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 25/06/2018 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
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 EUROPE 
EUROPE / Des déserteurs sur les barricades : les GI US anti-guerre dans le Paris de Mai 1968
Date of publication at Tlaxcala: 03/06/2018
Original: US RITA (anti-war) GI’s in the Paris of May 1968

Des déserteurs sur les barricades : les GI US anti-guerre dans le Paris de Mai 1968

Max Watts (1928-2010)

Translated by  Jacques Boutard
Edited by  John Catalinotto  -  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Max Watts (Tomi Schwätzer, 1928-2010) a fui les nazis à Vienne avec ses parents et sa sœur en 1938, et quitté les USA pour éviter d’avoir à se battre en Corée au début des années 1950. À  Paris dans les années 1960, il a servi de mentor aux soldats qui désertaient l’armée des U.S.A. et a consacré beaucoup d’énergie au cours des 43 années suivantes à organiser les militaires qui résistaient à l'intérieur des forces armées (RITA). Watts a gardé un dossier sur l’historique de ces événements. Cet article de mai 2008 est tiré d'un de ses nombreuses « Histoires du temps de la Résistance » (Tales of Resistance Days), légèrement remaniée.-John Catalinotto

 

L'histoire, à ce qu’on dit, est écrite par les vainqueurs. Comme c’est souvent le cas, « on » a tort. Les Vietnamiens, et leurs alliés de RITA (1), ont gagné leur guerre contre l'impérialisme US, contre la Machine Verte, mais qui écrit ces histoires? Cette Histoire? Qui se souvient aujourd'hui qu’en mai 68, à Paris, des soldats usaméricains se sont battus sur les barricades, contre la guerre, contre la répression, pour le nouveau monde qui était en train de naître ?

Des soldats US opposés à la guerre au Vietnam   ont commencé à arriver  à Paris en décembre 1966. Bien sûr, il y avait déjà eu des « AWOL » (absents sans permission officielle), des déserteurs, mais, à ma connaissance, le premier GI qui soit allé chercher de l'aide auprès des défenseurs  du Vietnam en France a été le soldat de première classe (PFC pour les initiales en anglais) Gregory Graham. Après un voyage compliqué depuis l'Allemagne de l'Ouest, via Amsterdam et la Belgique,  Graham est arrivé en France, où il est allé trouver le PACS,  le Paris American Committee to Stop War (Comité américain de Paris pour arrêter la guerre), qui ne savait pas vraiment quoi faire de lui (2).

Gregory Graham s'était engagé dans l'armée à son 17e anniversaire - «pour sortir de l'orphelinat» de Waco, au Texas, où il vivait depuis l'âge de six ans. « J’m’en tape, des bonzes au barbecue, mais les chauffeurs frits, ça m’débecte,  c'est pas ma tasse de thé. J’me suis cassé. »(2) Pour déserter, il lui a fallu aller à Amsterdam, trouver des hippies chevelus vêtus de cache-poussière, les Provos (3), qui se sont occupés de lui pendant un certain temps quand il leur a dit qu'il ne voulait pas aller au Vietnam, mais qui ensuite,   harcelés par la police batave, l'ont envoyé à Paris, où il a traîné jusqu'à ce que quelqu'un le conduise « aux Américains du PACS ». Pour certains de ses membres, dont moi, militer pour la paix au Vietnam signifiait aussi aider les GI anti-guerre. Avant tout, les déserteurs (4).

On a trouvé à Graham une place dans un hôpital psychiatrique dans la vallée de  la Loire, où on le considérait alternativement comme  patient ou  comme jardinier (cela dépendait de qui on interrogeait). Mais bientôt il s’est su que « nous », (« nous » étions un groupe ad hoc d’abord appelé les « AA » [Aiders and Abettors, i.e. Complices et Instigateurs], puis les « Baby Sitters », aidions ces « déserteurs » américains, ces « AWOL », et  -bientôt- les  « Résistants hors-base » ( Off-base Resisters ou RITAs).  (Au début, peu d'entre nous, Français ou USAméricains, étions conscients de ces importantes distinctions ).

En avril 1967, une série d'incidents (à commencer par l'arrestation de deux GIs qui dormaient dans une voiture « empruntée » sur les quais de la Seine) a incité Louis Armfield à obtenir des « papiers », c’est à dire une carte de séjour, temporaire mais renouvelable. Louis est devenu le premier AWOL ou  déserteur de l’armée des États-Unis à obtenir un permis de séjour dans un pays capitaliste. Armfield  avait créé un précédent, et son exemple fut bientôt suivi en France par des dizaines de ses semblables.

