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 19/09/2018 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 EUROPE 
EUROPE / L’ère de l’Aquarius*
Date of publication at Tlaxcala: 14/06/2018
Original: L'era dell'Aquarius

L’ère de l’Aquarius*

Pino Cabras

Translated by  Rosa Llorens
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Il est déjà évident que l’affaire de l’Aquarius, le navire chargé de 629 migrants secourus en mer et en attente d’un port de débarquement sûr, constitue le premier épisode d’une nouvelle et importante phase politique en matière de gestion des flux migratoires. Le cas de l’Aquarius pousse tout le monde à se positionner et à peindre le tableau dans des couleurs violentes, en lançant de très dures accusations et des appels péremptoires sur des fronts opposés.

 

Pour ma part, je sais que, derrière le cas de l’Aquarius, il y a, certes, ces 629 vies en transit et dans l’angoisse, mais il y a aussi un énorme problème, très complexe, pour lequel il n’y a pas de solutions simples. On ne peut pas tout savoir sur le pourquoi du comment, même dans cette matière. Mais on peut établir des points de référence acceptables pour tous et réduire le niveau de décibels des cris, en regardant vers l’avant et en pensant au temps que nous avons pour faire quelque chose.

Partons par exemple de ce qui est le plus urgent, la vie des personnes concernées par ce cas spécifique. On en parle comme s’il s’agissait d’un péril imminent, comme si c’était une embarcation de fortune, prête à se retourner après un SOS, alors qu’en réalité on a affaire à un bateau sûr, équipé de vivres et de médicaments, en contact constant avec les autorités et avec les opérateurs sanitaires pour les ravitaillements urgents. Ce n’est certes pas un endroit enviable où passer sa vie, mais ce n’est pas pire qu’un centre de premier accueil sur la terre ferme. Ce qui se passe, c’est « seulement » un bras de fer politique sur la destination de ce segment du voyage. Comme pour toute question politique, il faut considérer la décision comme un problème sujet à controverses, mais ce qui est certain, c’est qu’il n’existe aucune menace directe et grave sur la vie des personnes qui sont sur l’Aquarius. Quand on définit la décision du gouvernement (qui refuse l’accès des ports italiens au navire provenant des eaux libyennes) comme une opération barbare de gens « sans cœur », et qu’on invite en attendant à regarder en face « les yeux des enfants », on met l’accent sur un  aspect émotif important, mais qui est hors sujet si on considère qu’il n’est pas du tout question de leur sauvetage, mais des modalités de leur accueil et des décisions sur qui a le droit de rester.

Les forces politiques qui ont constitué la majorité parlementaire et signé le « Contrat de gouvernement » partagent les éléments essentiels suivants en matière de migrations : le système d’accueil doit être véritablement européen, et pas national ; ceux qui demandent asile doivent le faire directement depuis les pays d’origine ou de transit, et ceux qui y ont droit doivent obligatoirement être tout de suite répartis, directement depuis ces pays, entre les 28 États membres de l’Union Européenne et par la suite être intégrés dans ces mêmes Etats.

Un problème gigantesque comme les migrations contemporaines, en particulier dans leurs formes irrégulières et illégales, ne doit pas être géré seulement par la République Italienne, tandis que les autres membres de l’UE, y compris ceux qui sont dirigés par des gouvernements soi-disant « progressistes » blindent leurs frontières et leurs ports depuis des décennies.

Walter Veltroni redoutait ces jours-ci un retour aux années 30, mais il a oublié ce que faisait son gouvernement dans les années 90. Au moment même où, depuis le centre gauche, on crie à l’inhumanité dans l’affaire Aquarius, nous pouvons feuilleter des pages non encore jaunies concernant les actions de gouvernement de ce parti, comme le blocus naval anti-immigration décidé par le gouvernement Prodi, contenant « des dispositions rigides sur le refoulement » en mer des Albanais. Dans l’album de famille de la gauche italienne, il y a une initiative bien plus drastique que ce qui se produit aujourd’hui.

Certes, l’habituel Roberto Saviano ne s’en souvient pas, quand il intime l’ordre au ministre des Transports d’ouvrir les ports et tweete : « #humanitéouverte#ouvrez les ports#Aquarius ». C’est le même Saviano qui ne trouve rien à redire à la façon dont Israël gère les questions d’#humanitéouverte sur ses frontières et bombarde les petits ports des pêcheurs palestiniens. Omissions humanitaires.

