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 24/11/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
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 EUROPE 
EUROPE / Daphne Caruana Galizia: la caste dirigeante maltaise l’avait dans le collimateur, dit sa famille
Date of publication at Tlaxcala: 20/10/2017
Original: Daphne Caruana Galizia: Establishment was out to get her, says family

Daphne Caruana Galizia: la caste dirigeante maltaise l’avait dans le collimateur, dit sa famille

Jon Henley

Translated by  Jacques Boutard
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Les fils de la journaliste d'investigation parlent des précédentes tentatives d’assassinat contre leur mère, et expliquent pourquoi ils mettent sa mort sur le compte d’un «démantèlement de l’État de droit» à Malte

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La famille de Daphne Caruana Galizia affirme qu’elle savait depuis des années qu’elle était menacée Photo: AP

Rétrospectivement, ils savaient - peut-être depuis longtemps - que cela pourrait finir ainsi. Avec le recul, dit Matthew Caruana Galizia, les yeux rougis par l'émotion et le manque de sommeil, cela paraît évident. "Ce n'est pas un accident de parcours", dit-il. "C'est un aboutissement."

Dans la maison familiale, située dans le hameau de Bidnija, à une demi-heure de route de la capitale maltaise, La Valette, l’atmosphère est lourde de chagrin et de colère. La police garde l'entrée de l'allée de gravier et du portail en fonte qui donnent accès à  la maison.

Matthew, ses frères Andrew et Paul et leur tante Corinne sont assis sur le sofa et les vieux fauteuils qui entourent une grande table basse encombrée de tasses à café vides.

C'est une pièce chaude et confortable, pleine de la présence des gens ; un autre jour, vous pourriez admirer le panorama.

Mais dehors, en bas de la colline,  à quelques centaines de mètres de là, à peine visible depuis le bout de l’allée, une vaste tente bleu et blanc se dresse au milieu d'un champ. Des silhouettes en combinaison blanche passent  le sol alentour au peigne fin; la route qui longe le champ est fermée à la circulation et bordée de voitures et de fourgonnettes de la police.

La tente masque les restes de la Peugeot où  la mère des frères et sœur de Corinne, la journaliste d’investigation Daphne Caruana Galizia,   a été tuée lundi après-midi, dans une explosion si puissante qu'elle a mis la voiture en pièces et l’a propulsée dans le champ.

«J'étais assis à cette table, là-bas», raconte Matthew, lui-même un journaliste d'investigation gagnant du prix Pulitzer. « J'ai entendu l'explosion; les fenêtres ont tremblé, toute la maison a été secouée. J’ai su qu'elle était morte avant même de me lever de ma chaise. »

Daphne Caruana Galizia s'était fait beaucoup d'ennemis au cours des 30 années écoulées depuis qu'elle avait commencé à pourfendre dans ses écrits la corruption  qu’elle percevait au niveau le plus élevé des élites politiques, économiques et criminelles de Malte – qui, selon elle, ne faisaient qu’un, ou du moins étaient étroitement liées entre elles.

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Les experts de la police scientifique à la recherche d’indices après la mort de Daphne Caruana Galizia. Photo Darrin Zammit Lupi/Reuters

Ces dernières années, sur son blog très populaire,Running Commentary, elle avait attaqué le Premier ministre de Malte, Joseph Muscat, son chef de cabinet, Keith Schembri, et Konrad Mizzi, le ministre de l'Énergie de l'époque. Selon elle, des sociétés offshore, dans lesquelles ces trois hommes avaient des intérêts, étaient liées à la vente ─controversée et très lucrative─ de passeports maltais, et recevaient d'importants paiements de la part du gouvernement de l’Azerbaïdjan.

Mais ses attaques, parfois violentes, couvraient toute la gamme des malversations, de l’escroquerie et du favoritisme à  la corruption et au crime organisé, visant des politiciens (y compris de l'opposition), des banques qui apportaient leur concours au blanchiment d'argent et à l'évasion fiscale et des compagnies de jeux en ligne infiltrées par la mafia et des trafiquants de drogue.

Une grande partie de son travail – et de celui de Matthew - depuis l'année dernière avait porté sur les révélations des Panama Papers, une énorme fuite de documents secrets issus du cabinet d'avocats Mossack Fonseca. Mais bien avant cela, se souviennent ses  fils ,  on l’avait constamment harcelée et essayé de l’intimider.

« En 1996, la porte d'entrée a été incendiée", explique Andrew, qui travaille actuellement pour le service diplomatique maltais. « À la même époque, quelqu'un a tué le chien – on l’a égorgé et on a déposé son cadavre sur le seuil de la maison. Quelques années plus tard, c’est la voiture du voisin qui a brûlé; sa maison porte presque le même nom que la nôtre. »

L'attaque la plus grave avant la bombe mortelle de lundi a eu lieu en 2006. Paul, qui est maintenant chargé de cours à la London School of Economics, rentrait tard à la maison, vers deux heures du matin, quand il a vu « un immense  brasier,  juste à côté de la maison. Quelqu’un avait empilé deux gros tas de pneus de voiture, les avait remplis d’essence et y avait mis le feu. »

Paul est arrivé à la maison juste à temps pour arrêter le feu qui commençait à s'attaquer au bâtiment, et réveiller ses parents qui dormaient à l'intérieur, inconscients du danger. « C'était la première tentative vraiment sérieuse de s’en prendre à elle physiquement, » dit Paul. « Il est clair qu’on voulait brûler la maison, avec elle à l'intérieur."