Quelques mois plus tard, la Suède, suivie  du Canada, s'est également «ouverte» aux soldats US-américains. D’autres GI sont arrivés à Paris, et – plus intéressant - non seulement ils gagnaient en nombre, mais aussi en «qualité».

Si Graham (plus tard surnommé Baby A) aurait sûrement refusé (et probablement été incapable) de parler aux médias, d’autres soldats, comme Hector, ont affirmé sans détours: « Je n'ai pas quitté l'armée  pour le pur plaisir de plumer des poulets à Orléans».

Initialement - pour diverses raisons - (la police française leur interdisait toute « activité politique » en France ; il y avait des motifs justifiés de craindre des actions de la CIA ou du renseignement militaire contre des militaires présents en France, et l'armée exerçait des pressions sur les familles de GIs quand elle pouvait les identifier…) les interviews aux medias se faisaient sous couvert de la clandestinité, comme « des ombres chinoises sur un rideau ». Mais, en même temps que le nombre de réfractaires augmentait, leur confiance aussi  et, en décembre 1967, le simple soldat Dick Perrin, soutenu par le leader de Black Power, Stokely Carmichael (plus tard appelé Kwame Turé), « a tiré le rideau » et  parlé à visage découvert au New York Times et à la chaîne de  télévision CBS.

Perrin a également révélé que beaucoup de  GIs résistaient maintenant à l'intérieur même de l'armée, sous le couvert de l'acronyme RITA. Même si certains de ces soldats se trouvaient provisoirement en France (ou en Suède, ou au Canada), ils se considéraient toujours comme des membres à part entière de l’armée, des « Résistants hors-base ».

Conférence de presse pour annoncer la naissance de RITA, Paris, 1967. Dick Perrin EST LE 2ème à partir de la droite

 

 

Ces GI - pour la plupart engagés volontaires, (peu de conscrits étaient alors envoyés en Europe) étaient socialement, légalement et économiquement tout à fait différents de leurs collègues réfractaires à la conscription. Ils agissaient en premier lieu auprès d'autres soldats qui étaient restés sur leur base, en particulier ceux de la 7ème armée, USAREUR, en Allemagne de l'Ouest. Bien sûr, ils nouaient  des contacts de plus en plus fréquents avec le mouvement des GI restés aux États-Unis et,  malgré les problèmes logistiques, avec des soldats stationnés au Vietnam ou en permission en Australie. Plus tard, les contacts se sont également étendus à l'armée de l'air US en Grande-Bretagne, entièrement composée de volontaires.

Au début de 1968, le premier journal écrit pour et par des GI US en Europe, « ACT » - également connu sous le nom de « RITA ACT » ou « GI’s ACT », est venu s’ajouter  aux tracts (répertoriés sous les initiales RN = Rita Notes) écrits par des GI  et principalement distribués sur les bases US d’Allemagne de l'Ouest,

ACT était écrit exclusivement par des militaires US, principalement des soldats, qui signaient généralement de leurs nom et numéro matricule. Le tirage d’ACT, qui consistait en une page recto-verso en format A-4, est passé d'un tirage initial de 10.000 exemplaire à 25.000, et fut réimprimé aussi bien par des sympathisants (par exemple Sydney « FTA » [pour Failure To Appear in court, défaut de comparution au tribunal]) que les Renseignements Militaires (Military Intelligence/MI). (Les éditeurs d'ACT en ont même remercié les agences de renseignement !). ACT est paru aussi souvent qu’il était « nécessaire et possible », à savoir  sept fois dans les deux années qui ont suivi.

Le soldat Perrin avait déjà travaillé à Fort Sill avec le soldat Andy Stapp, qui avait fondé l'American Servicemen's Union (Syndicat des Militaires Américains/ASU) en janvier 1968. Le mensuel de l'ASU, le BOND (le Lien), serait également bientôt  diffusé  via Paris.

Dès le commencement, début 1967, les soldats US en France et leurs sympathisants civils, connus par la suite  sous le nom de FRITA (Friends of RITA, Amis de RITA) ont rencontré des difficultés avec leurs alliés autochtones (c'est-à-dire français). Les GI  et leurs amis américains s’étaient attendus, avec quelque appréhension, à recevoir l’aide, et même à se retrouver sous la coupe des communistes français, mais, au départ, le PCF ne voulait rien avoir à faire avec des immigrants « illégaux ». Divers groupes religieux leur ont apporté un soutien plus efficace, surtout les Quakers, qui ont permis que leur permanence de la rue de Vaugirard devienne un centre d'accueil très utile pour les GI  à la dérive.

