, torturé etc. Mais j’essaye de lui faire comprendre qu’un jour j’aurais le même destin que lui. Je suis donc toujours sur le qui-vive.

AMY GOODMAN : Pourquoi prenez-vous ce risque ?

MOHAMED MAYARA : Parce que je pense que cet engagement est le devoir de la liberté.

AMY GOODMAN : Le travail du journaliste citoyen Mohamed Mayara pour le collectif Equipe Media est décrit dans le film 3 Stolen Cameras. Ce film montre l’horrible sort d’un cameraman sahraoui qui est poussé du haut d’un toit par la police après avoir été repéré en train de filmer une répression sanglante de manifestants pacifiques.

Caméraman sahraoui : (traduction) soudain, un policier en civil m’a repéré sur un toit. Ils sont apparus tout d’un coup sur le toit et m’ont poussé par-dessus bord. En tombant dans la rue, je me suis cassé la jambe. D’autres policiers m’ont traîné sur le sol. Un peu plus loin en bas de la rue, il y avait un pneu en feu. Ils m’ont roulé sur le pneu. Ce n’était pas un accident. C’était une démonstration de force, ils voulaient montrer ce qui arrive à ceux qui essayent d’enfreindre le blocus médiatique.

AMY GOODMAN : Face à ce genre de violence contre ceux qui montrent la répression du Maroc contre la dissidence, il est incroyable que ces Sahraouis souhaitent parler avec nous.

Nous avons aussi rencontré le journaliste Hayat Khatari.

AMY GOODMAN : est que les médias peuvent fonctionner ici au Sahara occidental ? Est-ce que vous pouvez avoir votre propre média ?

HAYAT KHATARI : (traduction) Nous sommes harcelés sans cesse. L’épisode le plus récent s’est passé quand ma sœur, Nazha al-Khalidi s’est fait confisquer son appareil photo. Puis ils l’ont arrêtée. Et elle a été brutalement traitée par les autorités pendant 24 heures au poste de police. Et je ne vous raconte pas quand elle a essayé de filmer une manifestation pacifique sur la plage de Foum el-Oued.

AMY GOODMAN : Il est maintenant minuit passé. Peu de temps après avoir terminé nos interviews, nous avons reçu un coup de téléphone. Le réceptionniste de l’hôtel nous a dit que la police se trouvait dans le hall de l’hôtel, et demandait à nous voir. Nous sommes descendus. Deux hommes en civil nous ont dit de nous asseoir et nous ont mis en garde contre le reportage au Sahara occidental. Nous sommes remontés et peu après, nous avons appris qu’un site web en faveur du gouvernement marocain appelé Sahara Zoom avait publié les détails de notre voyage, y compris des informations sur les interviews que nous avions faites dans notre chambre d’hôtel cette nuit. Le message était clair : nous sommes surveillés.

C’est une émission spéciale de Democracy Now!, « Quatre jours au Sahara occidental, la dernière colonie d’Afrique ».

(Pause)

AMY GOODMAN : C’est une émission spéciale de Democracy Now!, « Quatre jours au Sahara occidental, la dernière colonie d’Afrique ». Je suis Amy Goodman.

Nous sommes au deuxième jour de notre séjour à El Ayoun, la capitale du Sahara occidental. Malgré les menaces contre les reportages réalisés ici, nous nous rendons dans les bureaux d’une association de défense des droits humains. Nous transportons toutes nos affaires avec nous, présumant que nos chambres d’hôtel peuvent être fouillées en notre absence ou que nous pouvons être expulsés à tout moment. Partout où nous allons, nous sommes suivis.

AMY GOODMAN : Nous venons de quitter notre hôtel. Et un homme en moto juste devant l’hôtel s’est mis à envoyer des textos quand nous sommes sortis. Et maintenant, il se trouve un petit peu derrière nous, gardant une distance de précaution. Nous sommes suivis. Nous avons tourné à droite, à gauche puis à droite. Nous avons fait demi-tour et l’homme sur sa moto est juste derrière nous.

Partout où nous allons, il y a des affiches, des panneaux avec le roi. C’est le roi du Maroc, le roi Mohammed VI.

JAMAL : C’est ici. Ici même. C’est cette porte donc…

AMY GOODMAN : Nous sommes arrivés à la seule association à but non lucratif admise par le Maroc ici à El Ayoun. La sécurité se tient juste à côté de la porte. Et le motocycliste, soi-disant de la sécurité également, est juste derrière nous.

AMY GOODMAN : L’organisation des droits humains a un nom très long. ASVDH est l’acronyme pour Association sahraouie des victimes des violations des droits humains commises par l’Etat marocain. Les murs de son bureau sont remplis d’affiches et de photographies montrant les noms et visages de personnes emprisonnées, disparues et mortes.

ELGHALIA DJIMI : (traduction) Mon nom et Elghalia Djimi. Je suis une ancienne victime de disparition forcée. Je suis la vice-présidente de l’association sahraouie ici. C’est là où nous nous trouvons en ce moment. C’est notre association qui localise les dossiers des victimes de disparition sahraouies. Aujourd’hui, le 20 novembre, marque l’anniversaire de mon enlèvement qui a eu lieu en 1987.

AMY GOODMAN : Elghalia Djimi, décrivez-nous ce qui vous est arrivé.

ELGHALIA DJIMI : (traduction) ce qui m’est arrivé est ce qui arrive à toutes les victimes. Plus précisément, quand je vois les images de la prison d’Abou Ghraib en Irak, elles me font penser à ce que j’ai vécu, que j’ai subi les mêmes conditions mais dans l’obscurité. Et tout ce temps, personne ne nous a pris en photo. Personne n’était là pour parler de nous.

AMY GOODMAN : Elghalia Djimi nous montre son bras, qui reste marqué, depuis que ses ravisseurs ont lâché un chien sur elle.

ELGHALIA DJIMI : (traduction) J’ai encore les cicatrices des morsures du chien, juste là.

AMY GOODMAN : Qui vous a fait ça ?

ELGHALIA DJIMI : (traduction) C’est l’État marocain et la police marocaine, la police secrète. Ce qu’ils m’ont fait, ils l’avaient fait à ma grand-mère en 1984 quand elle a été kidnappée. Et jusqu’à ce jour, nous ne savons toujours pas ce qui lui est arrivé. On m’a mise entièrement nue. La pire torture pour un musulman et un Arabe est de se retrouver complètement nu. J’ai perdu tous mes cheveux à cause des produits chimiques qu’ils me mettaient sur la tête et qu’ils m’ont laissés pendant deux mois et 27 jours.