Elle recevait des menaces de mort presque tous les jours, dit Matthew: « Elles ont marqué notre enfance. Des appels téléphoniques, des lettres, des notes épinglées à la porte. Puis, quand les téléphones mobiles sont apparus, des SMS. Et plus tard, bien sûr, des emails, des commentaires sur son blog. Sans parler des procès. Tant de procès ! »

Il y a eu «une tentative concertée de la ruiner financièrement», ajoute Andrew. « À Malte, on a tôt fait d’intenter un procès pour diffamation  et, rien que pour dire que vous la contestez - vous devez payer quelque chose comme  900€ au tribunal. Ils se sont attaqués à elle comme ça,  en foule, des hommes d’affaires, des politiciens, souvent assistés par des avocats étrangers. »

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Mercredi à Bruxelles des bougies sont allumées en mémoire de la Maltaise Daphne Caruana Galizia. Photo: Yves Herman/Reuters

Rien que cette année, dit Matthew, en comptant les noms sur ses doigts, « 15 - non, peut-être même 20 personnes » ont porté plainte pour diffamation contre sa mère. Un type, un riche homme d'affaires, "a déposé 19 plaintes, une pour chacune des phrases de l’un de ses articles".

Avec le soutien de leur père, son mari Peter, un avocat «complètement stoïque», Daphne Caruana Galizia a réussi à donner à ses fils «une enfance normale», explique Matthew. "Nous étions sa priorité, toujours", dit-il.

« Mais elle n’a jamais perdu sa capacité à s’indigner. Tout est là. Elle n'est jamais, jamais devenue cynique. En dépit de tout ce qu'elle savait sur tout ce qui est pourri dans ce pays, elle n'est jamais devenue cynique. » Et il y a des choses à Malte ─cette famille le sait bien maintenant─ qui sont vraiment totalement pourries.

Ils décrivent en détail les cas d'enquêtes abandonnées, de rapports supprimés : d'honnêtes fonctionnaires de la police et de la justice ont été menacés et des procédures annulées, sur ordre des politiciens.

« Dans ce pays, l’État de droit a été démantelé, dit Matthew. Des sociétés corrompues et criminelles se sont emparées de l’État. Les institutions ne fonctionnent pas. Il règne un climat d'impunité. »

Ces dernières années, Malte a été qualifiée de «repaire des pirates de l'évasion fiscale», pour avoir aidé des entreprises multinationales à se soustraire à près de 15 milliards d'euros d'impôts. La criminalité organisée, y compris la ‘Ndrangheta italienne, utilise l'une de ses principales industries - les paris en ligne, qui représentent 10 % du PIB de l’île -pour leblanchiment d'argent sale à grande échelle,  selon Europol.

La plus grande source de revenus du pays est maintenant maltais, qui coûtent 650 000 euros pièce, à de très riches étrangers. Au cours des 10 dernières années, le pays a été témoin de 15 homicides de type mafieux, dont cinq attentats à la voiture piégée au cours des deux dernières années. Tout cela dans un État membre de  l'UE, le plus petit.

La famille de Daphne n'est pas convaincue que sa mort y changera quoi que ce soit. "Il faudra que d'autres personnes prennent le relais", dit Matthew. "Une des causes de cette situation est que personne d'autre n'a rien fait. Les gens sont restés indifférents. Dans un pays normal, une défaillance de l'État serait reconnue, les institutions de la société civile se mettraient en branle et arrangeraient les choses. Mais ici,  qu'est-ce qui peut bouger? Ce n'est pas un pays normal. "

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L'épave de la voiture de Daphne Caruana Galizia. Photo: René Rossignaud / AP

À Malte, dit Paul, le Premier ministre nomme les magistrats, le commissaire de police, le ministre de la Justice et, conjointement, le procureur général. "C'est un problème institutionnel", dit-il. "Il n'y a pas de système approprié de contrôles. Ici, si le gouvernement ne veut pas faire l'objet d'une enquête, il ne fera pas l'objet d'une enquête".

C’est pourquoi ses fils disent que la mort de leur mère n'est pas une attaque isolée contre la liberté d'expression, mais un symptôme d'autre chose de bien plus vaste : c’est le fruit de tout un système. « Ces choses-là ne se produisent pas par accident », dit Andrew. « C’est une situation qu’on a laissé mûrir. Si un journaliste meurt, c'est parce que certaines personnes ne font pas le travail qu'elles sont censées faire. »

Corinne ajoute que d'autres personnes  se doivent d’intervenir maintenant. « Tout le monde - y compris d'autres journalistes, des médias qui gardent de grosses affaires sous le coude  - doit faire son travail. Malte est devenue un instrument très utile dans les mains des réseaux criminels internationaux, et la seule chose qui les gênait, c’était ma sœur, qui racontait la vérité à tout le monde. »

Bien sûr il est important que l'assassin de Daphne Caruana Galizia soit retrouvé. Mais, d'une certaine manière, dit Matthew, « ce n’est pas l’essentiel. Tant de personnes voulaient sa mort, et tant de gens en tirent profit. Les gens disent: ‘J'espère qu'on va trouver ces salauds.’ Mais nous savons où se trouvent ces salauds. Ils sont au gouvernement. Ils sont à la télé. Et tous sont en partie responsables. »





Courtesy of Tlaxcala
Source: https://www.theguardian.com/world/2017/oct/19/daphne-caruana-galizia-establishment-was-out-to-get-her-says-family
Publication date of original article: 19/10/2017
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=21872

 

Tags: Daphne Caruana GaliziaÉtat mafieuxParadis fiscauxÉvasion fiscaleVente de passeportsAzerbaïdjan-MalteCorruptionMalte'NdranghetaMafiasUErope
 

 
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