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 25/07/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 ABYA YALA 
ABYA YALA / Venezuela 2017 : navigation à vue entre de nombreux écueils
Date of publication at Tlaxcala: 06/05/2017
Original: Venezuela 2017: One day, and several threats, at a time
Translations available: Español  Italiano 

Venezuela 2017 : navigation à vue entre de nombreux écueils

Supriyo Chatterjee সুপ্রিয় চট্টোপাধ্যায়

Translated by  Jacques Boutard
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Au cours des quatre années qui ont suivi la mort d'Hugo Chavez en mars 2013, la révolution bolivarienne au Venezuela a vieilli prématurément. L'enthousiasme du peuple vénézuélien a laissé place à un climat morose. Quand les avis divergent sur le point de savoir à quoi ou à qui revient la faute, la ferveur révolutionnaire ou la haine viscérale du « régime » laissent la place à l'apathie et à la lassitude résignée.

Le pays ressemble à ces anciens alcooliques heureux (ils étaient nombreux à l'époque où la bière était bon marché) qu'on a soudain privés de leur bibine : c'est du moins l'impression que j'ai eue pendant mon récent séjour là-bas. La chute des prix du pétrole a provoqué une récession économique ; l'abondance des années Chavez est révolue, et les Vénézuéliens se sont résignés au fait que cette époque ne reviendra plus jamais.

Il reste très peu de choses des signes extérieurs de la vie politique, que ce soient des affiches, des banderoles ou des graffiti ; c'est comme si la politique n'avait plus sa place dans la rue. Les conversations qui se terminaient autrefois en débats politiques tournent aujourd'hui principalement autour de la recherche de pain, de sucre ou de maïs, où les trouver et à quel prix. Il y a des queues devant les supermarchés, mais moins qu'auparavant d'après ce qu'on m'a dit, et les vendeurs du marché noir, qu'on appelle ici les « bachaqueros », vendent leur marchandise sur des étals installés sur les trottoirs, affichant leurs prix sans aucune crainte de l'autorité.

Les rayons sont pleins dans les magasins haut-de-gamme, sauf ceux des produits essentiels, produits alimentaires et d'hygiène. Les paquets de blé ou de maïs précuits sont rares, mais pas les biscuits ou les chips fabriqués à partir de ces ingrédients. Le pain est difficile à trouver mais les boulangeries regorgent de gâteaux et de desserts, fabriqués avec la même farine importée et fournie par l'État. Ce qu'on ne trouve pas dans les magasins, on le trouve juste à l'extérieur, sur l'étal des bachaqueros, qui travaillent souvent main dans la main avec les propriétaires des magasins.

L'énorme infrastructure du marché parallèle est entretenue par les pénuries et les distorsions économiques créées par les monopoles privés de distribution, qui utilisent leur puissance pour détruire la révolution, par la corruption des fonctionnaires et la participation d'une fraction des pauvres qui se nourrissent sur le dos d'autres pauvres. L'État fixe les prix des denrées alimentaires, des produits d'hygiène et des médicaments essentiels, qui sont ensuite écoulés en contrebande, sur une échelle industrielle, dans les pays voisins, principalement la Colombie.

Dans la pratique, l'économie du Venezuela a été dollarisée. Les taux sont fixés à Miami ou en Colombie, et le secteur privé les manipule pour faire grimper les prix à son gré. Le cours parallèle du dollar est un outil puissant pour saper la révolution, en déstabilisant l'économie presque heure par heure et en frappant les pauvres et la classe moyenne, qui avaient vu leur sort s'améliorer grâce à la révolution, en espérant les tourner contre le gouvernement.

L'État a généreusement augmenté les salaires et revenus minima, bien que cela ait été insuffisant pour compenser l'inflation galopante : la plupart des marchandises coûtent cent fois plus qu'il y a cinq ans. Une fois par mois, l’État vend à des prix raisonnables une quantité limitée de denrées alimentaires essentielles à quelque six millions de familles, et même dans les quartiers essentiellement peuplés d'opposants, on attend impatiemment les livraisons, avant de se plaindre qu'on les soumette à la honte d'un rationnement à la cubaine.