AMY GOODMAN : Elghalia Djimi s’affale sur le sol pour nous décrire les tortures subies en détention par la police marocaine.

ELGHALIA DJIMI : (traduction) Un des tortionnaires versait de l’eau sur mon visage recouvert d’un tissu jusqu’à ce que je commence à m’asphyxier. Puis il me giflait pour que je reprenne ma respiration.

AMY GOODMAN : Etes-vous en train de dire que vous avez subi la torture de l’eau ?

ELGHALIA DJIMI : (traduction) Oui. Ils versaient de l’eau sur mon visage jusqu’à ce que je m’asphyxie. Puis l’un d’eux, qui se trouvait au niveau de mes pieds, me battait avec un bâton. Puis, dans ce même lieu, il y avait un petit trou rempli d’eau où il me mettait. Et ils amenaient un générateur électrique et ils m’électrocutaient en utilisant cette technique sur mes doigts et mes oreilles. Ils me menaçaient de me violer, de me tuer en me mettant un pistolet sur la tête et de me faire un lavage de cerveau.

AMY GOODMAN : Vous avez été torturée il y a 30 ans. Sentez-vous que vous prenez un risque en nous parlant ?

ELGHALIA DJIMI : (traduction) Je n’ai pas peur. J’ai fait le serment de parler de cette question. Si nous ne parlons pas, en particulier nous, en tant que victimes qui avons souffert de tout ça, si nous ne parlons pas et si nous ne luttons pas, ce problème continuera.

AMY GOODMAN : Notre entretien est interrompu quand notre guide Jamal reçoit un appel urgent. Nous sommes sommés de nous rendre devant l’homme le plus puissant de El Ayoun. Nous retournons à notre voiture et nous nous dirigeons vers sa résidence. Encore une fois, nous sommes suivis par un homme sur une moto. Allons-nous être expulsés ?

Encore et toujours, des journalistes sont obligés de revenir sur leurs pas alors qu’ils essaient d’entrer au Sahara Occidental comme les 12 reporters espagnols expulsés de l’aéroport de El Ayoun à leur arrivée en 2010, y compris le célèbre journaliste radio, Angels Barcelo.

ANGELS BARCELO : (traduction) Chaque fois qu’ils nous refoulent, nous devrions aller raconter l’histoire à l’antenne, dire « Aujourd’hui nous avons essayé à nouveau, et aujourd’hui encore les Marocains nous ont expulsés. »

AMY GOODMAN : Et le journaliste espagnol Bernard Millet.

BERNARD MILLET : (traduction) Ils ont examiné tout mon matériel – appareils photos, photographies – et ils m’ont fait effacer des photos qui, selon eux, étaient compromettantes.

AMY GOODMAN : Et les observateurs des droits HUMAINS sont expulsés ainsi que Willy Meyer, député européen et Xabier Ron, avocat espagnol, et une délégation norvégienne détenue dans un bus puis renvoyée en 2016 et beaucoup d’autres. Tous ont essayé et ont échoué à faire ce que nous avons réussi jusqu’à présent – passer au Sahara Occidental et faire un reportage sur l’occupation.

JAMAL : Nous allons voir le gouverneur d’El Ayoun.  Son nom est Yahdih Bouchaab. C’est le wali, enfin nous l’appelons le wali. Il a un statut bien supérieur à celui de gouverneur, il est nommé par le roi.

AMY GOODMAN : Le wali est un Sahraoui et un ancien membre du Front Polisario. Il travaille maintenant pour la monarchie marocaine, supervisant un dispositif de sécurité qui cherche à écraser le mouvement sahraoui pour l’indépendance. Nous arrivons dans une enceinte fortifiée et nous sommes escortés à l’intérieur par des gardes armés – nous craignons d’être sur le point d’être expulsés du territoire.

JAMAL : Voilà, c’est la résidence du gouverneur, du wali. Allons-y s’il vous plaît.

AMY GOODMAN : À l’intérieur de la résidence du wali, on s’assoit, on nous sert du thé, des dates et des noix et le wali nous dit, dans des termes incertains, que nous n’avons pas le droit d’exercer de journalisme au Sahara Occidental.

YAHDIH BOUCHAAB : Si vous avez une autorisation, je serais très heureux de faire cette interview. Ou alors, quand je serai à la retraite, je peux même venir dans votre émission aux USA et faire cette interview. J’en serais très heureux. Mais maintenant non, tant que vous n’avez pas d’autorisation.

AMY GOODMAN : Malgré les mises en garde du wali, je continue à l’interroger.

Je cite un rapport de Human Rights Watch intitulé « Garder secrète. L’opération des Nations Unies au Sahara Occidental.» au sujet des efforts du Maroc pour bloquer l’accès à la MINURSO, la Mission des Nations Unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental. 

AMY GOODMAN : « Les membres de la MINURSO, y compris des observateurs militaires, sont soumis à une surveillance constante par le Maroc. Cela et une pression interne dans la MINURSO, les rendent réticents, et même effrayés de parler à notre organisation », voici ce que dit Human Rights Watch – « à la seule exception de la condition explicite d’anonymat. »

YAHDIH BOUCHAAB : Très intéressant.

AMY GOODMAN : « Les forces de sécurité marocaines » -  c’est Human Rights Watch qui parle.

YAHDIH BOUCHAAB : Très intéressant. Human Rights Watch, est-ce que c’est la Bible ?

AMY GOODMAN : Non, mais je, êtes-vous-

YAHDIH BOUCHAAB : Est-ce le Coran ?

AMY GOODMAN : Non, mais vous, je vous le demande : êtes-vous d’accord avec ceci ?

YAHDIH BOUCHAAB : Je ne suis pas du tout d’accord.

AMY GOODMAN : Ils disent-

YAHDIH BOUCHAAB : Ils sont en train de travailler sur un ordre du jour en ce moment. 

AMY GOODMAN : « Les forces de sécurité »-

YAHDIH BOUCHAAB : Patience, patience. Qu’est-ce qu’ils ont dit au sujet de l’autre partie

AMY GOODMAN : « Les forces de sécurité marocaine essayaient »-

YAHDIH BOUCHAAB : Au sujet du Polisario ?