Dans ce contexte, je suis frappé par une observation du journaliste Sebastiano Caputo, qui s’en prend à une des critiques concernant la fermeture des ports, à savoir qu’elle cible les individus les plus faibles. Caputo dit que fermer les ports « est un acte politique, non pas raciste, qui a pour but d’arrêter cette horrible traite d’êtres humains. Cependant, nous attendons maintenant de Matteo Salvini, et de ses collègues au gouvernement, un geste aussi fort lorsque les dirigeants de l’OTAN nous demanderont de les laisser utiliser nos bases militaires pour bombarder des pays souverains et de soutenir des guerres « humanitaires » qui alimentent cette même horrible traite d’êtres humains. Il faut être fort avec les forts, loin du deux poids, deux mesures. »

Les réponses sont inscrites dans l’avenir, et elles devront s’opposer aux pressions de ces mêmes partis politiques qui aujourd’hui nous accusent de racisme, mais qui ont pris parti pour toutes les guerres impérialistes qui ont dévasté l’Afrique et l’Asie dans ces vingt-cinq dernières années.

Je n’ai pas de sympathie pour la posture médiatique de Salvini sur ce sujet, trop attentive aux possibles répercussions électorales, comme l’est, d’un autre côté, sur le front opposé, celle du maire de Naples, De Magistris. Toutefois, la situation y est vue dans son ensemble, sans préjugés, sans traitement de faveur pour ces Messieurs qui voient la paille mais pas la poutre. Je prendrai un exemple qui va déconcerter certains lecteurs. Je me rappelle avoir assisté à un débat télévisé en 2011, alors qu’on était sur le point de faire la guerre contre la Libye. Jusque-là, je ne connaissais de Salvini que sa tête, je ne l’avais jamais suivi dans une discussion. Il l’emporta on peut dire haut la main sur des grosses pointures de la gauche qui se déclaraient pour la guerre contre Kadhafi, en leur disant en substance : « Mais vous vous rendez compte qu’en dévastant ce pays, en plus de causer des dizaines de milliers de morts, vous allez provoquer une catastrophe migratoire aux coûts humains exorbitants ? » Et il concluAIt par ces mots : « Pauvre gauche, jusqu’où est-elle tombée, pauvre gauche ! » J’en fus extrêmement frappé, parce qu’il avait raisonné et conclu avec lucidité, prévoyant les conséquences de ce désastre criminel, dans lequel la gauche s’est précipitée, les uns en tant que complices, les autres par bêtise.

Je me rappelle la haine déversée par les organes d’information proches de la gauche : une totale diabolisation de Kadhafi, une campagne hystérique et belliciste, un délire qui accompagnait les massacres et l’extermination des dirigeants de l’État libyen, la destruction des usines de traitement de l’eau et des infrastructures, et, enfin, l’expulsion des deux millions d’Africains qui travaillaient en Libye. Je n’aime pas la phraséologie du Salvini d’aujourd’hui, je le répète, mais la gauche est encore incapable d’une autocritique sur ses grandes fautes historiques des dernières années, qui ne sont pas imputables à Salvini.

Les classes dirigeantes française et britannique ont déclenché ces dernières années des guerres qui, outre les deuils et outre la destruction d’États entiers avec lesquels nous avions des relations normales, ont provoqué une aggravation spectaculaire dans la gestion des flux migratoires : et maintenant, elles disent que ce n’est pas à elles de les gérer, mais uniquement à nous. Nous ne sommes pas confrontés à un égoïsme ponctuel ou banal. Ces pays sont en fait en train de redessiner la hiérarchie européenne, faisant du flanc sud de l’Europe un monde trop faible pour défendre ses intérêts, trop replié sur ses problèmes pour exiger que, plus au Nord, on paie le prix des impitoyables politiques de puissance.

Les classes dirigeantes de Paris et Londres ont choisi ce qu’elles voulaient faire de l’Italie : le tampon amortisseur des tragédies de la globalisation ; de même qu’à Francfort, Bruxelles et Berlin, on avait décidé ce qu’on allait faire de la Grèce : un laboratoire d’essais pour la future « mezzogiornisation » d’une moitié de l’Europe. C’est l’autodestruction du rêve européen pour instituer un ordre qui arrache déjà, encore une fois, le voile qui recouvrait ce qui n’a jamais disparu : les habituels rapports de force brutale dirigés par les grandes capitales des grands capitaux.

Dans cette conjoncture particulière, il est juste de rappeler l’Europe à ses devoirs, dans des délais rapides. L’été est long.

NdE
*Aquarius est le nom latin de la constellation du zodiaque appelée le Verseau. L’auteur fait un jeu de mots : l’Ère du Verseau est censée succéder à l’actuelle Ère des Poissons et devrait commencer, selon les sectes ésotériques, entre l’an 2160 et l’an 3573. Cette ère, selon ses inventeurs français du XVIIIème siècle, sera caractérisée par l'importance du progrès, de la pensée scientifique, de la liberté et de la raison critique. Oh le doux rêve…

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://megachip.globalist.it/democrazia-nella-comunicazione/articolo/2018/06/11/l-era-dell-aquarius-2025951.html11.06.2018
Publication date of original article: 12/06/2018
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=23582

 

Tags: AquariusForteresse EuropeMigrantsSalviMaioUEropeOTANDestruction LibyeItaliette
 

 
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