Le groupe dirigé par Henri Curiel, Solidarité, a très tôt offert son aide, mais la collaboration avec lui se heurtait à un double problème : l'incompréhension mutuelle entre Français et Américains : les méthodes des Français, héritées de la clandestinité  depuis la guerre d’Algérie ou même la Résistance au nazisme, étaient incompréhensibles pour les GI . D’autre part, les Français comme les Américains partaient du principe que ce seraient eux les leaders, et que les autres seraient leurs auxiliaires. On peut ajouter à cela des «divergences» politiques entre les tenants de l’ancienne gauche et ceux de la nouvelle... sur des questions telles que la drogue.

Mais le problème le plus difficile à résoudre s’ est posé en raison des divergences de conception sur les interventions dans les «médias» : pour les USAméricains, celles-ci étaient tournées vers l'extérieur, vers les autres soldats et - accessoirement – vers le  public US-américain. En premier lieu par l’intermédiaire de « journaux pour GI  »  largement diffusés  (comme ACT, Bond, et Rita Notes), et même, très vite, le très légal Overseas Weekly (une feuille à scandale souvent surnommée l'Oversex Weekly, très lue par les GI ). Et, quand c’était possible, les médias dominants en Europe et aux USA.

Au début de 1967, les GI  de Paris ont commencé à donner de nombreuses conférences de presse « clandestines ». Leur contenu était sans importance, l’important était qu’on sache qu’il y avait des soldats américains qui s’opposaient à la guerre du Vietnam. Il était important que d'autres GI  et sympathisants entendent ce message : « Nous sommes là ! » Ces concepts étaient souvent difficiles à comprendre pour les Français.

Un problème politique sérieux est s’est fait jour au sein des groupes RITA hors-base, surtout en Suède. Il est vite devenu évident que, pour diverses raisons, certains GIs rejoindraient leur unité, même après qu'ils s’étaient bien implantés en France, en Suède ou au Canada. Pour certains, c'était une capitulation, presque une forme de trahison envers « la cause ».

Le groupe ACT considérait que c’était aux individus de prendre cette la décision, et, en tout cas « nous n'avons pas de prisons ni  de locaux disciplinaires, pour empêcher les gens de repartir.» « Rejoignez l'armée, rejoignez votre unité, mais restez en contact. Et emportez des  journaux, distribuez-les aux autres. En tout cas, nous voulons qu’il y ait le maximum de contacts entre les RITA hors-base de Paris, et d'autres restés à l'intérieur de la Green Machine [Machine Verte, surnom de l’armée US à l’époque de la guerre au Vietnam, NdT]. »

Et des contacts de cet ordre se sont souvent bel et bien noués  à l'intérieur des locaux disciplinaires et des prisons de l'armée, en premier lieu à Mannheim, en Allemagne de l'Ouest. Des GI, revenant d’ absences non autorisées ou de virées à Paris, étaient en général condamnés à quelques mois de détention à Mannheim (5). Souvent, des GI  venaient à Paris peu après avoir quitté Mannheim. Parfois après plusieurs séjours en prison. Un officier US en Allemagne s’est même plaint que Mannheim était devenu un « hôtel pour déserteurs fatigués ».

En mai 1968, ces problèmes étaient devenus théoriques. Paris avait, à bien des égards, supplanté Amsterdam comme destination des «permissions du week-end des GIs ». De nombreux soldats américains venaient maintenant  en France depuis leurs bases en RFA pour rencontrer des « RITA hors-base », comme se considéraient désormais de nombreux GIs qui vivaient en France . Terry Klug, Dick Perrin et d'autres GIs,  profitant de l’ anonymité que leur offrait   la foule, ont défilé lors de la manifestation du 1er mai 1968. Les jeunes soldats américains ne savaient pas que le 1er mai 1968 était la première fois que cette manifestation était autorisée à Paris  depuis 1953 (8).

Ce soir-là,  après le défilé, j’ai rencontré Dick et Terry  à la station de métro Odéon. Ils étaient enthousiastes jusqu’au délire  - « tous ces drapeaux rouges, tout ce monde ! » Ils imaginaient que la révolution allait commencer dès le lendemain. Moi, le vieux type blasé, j’ai refroidi leur enthousiasme. « Il ne va pas se passer grand-chose », ai-je dit. Il s’est avéré que c’était eux qui avaient raison. Et moi, qui avais pourtant roulé ma bosse,  je me trompais.

Les GI anti-guerre participaient à des meetings en France et commençaient même à y prendre la parole. Klug était intervenu lors d'une réunion d'étudiants à Reims, ou était-ce à Rennes ? Ouvertement, en tant que GI anti-guerre, applaudi par une salle pleine à craquer. Il  prenait un risque. Il aurait pu être arrêté dans la foulée, peut-être expulsé de France, et même remis à l'armée US. Avertis, les organisateurs l'ont tout de suite escamoté.