Les colis alimentaires mensuels que le gouvernement distribue aux familles à des prix abordables par l'intermédiaire des Comités Locaux pour l'Alimentation et la Production (CLAP) Photo Telesur 

Dans la mesure où les salaires n'arrivent pas à suivre l'inflation, le niveau de vie baisse et c'est maintenant l'émigration qui tient lieu de ruée vers l'or pour les Vénézuéliens, qui cherchent du travail partout où il est payé en dollars US, dans l'espoir de retrouver leur aisance passée une fois rentrés chez eux. Au terminal de l'aéroport, j'ai discuté avec un ingénieur ferroviaire qualifié qui m'a dit, en retenant ses pleurs, qu'il partait en République Dominicaine avec un visa de tourisme, dans l'espoir d'y trouver un travail manuel et revendre ses dollars sur le marché noir au Venezuela pour faire vivre sa jeune famille qu'il était obligé de laisser derrière lui. Ils sont nombreux dans son genre, ces travailleurs qualifiés devenus vendeurs à la sauvette (ou même prostitués) qui errent dans les rues de Panama, de Bogota ou de Lima, essayant d'échapper à la police et essuyant les insultes des autochtones et des fonctionnaires de l'immigration. Dans toute son histoire, le Venezuela a toujours été un pays extraordinairement accueillant pour tous les immigrants, qu'ils viennent d'Europe, d'Amérique Latine ou du Moyen Orient. Maintenant ce sont eux qu'on traite comme de la racaille.

Je n'ai trouvé que peu de magasins fermés, bien que les habitants m'aient dit que beaucoup de petites entreprises ont dû déposer le bilan. Dans les rues, on voit surtout des voitures récentes, de même que des autobus, dont le nombre et les itinéraires semblent avoir grandi, et qui sont propres, pas chers et bien gérés. L'essence et l'électricité sont pratiquement gratuites, et les Vénézuéliens en sont toujours aussi peu économes. L’État a construit un nombre record de logements, 1,6 million à ce jour malgré la récession économique, et on en voit  dans toutes les villes. Le Venezuela a atteint l'objectif de 100% de couverture médicale de base pendant mon séjour. Il m'a semblé qu'il y avait moins de gens obèses, et j'ai constaté la présence de quelques mendiants, de SDF et d'enfants des rues, qui avaient presque entièrement disparu à la fin des années Chavez. Il arrive que les pauvres manquent de nourriture, mais il n'y a pas de famines de grande ampleur.

Comme par le passé, la crainte de la criminalité est forte, surtout des agressions, mais j'ai constaté qu'il y avait beaucoup de voitures dans les rues jusque tard dans la nuit, et, dans les petites villes et les villages, il n'est pas rare que les gens dorment en laissant leurs portes ouvertes. Je n'ai pas remarqué de fort soutien pour l'opposition ni de grande confiance dans ses dirigeants. Les opposants préfèrent envoyer leurs enfants à l'étranger plutôt que sur les barricades. Dans toutes les familles que j'ai rencontrées il y avait des pro-Chavez et des partisans de l'opposition, et elles semblaient rester unies malgré leurs divergences et les piques occasionnelles à caractère politique. Les habitants ont appris à éviter les endroits chauds, mais le matin, quelques briques, des traces de pneus brûlés et du verre brisé témoignent d'une violence nocturne presque rituelle.

L'opposition veut brûler les votes qui ont élu Maduro. Dessin d’ Eneko

La révolution vénézuélienne est sur la défensive. Menacée qu'elle est par la baisse des ressources et l'hostilité internationale, elle essaie de survivre au jour le jour et à de nombreuses menaces. L'autorité de l' État a été sérieusement affaiblie. Chavez était imprévisible pour ses ennemis et infaillible pour ses partisans. Nicolas Maduro n'est ni l'un ni l'autre. Même le plus ardent chaviste admet que la révolution pourrait perdre les prochaines élections, mais l'opposition, avec sa furie impitoyable et génocidaire, les terrifie, eux et les non-engagés. Si le chavisme perd, il est probable qu'il y aura un bain de sang. S'il parvient à se maintenir au pouvoir d'une manière ou d'une autre, le Venezuela aura peut-être une autre chance de se reconstruire en tant que nation post-pétrolière. Pour l'instant, ce n'est pas certain, et personne ne saurait prédire de façon sûre quelle direction le pays va choisir.





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://tlaxcala-int.org/article.asp?reference=20421
Publication date of original article: 05/05/2017
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=20426

 

Tags: VenezuelaRévolution bolivarienneChavismeSocialisme du XXIème siècleMaduroRécession économie pétrolièrePénurie organiséeDollarisationOpposition de droiteAbya Yala
 

 
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