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 26/04/2018 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 USA & CANADA 
USA & CANADA / Il est grand temps d’appeler les sanctions économiques par leur vrai nom : des crimes de guerre
Date of publication at Tlaxcala: 03/02/2018
Original: It’s time to call economic sanctions what they are: war crimes
Translations available: Português/Galego 

Il est grand temps d’appeler les sanctions économiques par leur vrai nom : des crimes de guerre

Patrick Cockburn

Translated by  Entelekheia

 

« Les Japonais… ont trouvé plus de 100 bateaux de pêche nord-coréens qui avaient dérivé dans les eaux territoriales japonaises. Deux tiers des gens sur ces bateaux étaient morts… Les pêcheurs sont envoyés pêcher en hiver parce qu’il y a des pénuries de nourriture. Et ils ne sont pas envoyés avec assez de carburant pour revenir. Nous avons donc des preuves que nos sanctions commencent à faire mal… Il ne faut pas que les Nord-coréens éveillent de sympathie… Nous avons passé un temps extraordinaire hier à écouter le ministre Kang [Kyung-wha] de la Corée du Sud nous expliquer ce qu’ils allaient faire pour que cela ne se produise pas. »Rex Tillerson, le 17 janvier 2018 à l’université de Stanford.

Les premières tristes épaves de bateaux de pêche nord-coréens connus sous le nom de « vaisseaux fantômes » à avoir été trouvées cette année s’étaient échouées sur la côte nord du Japon. C’étaient les restes battus par les vents de fragiles bateaux de bois dotés de mauvais moteurs dans lesquels des pêcheurs nord-coréens s’aventurent loin en mer dans une quête désespérée de poisson.

Souvent, tout ce qui en reste est la coque éventrée du bateau échouée sur la côte, mais dans quelques cas, les Japonais retrouvent les corps des pêcheurs morts de faim et de soif alors qu’ils dérivaient dans la Mer du Japon. Occasionnellement, quelques survivants affamés sont en vie et expliquent que leur moteur a lâché, qu’ils sont tombés en panne de carburant ou qu’ils ont été victimes d’une autre avarie fatale.

Le nombre de ces « vaisseaux fantômes » grimpe, avec pas moins de 104 d’entre eux retrouvés en 2017, bien que les vrais chiffres doivent être plus élevés parce que nombre d’entre eux doivent couler sans laisser la moindre trace, quelque part dans les 600 miles de mer agitée qui sépare la Corée du Nord et le Japon.

La raison pour laquelle autant de pêcheurs risquent et perdent la vie est la faim, dans une Corée du Nord où le poisson est la forme la moins chère de protéine. Le gouvernement impose des quotas aux pêcheurs qui les force à aller loin en mer. Une partie de leur pêche est revendue à la Chine contre de l’argent, ce qui fait du poisson l’un des principaux produits d’exportation nord-coréens.

Le fait que plus de pêcheurs nord-coréens aient pris de plus grands risques et soient morts en plus grand nombre est la preuve que les sanctions imposées à la Corée du Nord fonctionnent, dans un sens : le pays est clairement sous des sévères pressions économiques. Mais, comme toutes les sanctions ailleurs dans le monde passé et présent, la pression ne repose pas sur le leader nord-coréen Kim Jong-un, qui semble toujours aussi bien nourri, mais sur les plus pauvres.

"Attrappe !"

Le bilan des sanctions économiques en matière de changement politique est quasi nul, mais en tant que moyen de pousser un pays dans la pauvreté et la misère, il est difficile de faire plus efficace. Des sanctions ont été imposées à l’Irak par l’ONU de 1990 à 2003. Elles s’adressaient censément à Saddam Hussein et à son régime, bien qu’elles ne l’aient en aucune façon délogé ou même entamé : au contraire, l’élite politique du parti Baas avait profité de la pénurie de certains produits pour s’en faire les seuls pourvoyeurs et en bénéficier. L’odieux fils aîné de Saddam, Oudaï, avait fait de vastes profits par le contrôle des importations de cigarettes en Irak.

Les bureaucrates distributeurs de sanctions contre Irak de l’ONU ont fait semblent de croire qu’ils empêchaient Saddam de reconstruire ses capacités militaires. Ce qui était un mensonge hypocrite. L’armée irakienne ne s’était pas davantage battue pour lui en 1991, au début des sanctions, qu’elle ne l’a fait à la fin. Il est absurde de penser que des dictateurs comme Kim Jong-un ou Saddam Hussein seraient influencés par les souffrances de leur peuple. [Nous ne savons pas ce que le mot « dictateur » vient faire là-dedans. De la Cuba de Castro à la Russie de Poutine en passant par le Vénézuela de Maduro, la Syrie d’Assad ou l’Iran de la Révolution islamique, la plupart des leaders passés ou présents ne cèdent pas aux sanctions. Dans nombre de cas, que ce soit par fierté ou à cause de l’injustice révoltante de l’outil, la population tend d’ailleurs à faire bloc avec ses leaders, bien sûr pour peu qu’ils ne profitent pas de la situation, NdT].

Ces souffrances sont très réelles : j’ai visité des hôpitaux irakiens, dans les années 90, à qui l’oxygène manquait et qui n’avaient plus de pneus pour leurs ambulances. En une occasion, des fermiers qui tenaient des radios de leurs enfants m’ont suivi dans un champ de la province de Diyala, au nord de Bagdad, parce qu’ils m’avaient pris pour un médecin humanitaire étranger.