Dick Perrin avait été invité à s'adresser à un grand meeting contre la guerre du Vietnam à l'université de Nanterre - je le lui ai fortement déconseillé, car le nouveau (à l’époque) campus de Nanterre était isolé et il serait facile à la police de le cueillir à sa sortie. Perrin était très déçu, mais il m'a écouté. Il n'y est pas allé.

Puis il s'est pointé, tout content : « Ils ont fermé Nanterre, tout le campus. Le meeting va maintenant se tenir dans la cour de la Sorbonne. Ils veulent toujours que j’intervienne. » Moi, qui croyais tout connaître, je pérorais :  « Ça va, il n'y a pas de danger là-bas, les flics n'entrent jamais à la Sorbonne,  il y a des dizaines d’issues, ils ne peuvent pas toutes les surveiller. »

Je me rendais en Suisse en voiture le 3 mai quand j’ai entendu un flash d'information sur une radio périphérique : "La police vient d’entrer à la Sorbonne, elle a  arrêté des dizaines, voire  des centaines de personnes. » Je n'étais pas fier de moi et de mes bons conseils.

 En fin de compte, Perrin a été le seul « individu de sexe masculin » a échapper à cette razzia, d'abord déguisé en fille (la police, en ce premier jour du nouveau Mai, n'arrêtait que les hommes !) - plus tard un professeur l’a aidé à franchir le cordon de police en le faisant passer pour son « assistant américain ».

Une semaine plus tard, June et moi, nous sommes rentrés à Paris, après une tournée au cours de laquelle nous sommes passés par Bâle, Zurich, le sud de l'Allemagne, Heidelberg et Sarrebruck, organisant des itinéraires pour les  RITA, des groupes de soutien. Nous avions suivi,  à la radio ou au téléphone, les événements de Paris - une semaine de manifestations continues de plus en plus puissantes, mais n'avions aucune idée de ce qui allait se passer ce vendredi 10 mai. La nuit des barricades, qui marquait le point de départ d’un mouvement de masse, bientôt rejoint par 10 millions de grévistes. C'était le défi le plus important adressé au capitalisme en Europe depuis 1945.



La rue Gay-Lussac durant la première nuit des barricades du 10 mai, et le lendemain matin

 

 

Épuisé par le voyage, je ne suis pas allé au dîner  qui avait lieu chaque semaine dans l’appartement de Tian-le-Vietnamien. Il y avait beaucoup de GI qui étaient venus d'Allemagne. Ils étaient venus en visite, et réfléchissaient à la désertion, à la résistance et à l'organisation.

Ce vendredi-là , après le dîner, l’équivalent d’un peloton entier de soldats américains a quitté la table après avoir entendu les nouvelles en provenance du Quartier Latin.  « Allons aux barricades nous battre contre la flicaille ! » C’est ce qu’ils ont fait. Perrin le décrit très bien dans son livre (7). Nous attendons toujours des commentaires de la part de Klug*, de Wagner, et d'autres GI (ceux qui sont encore en vie).

 

Le lieutenant-colonel de l'armée US,  C.T. Lakes,  dans un rapport confidentiel intitulé « DÉSERTEURS DE L’ARMÉE DES ÉTATS-UNIS EN FRANCE », écrit à la date du 27 juin 1968 : « Le soldat Jésus Michael Garcia, RA (un volontaire de l'armée régulière, pas un conscrit) matricule 18961451, du 5e Bataillon, du 81e Régiment d’Artillerie, basé à Wiesbaden, Allemagne de l'Ouest) « a été grièvement blessé pendant les émeutes lors d’un affrontement avec la police française. »

Le soldat Garcia n'était pas le seul dans ce cas, mais d'autres restent anonymes. Ils n'ont pas fait de publicité.

Le lieutenant-colonel Lakes a parfois raison: «RITA avait un bureau à la Sorbonne quand celle-ci étai toccupée par les étudiants, et a participé activement au mouvement estudiantin».  En fait, le bureau de RITA était à Censier, mais peu importe. Ce n’est pas très loin. Les GI étaient certainement heureux de donner un coup de main aux Français en mai 1968, non seulement aux étudiants mais aux autres grévistes.

Il s'est passé beaucoup de choses que, pour ma part, je ne peux pas raconter ou me rappeler ... Un groupe est bien allé voir les grévistes de Renault, a apporté des messages de solidarité aux travailleurs surpris et ravis qui occupaient l'usine, un gros sac de boites de conserves et des bouteilles de vin. Un GI noir, pas très à l’aise, a pris la parole. Pas tout à fait John Reed à Petrograd, mais l'esprit y était…

N’oublions jamais, ça aussi, c'est arrivé ...

