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English  
 CULTURE & COMMUNICATION 
CULTURE & COMMUNICATION / Kelly Marie Tran : Je ne me laisserai pas marginaliser par le harcèlement en ligne
Date of publication at Tlaxcala: 01/09/2018
Original: Kelly Marie Tran: I won’t be marginalized by online harassment

Kelly Marie Tran : Je ne me laisserai pas marginaliser par le harcèlement en ligne



Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Note de la rédaction : L'actrice a supprimé ses messages Instagram cet été en réponse au harcèlement en ligne. Elle s'exprime ici pour la première fois.



L'actrice Kelly Marie Tran, arrivant aux Oscars cette année. Elle écrit : "J'ai été trompée en pensant que mon corps n'était pas le mien, que je n'étais belle que si quelqu'un d'autre le croyait, quelle que soit mon opinion". Photo Jordan Strauss/Invision, via Associated Press

Ce n'était pas leurs mots, c'est que j'ai commencé à les croire.

Leurs paroles semblaient confirmer ce que j'avais déjà appris en grandissant en tant que femme et personne de couleur : que j'appartenais à des marges et des espaces, valable seulement en tant que personnage mineur dans leur vie et leurs histoires.

Et ces mots ont éveillé quelque chose au fond de moi - un sentiment dont je pensais être sortie en grandissant. Le même sentiment que j'avais quand à 9 ans, j'ai arrêté de parler vietnamien parce que j'en avais assez d'entendre d'autres enfants se moquer de moi. Ou à 17 ans, lors d'un dîner avec mon petit ami blanc et sa famille, j'ai commandé un repas dans un anglais parfait, à la surprise de la serveuse qui s'est exclamée : « Ouaou, c'est si mignon que ayez une étudiante au pair ! »

Leurs paroles renforçaient un récit que j'avais entendu toute ma vie : que j'étais " autre ", que je n'étais pas à ma place, que je n'étais pas assez bonne, simplement parce que je n'étais pas comme eux. Et ce sentiment, je m'en rends compte maintenant, était, et est, une honte, une honte pour les choses qui m'ont rendu différente, une honte pour la culture d'où je viens. Et pour moi, le plus décevant, c'est que je l'ai ressenti ainsi.

Parce que la même société qui a enseigné à certaines personnes qu'elles étaient des héros, des sauveurs, des héritiers de l'idéal de la Destinée manifeste, m'a enseigné que je n'existais qu'en arrière-plan de leurs histoires, faisant leurs ongles, diagnostiquant leurs maladies, soutenant leurs intérêts amoureux - et peut-être le plus dommageable - attendant qu'ils me sauvent.

Et pendant longtemps, je les ai crus.

J'ai cru ces mots, ces histoires, soigneusement conçues par une société qui a été construite pour maintenir le pouvoir d'un type de personne - un sexe, un teint de peau, une existence.

Cela a renforcé en moi des règles qui ont été écrites avant ma naissance, des règles qui ont poussé mes parents à abandonner leurs vrais noms et à adopter des noms américains - Tony et Kay – pour que ça soit plus facile à prononcer par les autres, un effacement littéral de leur culture qui me fait encore mal au cœur.

Et même si je déteste l'admettre, j'ai commencé à m'en vouloir à moi-même. J'ai pensé : « Oh, peut-être si j'étais plus mince » ou « Peut-être si je laissais pousser mes cheveux » et, pire que tout, « Peut-être si je n'étais pas asiatique ». Pendant des mois, j'ai descendu une spirale de haine de soi, dans les recoins les plus sombres de mon esprit, des endroits où je me suis déchirée, où j'ai mis leurs mots au-dessus de mon estime de moi.

Et c'est alors que j'ai réalisé qu'on m'avait menti.

On m'avait lavé le cerveau en me faisant croire que mon existence se limitait aux limites de l'approbation d'une autre personne. On m'avait fait croire que mon corps n'était pas le mien, que je n'étais belle que si quelqu'un d'autre le croyait, quelle que soit mon opinion. Tout le monde me l'avait dit et redit : les médias, Hollywood, des entreprises qui profitaient de mes insécurités, me manipulant pour que j'achète leurs vêtements, leur maquillage, leurs chaussures, afin de combler un vide qu'ils avaient été les premiers à créer.

Oui, on m'a menti. Nous tous, on nous a menti.

Et c'est dans cette prise de conscience que j'ai ressenti une honte différente - non pas une honte pour qui j'étais, mais une honte pour le monde dans lequel j'ai grandi. Et une honte pour la façon dont ce monde traite tous ceux qui sont différents.

Je ne suis pas la première personne à avoir grandi de cette façon. C'est ce que c'est de grandir en tant que personne de couleur dans un monde dominé par les Blancs. C'est ce que c'est d'être une femme dans une société qui a enseigné à ses filles que nous ne sommes dignes d'amour que si nous sommes jugés attirantes par ses fils. C'est le monde dans lequel j'ai grandi, mais pas le monde que je veux laisser derrière moi.

Je veux vivre dans un monde où les enfants de couleur ne passent pas toute leur adolescence à vouloir être blancs. Je veux vivre dans un monde où les femmes ne sont pas examinées sous toutes les coutures pour leur apparence, leurs actions ou leur existence en général. Je veux vivre dans un monde où les gens de toutes les races, religions, classes socio-économiques, orientations sexuelles, identités de genre et capacités sont considérés comme ce qu'ils ont toujours été : des êtres humains.

C'est le monde dans lequel je veux vivre. Et c'est le monde pour lequel je continuerai à travailler.

Ce sont les pensées qui me passent par la tête chaque fois que le choisis un script, un scénario ou un livre. Je sais que l'occasion qui m'est donnée est rare. Je sais que je fais maintenant partie d'un petit groupe de privilégiés qui racontent des histoires pour vivre, des histoires qui sont entendues, vues et digérées par un monde qui depuis si longtemps n'a goûté qu'une seule chose. Je sais à quel point c'est important. Et je n'abandonne pas.

Vous me connaissez peut-être sous le nom de Kelly.

Je suis la première femme de couleur à avoir un rôle principal dans un film « Star wars ».

Je suis la première femme asiatique à faire la couverture de Vanity Fair.

Mon vrai nom est Loan. Et je ne fais que commencer.

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: https://www.nytimes.com/2018/08/21/movies/kelly-marie-tran.html?ref=nyt-es&mcid=nyt-es&subid=article
Publication date of original article: 21/08/2018
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=23949

 

Tags: Kelly Marie TranStar warsHollywoodHarcèlement en ligneSuprémacisme blancFemmes asiatiquesUSA
 

 
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