TLAXCALA تلاكسكالا Τλαξκάλα Тлакскала la red internacional de traductores por la diversidad lingüística le réseau international des traducteurs pour la diversité linguistique the international network of translators for linguistic diversity الشبكة العالمية للمترجمين من اجل التنويع اللغوي das internationale Übersetzernetzwerk für sprachliche Vielfalt a rede internacional de tradutores pela diversidade linguística la rete internazionale di traduttori per la diversità linguistica la xarxa internacional dels traductors per a la diversitat lingüística översättarnas internationella nätverk för språklig mångfald شبکه بین المللی مترجمین خواهان حفظ تنوع گویش το διεθνής δίκτυο των μεταφραστών για τη γλωσσική ποικιλία международная сеть переводчиков языкового разнообразия Aẓeḍḍa n yemsuqqlen i lmend n uṭṭuqqet n yilsawen dilsel çeşitlilik için uluslararası çevirmen ağı la internacia reto de tradukistoj por la lingva diverso

 21/01/2018 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 USA & CANADA 
USA & CANADA / Le drame des sans-abri, une des nombreuses et fatales conséquences du capitalisme
Date of publication at Tlaxcala: 24/12/2017
Original: Homelessness: one of capitalism's many inevitable products
Translations available: Español 

Le drame des sans-abri, une des nombreuses et fatales conséquences du capitalisme

Gus Bagakis

Translated by  Jacques Boutard
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

 « Aussi longtemps que subsistera le mode de production capitaliste, ce sera folie de vouloir résoudre isolément la question du logement ou toute autre question sociale concernant le sort de l'ouvrier. »
 Friedrich Engels, 1872

« Le problème des sans-abri n’est pas dû à un dysfonctionnement du système, mais à façon même dont il fonctionne. »
Peter Marcuse

Le logement est la précondition nécessaire de la sécurité, de l’identité, du bien-être affectif, du travail, des loisirs et de la vie en commun. Aucun aspect du capitalisme n’est plus condamnable que son incapacité à fournir un logement décent à ceux qui produisent ses richesses ─ la classe ouvrière. La forte proportion de  gens de  couleur qui sont sans abri est un marqueur de  l’inégalité de revenus entre la classe ouvrière blanche et non-blanche, fondée sur  l’héritage historique du racisme et la construction du capitalisme  sur la base de l’esclavage.

L’explication que donne la classe dirigeante consiste à blâmer les victimes elles-mêmes en prétendant que les sans-abri le sont, en quelque sorte,  en raison de leur propre incompétence. D’autres explications, moins cyniques mais incomplètes, citent la pénurie de logements abordables, la privatisation des services publics, l’investissement spéculatif dans l’immobilier, les carences de l’urbanisation, ainsi que la pauvreté et le chômage.

En fait, la peur de se retrouver sans abri aide le capitalisme à conserver son emprise. A l’époque du capitalisme industriel, les chômeurs étaient utilisés par la classe capitaliste dirigeante pour faire savoir aux travailleurs qu’ils avaient de la chance d’avoir un emploi, et que s’ils se révoltaient, ils pourraient le perdre. De nos jours, après la récession de 2007-2008, à mesure que nous nous enfonçons dans le capitalisme post-industriel, les sans-abri servent d’avertissement aux travailleurs susceptibles de se révolter, mécontents de   la baisse de leurs salaires, du manque de stabilité et d’avantages sociaux, et aux étudiants de la génération zéro ─zéro emplois, zéro espoirs, zéro opportunités-, qui se sont endettés pour payer leurs études.. Le message est clair : accepter la dégradation des conditions ou finir à la rue.

Chaque jour, les  médias nous informent sur la « crise » des sans-abri. L’emploi du terme de « crise » laisse entendre que l’insécurité du logement et sa perte sont des choses anormales, un écart temporaire par rapport à une norme acceptable. Le terme « crise » est actuellement utilisé pour décrire ce que vivent certains secteurs d’une  classe moyenne ravagée par la récession de 2007-2008.