Saddam Hussein et ses lieutenants ont été exécutés, mais si l’on juge des culpabilités des uns et des autres à l’aune du nombre de vies qu’ils détruisent, les politiciens et officiels étrangers responsables du régime de sanctions qui a tué autant de gens n’auraient-ils pas mérité le même verdict ? Il est temps de considérer l’imposition de sanctions économiques comme un crime de guerre, puisqu’elle implique la punition collective de millions d’innocents qui meurent, tombent malades ou sont réduits à vivre de ce qu’ils trouvent dans les décharges.

Tout cela n’a rien de nouveau. Les sanctions économiques fonctionnent de la même façon qu’un état de siège au Moyen Âge, mais avec un appareil de communication qui les justifie. Et une autre différence, ce type de siège visait à affamer une seule ville ou village alors qu’aujourd’hui, elles visent à soumettre des pays entiers.

Un point positif, pour les politiciens, est que les sanctions peuvent être vendues au public, bien sûr à l’exception de ceux qui en sont directement victimes, comme plus humaines que des actions militaires [sans même parler du fait qu’elles remplacent souvent les actions militaires quand ces dernières sont impossibles, comme par exemple contre la Corée du Nord nucléarisée, la Crimée installée dans le giron de la Russie armée jusqu’aux dents, etc, NdT]. Elles s’accompagnent souvent d’allégations de fournitures humanitaires de nourriture et de matériel médical « autorisées à passer librement », mais personne ne prend la peine de signaler les obstacles financiers ou autres qui en interdisent la livraison dans les zones concernées.

Un exemple en sont les sanctions draconiennes imposées à la Syrie par les USA et l’UE qui étaient censées viser le président Bachar el-Assad et aider à le renverser. Elles n’ont en rien servi leur but déclaré, mais un rapport interne de l’ONU fuité en 2016 démontre de façon très convaincante les effets de l’embargo : l’arrêt des livraisons humanitaires par les agences d’assistance internationales. Elles ne peuvent pas importer les aides, malgré les autorisations, parce que les banques et les compagnies commerciales ne veulent pas risquer d’être pénalisées pour avoir eu la moindre relation avec la Syrie. Le rapport cite un médecin européen en Syrie qui dit « l’effet indirect des sanctions… rend l’importation d’instruments médicaux et d’autres fournitures médicales immensément difficile, presque impossible. [On peut noter au passage l’incohérence qu’il y a à tenter de renverser un « dictateur » parce que, censément, il « bombarde et attaque sa propre population aux gaz chimiques »… en sanctionnant ladite population et en la livrant à la faim et aux maladies, NdT].

Les gens devraient aussi indignés par ce genre de chose que par des destructions d’hôpitaux par des bombardements ou des tirs d’artillerie. Mais l’image d’une radio ou d’une machine à dialyse à qui il manque des pièces détachées essentielles ne peut pas faire concurrence à des vidéos de personnes tuées ou blessées sur les lignes de front. Et ceux qui meurent faute d’équipement médical ou de médicaments à cause des sanctions le font généralement dans l’ombre, hors du champ des caméras.

Les embargos sont ennuyeux alors que la guerre est excitante. Quelques tirs de missiles contre Riyad par les Houthis ont reçu une énorme couverture médiatique, bien qu’aucun Saoudien n’ait été tué. Comparons cela à la discrétion de la couverture de l’embargo saoudien contre le Yémen, qui a causé la plus grande famine de l’histoire récente. De plus, il y a plus d’un million de cas de choléra et 2000 Yéménites en sont morts, selon l’OMS*.

Les tactiques de communication pour justifier les sanctions sont souvent les mêmes, quelles que soient les circonstances. Une d’entre elles consiste à affirmer que les dégâts économiques causés empêchent ceux qui sont visés de dépenser de l’argent en armes et en terrorisme. Le président Trump dénonce l’accord nucléaire avec l’Iran au prétexte qu’il libère de l’argent pour financer l’aventurisme iranien à l’étranger.

Les sanctions sont tout autant une punition collective que les bombardements d’Alep, Raqqa et Mossoul. Elles peuvent même tuer encore plus de gens que les bombes et les obus parce que leurs effets se font sentir pendant des années et sont cumulatifs. La mort de tant de pêcheurs nord-coréens dans leurs bateaux de bois trop fragiles est un effet secondaire des sanctions typique de leur toxicité. Comme toujours, elles frappent les mauvaises cibles et n’affaiblissent pas plus Kim Jong-un qu’elles n’avaient affaibli Saddam Hussein.

NdT

Il y a beaucoup plus de victimes au Yémen que les chiffres relativement bas donnés par l’ONU et diverses agences officielles depuis le début du blocus saoudien. Le simple fait que les chiffres communiqués soient toujours plus ou moins les mêmes, année après année, a alerté des observateurs, par exempleMoon of Alabama dans cet article : Yémen: Après avoir perdu la guerre, les Saoudiens tentent le génocide – les médias complices.





Courtesy of Entelekheia
Source: https://www.counterpunch.org/2018/01/22/its-time-to-call-economic-sanctions-what-they-are-war-crimes/
Publication date of original article: 22/01/2018
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=22613

 

Tags: Sanctions contre Corée du NordSanctions contre l'IrakCrimes de guerre impérialistesImpérialisme US
 

 
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