AMY GOODMAN : « d’empêcher Human Rights Watch »-

YAHDIH BOUCHAAB : D’accord.

AMY GOODMAN : « d’entrer dans les quartiers généraux de l’ONU, déclarant que l’entrée était interdite aux non-membres de la MINURSO avant d’avoir d’abord reçu l’autorisation des autorités locales marocaines. L’acharnement des autorités marocaines sur Human Rights Watch, ainsi que la surveillance stricte de ses activités »-

YAHDIH BOUCHAAB : Très important. Très intéressant (rires).

AMY GOODMAN : « entravent la capacité de l’organisation à mener une investigation complète des droits de l’homme dans »-

YAHDIH BOUCHAAB : Rien. Ils ne disent rien du tout, juste pour rendre, pour rendre les choses intéressantes.

AMY GOODMAN : Ok, permettez que je vous pose une autre question, qui préoccupe beaucoup de gens dans la communauté des droits HUMAINS, qui est la question des manifestations ici qui ne sont pas tolérées et lors desquelles les gens sont battus ou arrêtés.

YAHDIH BOUCHAAB : C’est une bonne chose. Si vous parlez des démonstrations pacifiques. Je suis avec eux. Je suis totalement pour. J’apprécie de voir des gens manifester et donner leurs opinions.

AMY GOODMAN : Mais des personnes ont été blessées.

YAHDIH BOUCHAAB : Pardon ?

AMY GOODMAN : Des gens ont été blessés. Des gens-

YAHDIH BOUCHAAB : Vous verrez par vous-même.

AMY GOODMAN : Donc vous dites que les gens ne sont pas blessés dans les manifestations ?

YAHDIH BOUCHAAB : Vous verrez qui a été blessé dans ces manifestations. Ce ne sont pas des manifestations, c’est l’anarchie totale. ;

AMY GOODMAN : Alors que je continue de le pousser sur le sujet des droits humains, le wali s’énerve.

YAHDIH BOUCHAAB : Vous parlez, vous parlez des droits de l’homme ? Les droits de l’homme, même aux Etats-Unis, vous ne les respectez pas. Vous avez plus d’un million de gens qui vivent sous terre à New York. Et ils mangent des rats. Et oui-

JAMAL : Des rats

YAHDIH BOUCHAAB : Des rats. Et quand ils sont malades, ils sont mangés par les rats.

AMY GOODMAN : C’est vrai.

YAHDIH BOUCHAAB : « Democracy Now » (La démocratie maintenant)) ? Vous avez du travail à Guantanamo et partout.

AMY GOODMAN : C’est un point très important.

YAHDIH BOUCHAAB : C’est ça.

AMY GOODMAN : C’est-

YAHDIH BOUCHAAB : Je pense que maintenant je suis très heureux de vous avoir vu, parce que-

AMY GOODMAN : Et c’est là que nous avons été congédiés – Non sans avoir été à nouveau mis en garde contre le fait de continuer à faire des reportages depuis le Sahara Occidental.

Pendant notre discussion, le wali faisait sans cesse allusion à la relation étroite qui existe entre le Maroc et les U.S.A. qui date de 1777, quand le Maroc devint la première nation à reconnaître les Etats-Unis d’Amérique. Bien que les U.S.A. n’aient jamais reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental, Washington a joué un rôle crucial en soutenant l’occupation par le Maroc.

Outre le Secrétaire d’Etat Henry Kissinger qui espérait un vote truqué au Conseil de Sécurité des Nations Unies concernant le Sahara Occidental, le Département d’Etat sous la présidence de Jimmy Carter en 1979 donna 200 million de dollars à la société U.S. Northrop Page Communications pour construire un  « système de détection anti-intrusion » pour le mur de presque 2800 km de long que le Maroc a construit au Sahara Occidental et qui est bordé d’environ 7 millions de mines. Un an plus tard, Carter fournit au Maroc 230 million de dollars d’aide militaire. Depuis, leur liaison est bipartite.

Le Roi Hassan II avec le Président Reagan en 1982.

ROI HASSAN II : Le peuple marocain et le peuple américain seront toujours prêts à se battre ensemble pour la dignité de l’homme.

PRESIDENT RONALD REAGAN : Sa majesté m’a mise au courant des derniers progrès dans ses efforts d’arriver à un accord pacifique dans le conflit au Sahara Occidental, et je lui ai exprimé toute mon admiration pour ce soutien.

AMY GOODMAN : Après la fin de la guerre froide, le Maroc est devenu un allié clef pour les U.S.A. dans ce qu’on a appelé la guerre contre le terrorisme. En 2004, le président George W. Bush a désigné le Maroc comme un allié majeur et n’appartenant pas à l’OTAN, des U.S.A., ouvrant la porte à d’autres accords militaires. Et l’argent a circulé des deux côtés. L’OCP, société exportatrice de phosphate appartenant à l’État marocain, qui assure l’exploitation au Sahara Occidental, a fait un don de plus de 12 millions de dollars à la Fondation Clinton avant les élections présidentielles de 2016.

Et le wali nous a montré avec fierté une photo sur son portable datant de janvier 1992 où on voit Donald Trump, sa future femme Marla Maples et le Roi du Maroc Hassan II dans sa première propriété, l’hôtel Plaza à New York.

Faisons maintenant un bond un quart de siècle plus tard jusqu’à Scott Pruitt, ancien dirigeant de l’Agence de protection de l’environnement, ministre de l’environnement de Trump.  Avant sa démission, Pruitt fit un voyage controversé au Maroc d’un coût de 100 000 $ en décembre 2017, où il rencontra le directeur de la compagnie minière d’État marocaine. Le voyage de Pruitt fut organisé par le lobyiste Richard Smotkin, qui accompagnait Pruitt et l’a aidé à préparer des réunions.

Alors que nous roulons à travers les rues d’El Ayoun, nous voyons partout des signes d’occupation. La ville a été construite sous l’occupation de Francisco Franco, dictateur fasciste espagnol et est occupée par le Maroc depuis le milieu des années 70.

Nous passons devant l’enceinte de la MINURSO des Nations Unies où plus de 200 pacificateurs de l’ONU surveillent le cessez-le-feu de 1991 entre le Maroc et le Polisario mais n’ont pas le droit d’intervenir pour arrêter les violations des droits humains.

