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 21/11/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 UNIVERSAL ISSUES 
UNIVERSAL ISSUES / La Russie s’engouffre dans la faille saoudo-iranienne
Date of publication at Tlaxcala: 14/10/2017
Original: Russia wades into Saudi-Iran rift

La Russie s’engouffre dans la faille saoudo-iranienne

MK Bhadrakumar

Translated by  Avic

 

La déclaration du vice-ministre russe des Affaires étrangères et émissaire du président pour le Moyen-Orient, Mikhaïl Bogdanov, proposant la médiation de Moscou pour un rapprochement entre Riyad et Téhéran, intervient au cours de la semaine de la rencontre du roi Saoudien Salman bin Abdulaziz avec le président Vladimir Poutine au Kremlin. Bogdanov était en visite à Rabat et visait probablement l’audience du Moyen-Orient. Il savait très certainement que c’était bientôt le week-end durant lequel le président US Donald Trump devrait annoncer une nouvelle stratégie d'endiguement de l’Iran.

Ronny Gordon

La remarque de Bogdanov profile la Russie comme un pacificateur unique au centre de la politique du Moyen-Orient. Jamais aucune grande puissance n’avait sérieusement joué avec une idée aussi alléchante. Mais dans quelle mesure cette idée est-elle réaliste ?

Un essai écrit par le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, dans le magazine Atlantic, a récemment donné un aperçu panoramique des relations troublées entre son pays et ses voisins. Le titre de l’essai résume bien sa thèse : L’ingérence étrangère a forgé un Moyen-Orient fracturé. Le cœur du problème est que la relation problématique entre l’Iran et l’Arabie Saoudite n’est pas une question «bilatérale» – et ne peut pas non plus être considérée comme une question de «réconciliation». D’autre part, l’Arabie Saoudite ne représente pas non plus les États arabes sunnites. Néanmoins, Bogdanov a également raison de dire qu’il serait plus facile de résoudre les problèmes brûlants du Moyen-Orient (comme la Syrie, l’Irak ou le Yémen) si l’Arabie Saoudite et l’Iran pouvaient travailler ensemble.

Zarif analyse avec brio les facteurs qui ont compliqué historiquement les relations entre l’Iran et ses voisins depuis la révolution islamique en 1979. Il faut avoir à l’esprit que le pétrole, c’est-à-dire  le contrôle du marché mondial du pétrole en tant que trame clé de la guerre froide, a été à la base de la géopolitique du Moyen-Orient au cours des sept dernières décennies. Nous avons tendance à oublier que les USA et leurs alliés régionaux ont incité Saddam Hussein à lancer la guerre de 8 ans contre l’Iran dans le seul but d’asphyxier la révolution islamique dont les idéaux de justice, de nationalisme, de politique étrangère indépendante, de résistance à la domination étrangère etc. et dont le chemin choisi, c’est-à-dire la gouvernance représentative? était perçu comme posant une menace existentielle à l’ordre établi. En fait, les sanctions US contre l’Iran remontent à cette période – bien avant que le pétard du programme nucléaire iranien ne soit allumé.

Autant dire que la faille irano-saoudienne ne peut être abordée que dans le cadre d’un processus régional. Zarif a écrit dans son article: «Pour parvenir à ce résultat, nous devrions mettre en place un mécanisme régional opérationnel … Nous pouvons commencer par un forum de dialogue régional … Naturellement, ce forum doit être basé sur le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique de tous les États; l’inviolabilité des frontières internationales; la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres; le règlement pacifique des différends; le refus des menaces ou de l’usage de la force; et la promotion de la paix, de la stabilité, du progrès et de la prospérité dans la région. Un forum basé sur ces principes pourrait éventuellement développer des accords de non-agression et de coopération sécuritaires plus formels entre toutes les parties».

Les pays de la région sont-ils prêts pour un tel processus régional? En effet, l’Iran et l’Arabie Saoudite seront-ils véritablement disposés à se considérer comme des égaux parmi d’autres ? Quelle est la garantie que les puissances extérieures restent en retrait quand le Moyen-Orient sera devenu une arène où des tensions se déroulent entre les acteurs régionaux ? Il n’y a pas de réponses faciles.

En tout état de cause, même avec l’avènement du pétrole de schiste, l’importance du Moyen-Orient restera au cœur de la stratégie US, compte tenu du rôle crucial du recyclage des pétrodollars pour le système financier occidental. Par conséquent, le scénario actuel est plutôt sombre, car il est très improbable que les USA autorisent l’Iran à normaliser ses relations avec les États du Golfe, puisque cela remettrait inévitablement en cause la raison d’être des bases militaires US dans la région où environ 45000 soldats US sont actuellement déployés. Les USA sont sûrs de continuer à alimenter les peurs ataviques des États arabes sunnites. L’Arabie Saoudite, après tout, est de loin le plus grand marché pour les fabricants d’armes US.

Ce qui serait peut-être possible, c’est un accommodement mutuel entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, qui pourrait aider à calmer certains des «points chauds» – comme dans le cas de l’accord de Taëf mettant fin à la guerre civile au Liban. Bien sûr, il reste possible que le sujet de la normalisation saoudo-iranienne ait figuré dans les pourparlers entre le roi Salman et le président russe Vladimir Poutine la semaine dernière. Immédiatement après la visite de Salman en Russie, Bogdanov avait reçu en Russie, vendredi dernier, l’ambassadeur iranien Mehdi Sanaei. Le communiqué de presse du ministère russe des Affaires étrangères a déclaré :

Les deux diplomates ont échangé des avis sur les développements au Moyen-Orient en mettant l’accent sur les questions relatives à un règlement syrien, notamment à la lumière des résultats de la 6ème Réunion internationale sur la Syrie à Astana. Les deux responsables ont confirmé l’importance de maintenir une interaction étroite et une coordination entre Moscou et Téhéran sur l’agenda régional, aussi bien bilatéral que multilatéral.

Certes, la dynamique du pouvoir au Moyen-Orient change rapidement. (Téhéran et Riyad ont baissé d’un ton leur rhétorique ces derniers temps.) Le Moyen-Orient a une histoire pleine de rebondissements.






Courtesy of Réseau international
Source: http://blogs.rediff.com/mkbhadrakumar/2017/10/12/russia-wades-into-saudi-iran-rift/
Publication date of original article: 12/10/2017
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=21800

 

Tags: Russie-Iran-USAoudie
 

 
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