Mais pour les secteurs à bas revenus de la classe  ouvrière et les communautés de couleur, la « crise du logement » est la règle. Une  étude récente a montré que, nulle part aux USA, il n’est possible à quelqu’un qui travaille 40 heures par semaine pour le salaire minimum fédéral de 7,25 dollars de l’heure de  louer  un deux-pièces cuisine au prix moyen du marché. Le logement et la perte de celui-ci ont de tous temps été  un problème pour les pauvres et la classe ouvrière. Même au début du capitalisme en Angleterre, les paysans chassés de leur terre étaient forcés de s’entasser dans les villes et de vendre leur force de travail pour survivre, vivant dans des taudis, dans des squats ou dans la rue.

Pour pallier l’actuelle crise du logement, le  gouvernement US et les autorités locales mettent en place des programmes d’aide, bien que, en raison des mesures d’austérité, moins d’argent leur soit attribué. Certaines de ces mesures sont utiles, mais la plupart sont insuffisantes ou même illusoires. L’idée qui prédomine est que la politique du logement est temporairement inadéquate, mais qu’on peut y remédier au moyen d’une approche mieux ciblée.

Beaucoup de programmes d’aide aux sans-abri se vantent de l’« efficacité » de leur action. Mais après plus mûr examen, le bilan n’est pas si positif. Par exemple, l’Utah a fait état d’une réduction de 91% du nombre de sans-abri permanents, mais, à y bien regarder, on s’est aperçu que ce chiffre était faux, car il était dû à une nouvelle méthode de comptage. A New-York, les tentatives pour convaincre les sans-abri d’aller dans des refuges ont échoué à 99 pour cent.  San Francisco n’a constaté aucune baisse significative sur les 20 dernières années. Les efforts faits à  Los Angeles se sont soldés par des échecs répétés.

En fait, une analyse du capitalisme démontre que le gouvernement, contrôlé par les puissants  lobbies patronaux, utilise la politique du logement pour préserver la stabilité politique et soutenir l’accumulation du profit privé. Au cours des dernières décennies, les politiques du logement ont eu pour but principal d’encourager la classe moyenne à accéder à la propriété, en mettant le « rêve américain » à la portée des  propriétaires privés par l’alignement de leurs intérêts sur ceux du secteur immobilier et de la banque en période de hausse des prix de l’immobilier, pendant que les programmes de prévention de la perte du logement se dégradaient.

La construction de logements abordables pour des personnes à revenus modestes menacées par la marginalisation n’est pas aussi rentable que de construire des résidences pour les gens riches.

Le marché de l’immobilier s’effondrerait si le logement se trouvait en abondance et à des prix abordables pour tous. Les auteurs du livre  In Defense of Housing: The Politics of Crisis démontrent que les processus interdépendants de la dérégulation et de la financiarisation transforment les logements -espaces de vie- en biens fonciers,  des marchandises dans les mains des investisseurs, des banques et parfois même des autorités  locales. Ceci est possible parce qu’il n’existe pas de droit à un logement décent dans notre Constitution ou dans la loi fédérale. Si le logement était un droit et non une marchandise, alors il sortirait du marché privé.

Le contraste avec Cuba est éloquent, car  Cuba ne connaît que très peu le problème des sans-abri. Ce contraste oppose les USA, société opulente basée sur le profit, à une société plus orientée sur le bien commun.  Aux USA, nous sommes actuellement otages du capitalisme, un système économique reposant sur le travail salarié, la propriété ou le contrôle privés des moyens de production, et la production de marchandises pour le profit, tandis qu’une toute petite minorité de grandes entreprises utilise sa puissance financière et politique pour y exercer son contrôle. De nos jours, un des effets de cette domination est que les plus  pauvres n’ont pas accès au logement et finissent à la rue en raison des inégalités causées par le capitalisme.

Deux exemples illustrent la façon dont le drame des sans-abri se perpétue aux USA en régime capitaliste : Detroit et la région de la Baie de San Francisco, Silicon Valley comprise.