Puis nous passons devant les hauts murs de la célèbre Prison Noire, où des générations de Sahraouis ont été détenues, torturées et ont disparu.

L’un d’eux est l’activiste pour l’indépendance sahraouie Hmad Hammad, qui nous accueille chez lui. Autour d’un thé, il décrit la torture qu’il a subie aux mains des autorités marocaines pendant ses années de prisonnier politique.

HMAD HAMMAD : (traduction) Ils ont relié des électrodes à mes oreilles, et quelque chose à mes aisselles et à ma langue, et à d’autres zones sensibles. J’étais attaché. Et quand ils ont utilisé ce générateur manuel, j’entendais la manivelle tourner. Rrr. Rrr. Rrr. Chaque fois qu’ils actionnaient la manivelle de ce générateur, j’avais l’impression que mon cœur allait bondir hors de mon corps.

AMY GOODMAN : Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon disait que la présence marocaine au Sahara Occidental était une occupation. Qu’en avez-vous pensé ?

HMAD HAMMAD : (traduction) Ma réponse est claire. Nous sommes un peuple. Nous avons une patrie. Nous avons une culture. Nous avons toutes ces choses qui constituent un pays. Nous sommes très différents des Marocains. Il est impossible pour nous d’être marocains. Nous n’avons pas d’histoire commune. Il n’y a rien du tout qui nous relie à eux.  Notre malédiction vient des ressources naturelles que nous avons ici. S’il n’y avait pas ces ressources naturelles, le Maroc n’aurait jamais envahi le Sahara Occidental, avec le soutien de l’Espagne et de la France.

AMY GOODMAN : Le Sahara Occidental est un territoire riche en ressources naturelles que le Maroc a exploitées depuis l’invasion de 1975, malgré la décision de justice internationale établissant que le royaume n’a aucune souveraineté sur le territoire. Le Maroc contrôle la majorité des réserves de phosphates du monde, un minéral utilisé dans les fertilisants, essentiel pour nourrir le monde.

Le phosphate est transporté sur plus de 96 km le long du convoyeur le plus long du monde, des mines dans le désert jusqu’au port d’El Ayoun, où il est ensuite chargé sur des cargos à destination des U.S.A., du Canada et des pays du monde entier.

Les eaux du Sahara Occidental sont parmi les plus riches de la planète, fournissant à l’Union Européenne la plupart de ses produits de la mer

Même le sable du Sahara Occidental est vendu, chargé sur des bateaux à destination des plages européennes.

Une récente double décision de justice prise par la plus haute cour d’Europe déclarait que le Sahara Occidental ne fait pas partie du Maroc et que les accords commerciaux de l’Union Européenne ne peuvent pas inclure de produits du territoire occupé.

Des bateaux transportant des phosphates du Sahara Occidental ont été retenus dans les ports du Panama et d’Afrique du Sud, quand le Polisario a remis en cause la propriété des chargements des cargos, déclarant qu’ils appartenaient au peuple sahraoui.

Les Sahraouis combattent le pillage par des manifestations pacifiques et devant les tribunaux.

Quand ils font des manifestations dans leurs camps de réfugiés en Algérie, des milliers de gens se retrouvent opposés à des sociétés étrangères qui profitent de l’occupation – comme la société européenne d’exploration pétrolière et gazière, San Leon Energy.

Mais quand les Sahraouis protestent au Sahara Occidental occupé, ils sont automatiquement reçus avec violence par les autorités marocaines.

Nous sommes toujours au deuxième jour de notre séjour au Sahara Occidental. Alors que nous traversons la ville pour rencontrer plus d’activistes sahraouis pour l’indépendance, une fois encore nous sommes suivis par un homme en moto. Nous arrivons,  passant devant des graffitis pro-indépendance, et rencontrons une icône de la résistance sahraouie.

Sultana Khaya se drape dans le drapeau rouge, blanc, noir et vert du Sahara Occidental. Le simple fait de brandir ce drapeau en public suffit pour qu’un activiste soit battu et arrêté.

SULTANA KHAYA : (traduction) Mon nom est Sultana Khaya. Je suis née sous le gouvernement marocain dans la ville occupée de Bojador. Je vis juste comme toute autre femme sahraouie qui a subi tortures et coups. Et à mon avis, j’ai été plus épargnée que beaucoup d’autres.

AMY GOODMAN : En 2007, Sultana était en train de manifester pacifiquement avec d’autres étudiants dans une université à Marrakech au Maroc quand la police l’a encerclée.

SULTANA KHAYA : (traduction) Le 9 mai est un anniversaire que chaque Sahraoui devrait célébrer. Nous étions un groupe de 500 étudiants sahraouis. Nous avons quitté le campus de l’université en défilant, pacifiquement, agitant des drapeaux et scandant : « Il n’y a pas d’alternatives à l’autodétermination ! ». Ils ont bouclé la rue et nous nous sommes retrouvés assiégés.

AMY GOODMAN : Alors que des gaz lacrymogènes étaient tirés, Sultana a été battue par les policiers et l’un d’eux l’a prise à part pour lui faire subir plus de sévices.

SULTANA KHAYA : (traduction) L’un d’eux m’a reconnue. Et il m’a donné un coup en plein dans l’œil avec son bâton. Quand il a fait ça, je me suis pliée en deux et je pouvais sentir mon globe oculaire dans ma main. Je lui criais dessus : « Hé toi le Marocain, tu m’as arraché l’œil ! »

AMY GOODMAN : Le supplice de Sultana a continué dans une ambulance quand on l’a torturée en l’emmenant à l’hôpital.

SULTANA KHAYA : (traduction) Je lui ai dit que j’avais une hémorragie dans l’œil. Il a essayé de mettre son doigt dans mon orbite. Je n’ai reçu aucun soin médical avant le lendemain matin à 11h, quand un groupe de Marocains est venu me voir en disant à quelqu’un de recoudre mon œil car, quand j’étais dans l’ambulance, une autre femme pleurait et me disait : « Votre œil est parti ! ». Ils essayaient de coudre mon œil pour que d’autres femmes puissent le voir et réfléchir à deux fois avant de s’engager dans l’activisme.  Ils voulaient faire de moi un exemple.

AMY GOODMAN : Croyez-vous que le Sahara Occidental deviendra une nation indépendante ?