Notes de Max

(1) RITA: initiales de « Resistance, Resist, Resister – inside the Armies ». Cet acronyme, créé par Dick Perrin en 1967, remplaçait des termes plus anciens comme A&A (Aiders and Abettors), Baby Business et Baby Sitters. Aussi : Dissent(ers).

2) L’accent texan de Graham exigeait une traduction, non seulement pour des Français ébahis, mais aussi pour beaucoup des membres US-américains  du PACS. Ça ne le dérangeait en rien que des bonzes vietnamiens s’arrosent d’essence et s’immolent par le feu pour protester contre la guerre : « ça les regardait » -mais il envisageait d’un  œil critique la perspective de griller lui-même   - dans le cas où un camion-citerne comme ceux qu’il conduisait au Vietnam viendrait à exploser sur une mine – et de devoir survivre encore trois jours  avant de mourir d’atroces souffrances. 

(3) À l’époque, les Provos – ceux d’Amsterdam, pas les révolutionnaires irlandais ─ étaient de jeunes anarchistes hollandais qui se baptisaient eux-mêmes “Provokateuren”  et qui croyaient à l’action plutôt qu’à la théorie. Ils s’occupaient de bon coeur des déserteurs américains, mais ils ne savaient pas vraiment quoi en faire.

(4) Les membres du PACS  étant principalement des exilés volontaires de la classe moyenne, des militants anti-Guerre-au-Vietnam, bien qu’ils connaissent l’existence des résistants à la guerre et des réfractaires à la conscription (eux aussi appartenaient surtout à la classe moyenne), n’avaient aucune expérience auprès d’engagés volontaires comme Graham.          

(5) AWOL (Absents sans  permission)/Désertion : Pendant  la guerre au Vietnam, l’armée US a rarement entamé de poursuites pour désertion. Dès 1968, tous les lieux de détention de l’Armée  étaient pleins à craquer.

(6) En s’en tenant à la définition légale, environ 532 000 GIs ont déserté entre 1965 et 1972, et trois fois plus  sont restés « Absents sans permission ». Un GI est déclaré déserteur s’il reste absent plus de 30 jours, bien que l’intention de rester absent de façon permanente soit aussi un  facteur important pour décider d’entamer des poursuites pour désertion. La plupart des cas poursuivis l’ont été pour « Absence sans permission », et n’ont été punis  que de quelques mois en maison d’arrêt.**

(7) G.I.RESISTER – The story of how one American Soldier and his Family fought the War in Vietnam [Comment Un Soldat Américain Et Sa Famille Ont Fait La Guerre Du Vietnam], de Dick Perrin, publié par Trafford Publishing, Victoria, BC, Canada, 2001, 2002; peut aussi être commandé directement à :  Dick Perrin: giresister[at]hotmail.com Box 62; Lebret, Saskatchewan SOG 2YO, CANADA. Téléphone :(00) 1 306-332-5976

(8) Peu de gens se souviennent aujourd’hui qu’après que la police a abattu sept manifestants algériens lors de la manifestation de gauche du 14 juillet 1953. Les «défilés de travailleurs » du Premier mai et du 14 juillet ont été interdits à Paris pendant 14 ans.

Notes de John

* Terry Klug raconte cette partie de sa vie à Paris dans le livre, Turn the Guns Around: Mutinies, Soldier Revolts and Revolutions (Retournez vos fusils : Mutineries, Révoltes de Soldats et Révolutions), de John Catalinotto, World View Publishers, New York, 2017.

** Klug est retourné aux États-Unis, a été jugé pour désertion et condamné à trois ans de prison au printemps 1969. En attendant son transfert à la prison militaire de Leavenworth, il a participé à la rébellion de juin au cours de laquelle une partie de la prison de Fort Dix, dans le New Jersey, a été incendiée, risquant une peine de 50 ans de prison ou plus. Il a été acquitté en décembre 1969 et a été libéré après avoir fait appel à l'automne 1970 des accusations de désertion portées contre lui. Il a continué à organiser les GIs dans le cadre de l'ASU.

 





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Source: http://tlaxcala-int.org/article.asp?reference=23488&enligne=aff
Publication date of original article: 01/05/2008
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Tags: Déserteurs USRITAGuerre du VietnamPACSRévoltes logiquesMai 1968Histoire du XXème SiècleFranceUSAMouvements anti-impérialistes
 

 
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