La baie de San Francisco, dynamique sur le plan économique, a connu  un boom technologique, une montée record des prix du logement et une hausse importante du nombre de sans-abri regroupés dans des camps. Des études rendent la politique du gouvernement fédéral responsable de ce phénomène. Il existe 5 causes essentielles : 1) les coupes budgétaires dans les programmes d’aide au logement, depuis le mandat de Ronald Reagan ; 2) l ’augmentation des loyers à une époque où les revenus ne suivent pas ; 3) la mise sur le marché insuffisante de logements neufs par rapport à l’augmentation de la population ; 4) les réductions de l’aide sociale, grâce au « Personal Responsibility and Work Opportunity Reconciliation Act », signé par le président Bill Clinton, qui donne pouvoir aux États pour imposer des règles d’éligibilité plus strictes qui limitent à 5 ans la possibilité pour les familles de bénéficier de l’aide sociale ; 5) une baisse des prestations dont bénéficient les citoyens à revenus modestes.

Dans la ville de Detroit, économiquement sinistrée, la sous-traitance et l’automatisation ont contribué à la destruction du marché de l’emploi. La plus grande partie de la population active restée sur place a perdu son statut de classe moyenne, hautement productive et bien payée, pour des emplois de service domestique mal rémunérés. Beaucoup des ouvriers qui ont perdu leur emploi ont aussi perdu leur maison. Certains sont partis ailleurs pour trouver du travail.  Le marché de l’immobilier de Detroit est instable : certains groupes revendiquent des succès, grâce, par exemple, aux  "mini-logements"   pour les populations de sans-abri, mais les travailleurs ont rarement les revenus suffisants pour s’offrir des logements neufs. Les travailleurs restants ne trouvent que des emplois mal payés, ou perdent leur emploi et leur logement, et n’ont aucun moyen de retrouver une vie décente.

  Le capital va là où il peut faire des profits. Dans les années 60 et 70, c’était à Detroit, la capitale mondiale de l’industrie automobile. Aujourd’hui, c’est à la Silicon Valley, un des nouveaux centres du pouvoir économique. Quand Detroit était à son zénith, les politiciens US y amenaient des visiteurs du monde entier pour vanter les succès du capitalisme. Aujourd’hui toute la région est sinistrée, et seul le centre-ville de Detroit exhibe encore  un mince vernis rappelant son heure de gloire,  donnant l’illusion que les affaires ont repris. La Silicon Valley, en revanche, offre un fort potentiel de rentabilité ; c’est un centre de créativité à l’ambiance décontractée, aux bâtiments et aux campus magnifiques, l’une des premières destinations touristiques au monde, fréquentée par des touristes venus du monde entier : une image inversée de la  Detroit industrielle de jadis. Puisque la motivation du capitalisme est le profit, il ne se considère pas responsable du sort des sans-abri, des travailleurs licenciés, des usines abandonnées ou des décharges de produits toxiques. On ne peut qu’imaginer à quoi ressemblera la Silicon Valley  quand l’empire USaméricain déclinera et que le centre du capitalisme se déplacera, probablement en  Chine.

Alors, comment allons-nous nous attaquer au problème des sans-abri aux USA ? À court terme, nous devons continuer d’essayer de leur trouver des hébergements d’urgence et soutenir  les associations locales qui y travaillent. De plus, pour citer Engels, nous devons considérer le problème des sans-abri dans la perspective plus large de la réalité politique et économique,  et le voir comme une conséquence inéluctable du capitalisme. À long terme, nous devons utiliser ce que nous savons de la manière dont le  capitalisme façonne l’économie, la culture et nos esprits, en nous organisant pour changer ce système et le remplacer par un système démocratique, durable,  enraciné dans la communauté, qui ait pour objectif la satisfaction des besoins des gens plutôt que le profit. Pour atteindre cet objectif, nous pouvons par exemple faire cause commune avec des campagnes ciblées (Black Lives Matter, les droits des femmes, la pauvreté, le changement climatique, la lutte contre l’impérialisme, la santé pour tous, les droits des peuples autochtones,  l’égalité pour les LGBT, les droits civiques, l’environnement, les syndicats, etc.), comme des étapes dans notre long et difficile combat pour abattre le capitalisme.

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.truth-out.org/news/item/42746-homelessness-one-of-capitalism-s-many-inevitable-products#15133331378811&action=collapse_widget&id=0&data=
Publication date of original article: 03/12/2017
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=22312

 

Tags: Question du logementSans-abriCapitalisme du désastreUSA
 

 
Print this page
Print this page
Send this page
Send this page


 All Tlaxcala pages are protected under Copyleft.