SULTANA KHAYA : (traduction) Oui sans aucun doute car la détermination du peuple est inébranlable. Ce que nous avons est vrai. Nous avons perdu beaucoup d’hommes et de femmes pour ça. Un jour, nous serons libérés.

AMY GOODMAN : Même la perte de son œil n’a pas empêché Sultana Khaya de continuer à protester pour l’indépendance du Sahara Occidental – Comme nous pourrons le voir lors de notre court séjour au Sahara Occidental.

C’est l’émission spéciale sur Democracy Now! : « Quatre jours au Sahara Occidental,  la dernière colonie d’Afrique ».

(Pause)

AMY GOODMAN : C’est l’émission spéciale sur Democracy Now! : « Quatre jours au Sahara Occidental,  la dernière colonie d’Afrique ».

Au troisième jour de notre voyage à El Ayoune, la capitale du Sahara Occidental, nous invitons un militant sahraoui à notre hôtel. Hamma  el-Qoteb est intercepté par la réceptionniste de l’hôtel alors qu’il tente de rentrer. Elle appelle la police pour signaler un visiteur non enregistré, lui interdisant de monter à l’étage. Après que nous avons beaucoup insisté et menacé de quitter l’hôtel, elle cède, en nous disant qu’il peut nous parler « pendant cinq minutes ».

Halla el-Qoteb arrive serrant dans sa main une photographie de son frère qui a été victime de disparition forcée en 1992. Il le cherche depuis lors.

HAMMA EL-QOTEB : (traduction) C’est mon frère Hafed el-Qoteb qui a été enlevé le 7 novembre 1992 par des policiers en civil marocains à 5 h du matin. Il a été enlevé à cause de sa participation à la manifestation à l’hôtel Nagjir, le 6 novembre. Ils nous ont réveillés très tôt le matin. Et la situation était affreuse. Des policiers en civil sont venus à la maison et ils l’ont enlevé.

AMY GOODMAN : Où a-t-il été emmené ?

HAMMA EL QOTEB : (traduction) L’information que nous avons est peu concluante, car nous n’avons rien vu. Et le reste des personnes qui ont été enlevés avec lui  - environ 500 personnes – avaient les yeux bandés. Pour mon frère et le fils de mon voisin, nous ne savons rien. Des centaines ont été relâchées, mais environ 200 ont été gardés là-bas.

AMY GOODMAN : Comment la disparition d’Hafed a affecté votre famille

HAMMA EL QOTEB : (traduction) Elle a fait l’effet d’une mine qui a explosé au sein de notre famille. Sa présence était la colle qui nous unissait tous. Mon père a du diabète. A cause des insultes qu’il a entendues le jour de l’enlèvement, il a été paralysé – et il le restera pour le reste de sa vie. Ma mère n’a plus osé entrer dans la maison et elle est restée chez mes autres frères et sœurs pendant un an.

AMY GOODMAN : Comment vos frères et sœurs ont vécu la disparition d’Hafed ?

HAMMA EL QOTEB : (traduction) Ça les a beaucoup affectés et cela a eu de grandes répercussions émotionnelles car ils étaient très jeunes à l’époque.  Ils ont vu toutes les atrocités liées à l’enlèvement. Cette peur ne les quitte jamais – ces mauvais souvenirs qui restent dans leurs têtes.

J’ai aussi été une victime de ce qui s’est passé car j’allais partir pour Genève pour participer à un conseil sur les droits de l’homme de l’O.N.U., ils m’ont confisqué mon passeport. Je n’ai pas pu le récupérer pendant cinq ans.

Je fais appel au monde libre et à tous les peuples du monde pour qu’ils nous aident à faire éclater la vérité sur l’endroit où se trouve mon frère. J’appelle le gouvernement marocain à révéler le sort qui a été destiné à tous nos fils.

AMY GOODMAN : Le 9 octobre 2010, 10 000 Sahraouis, fatigués de décennies d’occupation, ont dressé un grand campement de protestation dans le désert à l’extérieur d’El Ayoun. Connu sous le nom de Gdeim Izik, le camp devance le Printemps arabe et a rapidement grandi pour inclure des familles entières vivant dans des milliers de tentes. C’est le militant des droits de l’homme Naama Asfari qui expose les demandes des manifestants.

NAAMA ASFARI : (traduit) Liberté de parole, liberté de manifester, droit au logement, droit au travail mais dans le contexte légal des territoires du Sahara Occidental en tant que territoires non-autonomes.

AMY GOODMAN : Sur Democracry Now!, l’auteur et militant renommé Noam Chomsky a considéré le soulèvement de Gdeim Izik comme le début du Printemps Arabe.

NOAM CHOMSKY : La vague actuelle de protestations a en fait commencé en novembre dernier au Sahara Occidental, qui est contrôlé par le Maroc depuis une invasion et une occupation brutales. Les forces marocaines sont arrivées et ont rapidement détruit les camps de réfugiés, beaucoup de morts et de blessés s’en sont suivis. Puis la protestation s’est répandue.

AMY GOODMAN : Le 8 novembre 2010, les forces marocaines ont utilisé des gaz lacrymogènes, des matraques et des canons à eau pour expulser les manifestants de leurs tentes, avant de tirer à balles réelles et de mettre feu au campement. Le Polisario dit que la descente a fait 36 morts avec des centaines de blessés et de nombreuses arrestations. Beaucoup ont été torturés en garde à vue, dont 23 militants qui ont été accusés de contribuer à la violence. Ils ont été jugés et très durement condamnés en juillet 2017. C’était le dernier chapitre d’une longue répression contre les Sahraouis aux mains des forces marocaines.

De nombreux détenus étaient représentés par l’avocat sahraoui Mohamed Lahbib Erguibi. C’est un ancien activiste qui a disparu dans les prisons marocaines pendant 16 ans. Il est aussi le frère du dirigeant du Polisario récemment décédé, Mohamed Abdelaziz. Mohamed Lahbib Erguibi est un des quatre avocats sahraouis à être autorisés par le Maroc à plaider.

MOHAMED LAHBIB ERGUIBI : (traduction) La première étape des arrestations s’est déroulée ici, et ils ont été d’une brutalité inimaginable. Ils ont utilisé un nombre important d’outils étranges pour la torture et les coups. Certains des prisonniers ont même été obligés de boire leur propre urine. Ils ont comparu à l’interrogatoire couverts de sang.

AMY GOODMAN : Pourquoi Gdeim Izik a constitué un tournant ? Que s’est-il passé ? Pourquoi les gens manifestaient-ils ?

MOHAMED LAHBIB ERGUIBI : (traduction) Gdeim Izik a été un moment décisif car ça a été une véritable forme de protestation de masse comme le Sahara Occidental n’en avait jamais connue, ni le reste du monde.

AMY GOODMAN : Certains ont dit que c’était le début du Printemps arabe, avant même la Tunisie et avant l’Egypte.

MOHAMED LAHBIB ERGUIBI : (traduction) Oui, sans aucun doute, ça a constitué le début du Printemps arabe. Tous les médias s’accordent à dire que Gdeim Izik a été très bien organisé, bien géré et bien préparé au Sahara Occidental. Puis de là, ça s’est répandu en Tunisie et en Égypte. Ainsi bien sûr, quand l’universitaire américain Noam Chomsky a déclaré que c’était l’annonce du Printemps arabe, il avait raison.

AMY GOODMAN : Après avoir quitté le bureau de Mohamed Erguibi, nous allons diner au restaurant près de l’aéroport. Comme d’habitude, nous sommes suivis.

AMY GOODMAN : Donc, nous nous posons ici dans un restaurant près de l’aéroport d’El Ayoun. Nous arrivons dans un vaste restaurant vide. Et environ 15 minutes après que nous avons commandé, une centaine de personnes, en majorité des hommes, et quelques femmes, habillées du costume traditionnel saharien, portant des drapeaux marocains, entrent et s’assoient tout autour de nous. L’un d’eux a un panneau avec écrit en anglais : « Honte à vous ». Quand notre interprète Jamal se lève pour voir ce qui se passe, des hommes en civil, pas en costume traditionnel, viennent à sa rencontre et lui disent qu’ils veulent parler à Amy Goodman quand nous aurons terminé. Notre voiture est prise au piège par de nombreuses voitures, et nous entendons qu’il y a une manifestation dans une autre partie de la ville où une des personnes que nous avions interviewées a été rouée de coups.

JAMAL : Il vient de m’appeler. Il m’a dit qu’il avait été tabassé là-bas à la manifestation pacifique sur le boulevard Smara.

AMY GOODMAN : Qui ?

JAMAL : Hamma el-Qoteb.

AMY GOODMAN : à qui nous avons parlé hier ?

JAMAL : Oui. Il participait à une manifestation pacifique et il a été roué de coups.

AMY GOODMAN : certaines personnes ici viennent tout près de nous et prennent des photos.

AMY GOODMAN : Nous sommes impatients de partir, afin de savoir ce qui est arrivé à Hamma el-Qoteb et aux autres manifestants dans la ville.  Mais au moment où nous nous levons, nous sommes suivis hors du restaurant par la foule. Au dehors, nous sommes encerclés de tous les côtés et on nous empêche de partir. Les manifestants pro-marocains déploient de grandes banderoles imprimées sur du vinyle. Elles rappellent fortement une banderole photographiée à la manifestation autorisée par l’État marocain contre le secrétaire général de l’O.N.U. Ban Ki-moon en mars 2016, après qu’il avait utilisé le mot « occupation ».

De retour dans le restaurant, une des banderoles en vinyl avec un lettrage en rouge et noir comporte une photo de moi en train d’interviewer un activiste sahraoui, avec la légende « Honte à vous ». 

AMY GOODMAN : Nous nous tenons ici devant un restaurant qui se trouve près de l’aéroport, appelé Omaima. Et un groupe de 50, 60, 70 personnes en tenues sahraouies a débarqué dans le restaurant portant des pancartes qui disent « Honte à vous », « Journaliste ou porte-parole de l’Algérie ? », « Oui à l’amitié USA-marocaine » et « Les pays démembrés contribuent à renforcer l’EIIL »

Je pense que nous devons commencer à parler à un des organisateurs, qui est un journaliste freelance qui a été formé à Rhode Island. Pouvez-vous nous dire votre nom ?

BASHEER DAHY : Oui et d’ailleurs, je ne suis pas un des organisateurs. Je suis juste volontaire avec le peuple, mes compatriotes sahraouis, pour vous parler de ce que nous pensons de votre visite et sur les questions générales concernant le sujet du Sahara Occidental.

AMY GOODMAN : Et comment saviez-vous que j’étais dans ce restaurant ?

BASHEER DAHY : Oh, vous savez, c’est une petite ville et tout le monde connaît tout le monde. Quand une délégation étrangère arrive dans le coin, tout le monde est au courant.

AMY GOODMAN : Le restaurant était vide. Nous sommes arrivés cinq minutes avant vous.

BASHEER DAHY : Non, c’est un – c’est un restaurant très connu. Et, par exemple, si un de mes cousins s’y trouvait, il aurait remarqué des étrangers, et aurait immédiatement vérifié pourquoi ils sont là. Et-

AMY GOODMAN : Et vous étiez juste assis avec 60 personnes en tenue sahraouie ?

BASHEER DAHY : Non, non, les gens se rassemblent. Ils m’ont demandé de venir avec eux pour l’interprétation.

AMY GOODMAN : Alors que nous parlons avec Basheer Dahy, un certain nombre d’hommes en civil se tiennent sur la zone, prenant des photos et filmant, parlant sur leur portable. Un militant local en identifiera plus tard quelques-uns comme les membres du Ministère de l’intérieur marocain, y compris au moins un fonctionnaire qui a été accusé de tortures sur de nombreux Sahraouis.

BEN ABD AL-SELKA : (traduction) Je suis Ben Abd Al-Selka, la coordinatrice régionale pour le Front National pour la défense de l’intégrité nationale à Laâyoune. Je suis venue ici pour représenter mon organisation, pour dire que nous, Sahraouis, sommes dans notre territoire et que nous ferons notre possible pour le défendre.

AMY GOODMAN : D’accord. Mais comment saviez-vous que nous étions ici ?

BEN ABD AL-SELKA : (traduction) Parce que je suis toujours les actualités, et c’est quelque chose qui me concerne. On me demande de savoir cela.

AMY GOODMAN : C’était dans les actualités que j’étais dans ce restaurant ?

BEN ABD AL-SELKA : (traduction) Non. Mais c’est normal. Nous sommes toujours conscients de qui vient dans notre territoire quand il s’agit de cause nationale.

AMY GOODMAN : Qui vous a dit que j’étais là ?

BEN ABD AL-SELKA : (traduction) C’est le restaurant principal de la ville. Je suis passée ici et tout à coup, je vous ai vus.

AMY GOODMAN : Et vous portez des drapeaux marocains avec vous partout où vous allez ? C’est la coutume de distribuer des drapeaux marocains dans le restaurant ?

BEN ABD AL-SELKA : (traduction) Bien sûr. Je représente une organisation dont l’objectif principal est de défendre l’intérêt national. Les drapeaux sont toujours dans nos foyers, toujours sur nous. Nos drapeaux sont toujours prêts, Dieu merci. Toujours préparés.

AMY GOODMAN : J’ai vu une personne qui portait tous les drapeaux et les distribuait.

BEN ABD AL-SELKA : (traduction) Non, non. Nous étions simplement en train de l’aider. Vous me comprenez ? Certains d’entre nous sont responsables des drapeaux nationaux, d’autres de la communication. Notre travail est toujours organisé et prêt.

AMY GOODMAN : Maintenant, il commence à faire nuit. Nous sommes de plus en plus nerveux. Le soleil se couche sur le restaurant Omaima et les manifestants pro-marocains nous empêchent de partir pendant plus d’une heure. C’est une action visant clairement à nous intimider et nous tenir à distance de la manifestation dans la ville.

Quand nous réussissons finalement à nous échapper, Jamal reçoit un coup de téléphone. De nombreux Sahraouis ont été sévèrement battus. Nous filons vers la maison où ils se sont rassemblés pour récupérer de leurs blessures.

À l’intérieur, nous trouvons plusieurs femmes qui soignent une militante nommée Aziza Biza qui a des hauts-le-cœur et qui vomit à cause de ses blessures.

AMY GOODMAN : Est-ce qu’elle ne doit pas aller à l’hôpital ?

JAMAL : Elle dit qu’elle ne peut pas aller à l’hôpital car ils ne la laisseront pas entrer et puis elle a peur d’aller là-bas.

AMY GOODMAN : Les militants ont enregistré des vidéos de leur manifestation – et le tabassage par les forces marocaines qui a suivi – sur leurs portables et leurs caméscopes.

Ce que nos caméras n’ont pas pu filmer, les journalistes citoyens l’ont fait.

Nous commençons à télécharger leurs images et la militante Mina Bali nous décrit ce qui s’est passé.

MINA BALI : (traduction) À cause de votre présence ici, nous voulions faire une manifestation et vous montrer comment les choses sont ici et comment nous sommes traités.

Ca fait deux ans qu’aucun journaliste n’a pu entrer dans le territoire.

Nous sommes allés dans la rue, scander des slogans, faire des signes de paix avec nos doigts, comme d’habitude. Puis ils sont intervenus contre nous dans la rue.

Ils étaient un grand groupe. Ils nous ont poussés dans une rue étroite. Ils m’ont attrapée. L’un d’eux a attrapé mes cheveux et a commencé à me battre. Il m’a blessé ici, sous le nez. Il a attrapé mes seins et a continué à me battre contre le mur.

Aziza était avec moi, et il lui a donné un coup dans le rein et a frappé sa tête contre le mur. Et elle est tombée sur le sol à mes pieds.

Et Ghalia Yimani a été traînée ici. Et Sultana Khaya.

AMY GOODMAN : Je vais aller avec les femmes voir leurs blessures. Elles vont me montrer. Puis nous verrons ce qu’on peut montrer à la caméra.

AMY GOODMAN : Nous suivons Sultana Khaya dans une petite chambre. Elle soulève sa  melhfa – la robe traditionnelle sahraouie – et me montre des blessures fraîches sur sa jambe, ses deux bras et sur sa poitrine.

AMY GOODMAN : Sultana, décrivez-nous ce qui vous est arrivé.

SULTANA KHAYA : (traduction) Nous participions tous en tant que Sahraouis à une manifestation pacifique pour notre droit à l’auto-détermination. J’essayais de rassembler mes sœurs pour la manifestation à 17 h. Et toute la zone a été assiégée;

Ils nous insultaient, ils nous battaient, nous traînaient et utilisaient la violence, nous faisant savoir que nous ne serions pas capables de manifester.

Ils ont essayé de nous séparer et nous ont poussés dans des rues étroites où ils pouvaient nous battre sans que personne ne nous voie.

Ce que vous avez vu aujourd’hui n’est rien comparé à ce que nous avons traversé, encore et encore, depuis 1975. Mais les informations ne sortent jamais.

En tant que femmes sahraouies, nous ne reculerons pas tant que nous n’aurons pas atteint notre victoire finale et tant que notre patrie ne sera pas libérée. Les coups ne nous décourageront pas de continuer le combat. Et, même si nous mourrons, ce sera un sacrifice, pour que nos fils et les générations futures puissent vivre dans la liberté qu’on nous a refusée.

AMY GOODMAN : D’autres Sahraouis ont été blessés également. Mahfouda Lafkir nous montre des marques noires et bleues sur ses bras.

MAHFOUDA LAFKIR : (traduction) Ils m’ont frappé sur les cuisses, m’ont giflée et m’ont frappée au-dessous de l’œil.

AMY GOODMAN : Ghalia Yimani tire sa melhfa pour nous montrer d’effroyables contusions. Ses deux bras et ses deux seins sont gravement abîmés. Comme beaucoup de ces femmes, elle a été agressée sexuellement.

AMY GOODMAN : Sous votre bras, vous avez des marques noires et bleues et sur votre sein, près du mamelon. La police l’a attrapé et vous voyez toutes les marques, les marques noires et bleues et les marques rouges.

GHALIA YIMANI : Celui-ci, aïe !

AMY GOODMAN : très, très douloureux.

GHALIA YIMANI : (traduction) Une fois, ils sont intervenus contre nous et l’un d’eux m’a tiré et tordu par mon sein. Et je criais fort : « Hé, tu me fais mal au sein ! » mais il s’en foutait.

AMY GOODMAN : Ensuite, nous rencontrons l’homme qui a risqué sa vie pour filmer l’assaut sur les manifestants depuis un toit.

HAMOUD LILI : Mon nom est Hamoud Lili.

AMY GOODMAN : Pouvez-vous nous décrire ce que vous regardez ?

HAMOUD LILI : (traduction) C’est Ghalia Yimani, quand un homme en civil l’a tirée dans une rue étroite où ils pouvaient la tabasser. Cette rue, où ils battent habituellement les gens, n’avait jamais été filmée jusqu’à présent. Ils l’ont tirée dans cette rue car ils savaient que les gens utilisent leurs appareils photo pour rendre compte de tout ce qui se passe dans la rue principale. Donc j’ai eu de la chance de pouvoir faire des vidéos de ce qui arrivait à Mina Bali et à Aziza Biza. Mais malheureusement, cet informateur m’a vu et l’a signalé aux autres.

AMY GOODMAN : Et alors que s’est-il passé ?

HAMOUD LILI : (traduction) J’ai essayé de bouger jusqu’à l’autre fenêtre, hors de vue, mais ma cachette avait été découverte. Quand ils m’ont vu, ils ont essayé de casser la porte, et ils ont pris d’assaut le bâtiment. J’ai fui la maison. J’ai fermé la porte du toit et j’ai sauté sur une autre maison pour sauver le matériel photographique. Et ce fut ma sortie.

AMY GOODMAN : Pourquoi êtes-vous un activiste média ? Pourquoi faites-vous des vidéos ?

HAMOUD LILI : (traduction) Car il y a un silence médiatique total dans toute la région, et qu’il n’y a aucun media international qui couvre tout ce qui se passe chez les Sahraouis. Et nous sommes des activistes bénévoles ainsi nous pouvons transmettre la souffrance au monde extérieur à l’aide de nos caméras. 

AMY GOODMAN : De retour dans le salon, Aziza Biza a arrêté de vomir et est calée sur des coussins. Elle peut nous parler, son mari et son fils adolescent sont assis à côté d’elle.

AZIZA BIZA : (traduction) Ils ont commencé à me battre et m’ont donné des coups de pieds dans le ventre. Puis ils ont essayé de m’étrangler avec ma melhfa. J’ai senti quelque chose autour de ma gorge et je ne pouvais plus respirer. Puis je me suis évanouie. Je ne me rappelle rien. Ensuite je me suis retrouvée ici.

AMY GOODMAN : Vous dites qu’ils vous ont donné des coups de pieds dans les reins ?

AZIZA BIZA : (traduction) Oui. Et ils m’ont aussi frappée avec les pied à la tête, où j’avais déjà des points des précédents coups et ils m’ont donné des coups de pied dans les côtes.

AMY GOODMAN : Et pourtant vous êtes à nouveau allée à une autre manifestation. Pourquoi est-ce si important pour vous ?

AZIZA BIZA : (traduction) C’est très important pour moi, car je veux la libération de mon pays, parce que je veux vivre comme les autres femmes dans le monde, libre, et voir mes enfants et mon pays libres.

AMY GOODMAN : Que demandez-vous ?

AZIZA BIZA : (traduction) J’appelle le monde libre à nous aider à libérer notre pays, à être libérée afin que nous puissions vivre nos vies comme toutes les autres femmes du monde.

AMY GOODMAN : Après avoir quitté les activistes, nous retournons à notre hôtel. Il fait nuit. Nous sommes certains d’être sous haute surveillance.

DENIS MOYNIHAN : Voilà une nouvelle voiture. Devons-nous éteindre la lumière ?

AMY GOODMAN : Bientôt il y a une agitation à l’extérieur de notre chambre sur le boulevard en dessous. Les voitures font demi-tour devant notre hôtel, les chauffeurs craignent clairement quelque chose qui se passe un peu plus loin dans la rue. Jamal reçoit un appel de Mohamed Mayara d’Équipe Media. Il décrit la violence de la police dont il est témoin à côté d’ici.

MOHAMED MAYARA : Je vois la police qui jette des pierres et qui fait des descentes dans les maisons. Ce n’est pas loin de vous.

AMY GOODMAN : Allons à l’étage.

AMY GOODMAN : Nous montons quelques escaliers jusqu’au toit de l’hôtel. Nous repérons des manifestants sur un trottoir juste en dessous, à quelques mètres de là. Ils commencent à se disperser au moment où le directeur de nuit de l’hôtel nous demande de partir.

JAMAL : Il dit que vous n’avez pas le droit d’être là sur le toit.

AMY GOODMAN : Nous descendons calmement et retournons dans notre chambre. De notre fenêtre, nous voyons une douzaine d’hommes jeter des pierres, puis se retourner et courir.  Quelques instants plus tard, la police en tenue antiémeute arrive et charge les manifestants et leur renvoyant leurs propres pierres.

Alors que la nuit s’écoule lentement, l’affrontement entre les militants sahraouis et la police faiblit. Nous entendons plus tard qu’il y a eu des arrestations.

Nous passons les quelques heures qui restent à l’hôtel prenant des précautions pour protéger les films que nous avons faits durant notre séjour au Sahara Occidental occupé, puis nous nous rendons à l’aéroport.

JAMAL : D’accord, nous quittons l’hôtel maintenant.

AMY GOODMAN : À la porte d’embarquement, nous passons une dernière épreuve devant les moukhabarates marocain ou les agents du renseignement militaire. Alors que nous nous dirigeons vers l’avion, l’un d’eux dit : « J’espère que vous avez passé un agréable séjour au Sahara marocain. Le « Sahara marocain », le terme que le gouvernement marocain utilise mais qu’aucun pays dans le monde ne reconnaît officiellement. Le Maroc occupe le Sahara Occidental, la dernière colonie d’Afrique.

Pour Democracy Now! , je suis Amy Goodman, avec John Hamilton, Mike Burke et Denis Moynihan.

C’était une émission spéciale de Democracy Now! « Quatre jours au Sahara Occidental, la dernière colonie d’Afrique » a été réalisé par John Hamilton et produit avec nos nouveaux directeurs Mike Burke et Denis Moynihan. Nous remercions particulièrement Julie Crosby, Miriam Barnard, Brendan Allen, Hugh Gran et tous ceux qui nous ont aidés pour cette émission.





Courtesy of Tlaxcala
Source: https://www.democracynow.org/2018/8/31/four_days_in_occupied_western_sahara
Publication date of original article: 31/08/2018
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=24142

 

Tags: Sahara occidental occupéOccupation marocaineRésistance civile sahraouie
 

 
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