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 20/08/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 USA & CANADA 
USA & CANADA / Les USA commettent des actes terroristes – pourquoi est-ce si difficile à comprendre ?
Date of publication at Tlaxcala: 01/05/2017
Original: USA commits acts of terrorism-Why is that so hard to understand?

Les USA commettent des actes terroristes – pourquoi est-ce si difficile à comprendre ?

Vijay Prashad

Translated by  L`Histoire est à nous
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Quand l’USAmérique bombarde, c’est rationnel. Quand d’autres pays menacent de le  faire, on crie au terrorisme

Il y a quelques années, j’ai demandé à un officier retraité de l’armée de l’air irakienne ce que ça lui avait fait d’être régulièrement bombardé par les USA dans les années 90. On avait l’impression, ai-je dit en plaisantant, que chaque fois que le président US Bill Clinton se sentait irrité, il bombardait l’Irak. L’officier, un homme brillant avec une longue carrière au service d’une armée dont il méprisait la hiérarchie politique, a souri. Il a alors dit avec une grande légèreté : « Quand notre hiérarchie disait quelque chose de menaçant, ces mots eux-mêmes étaient considérés comme des actes terroristes ; quand les USA bombardent, le monde ne cille même pas ».

Pour moi, c’est là une affirmation pleine d’intuition.

Espèce de maboul ! - Dessin de Matt Wuerker

J’y ai repensé en regardant le défilé militaire à Pyongyang (en Corée du Nord) célébrant la naissance de Kim Il-sung. L’imagerie de la télévision nord-coréenne était grandiloquente – l’immense place Kim Il-sung était bondée de soldats alors que l’arsenal colossal de la Corée du Nord défilait sous les yeux de ses dirigeants. Sur Twitter, des experts amateurs en armements passaient en revue tel missile sous-marin ou tel missile transcontinental. C’était une performance époustouflante à regarder en sentant la tension des médias occidentaux à l’idée que les Nord-Coréens pourraient déclencher une attaque contre n’importe qui, n’importe où. Les observateurs occidentaux se sont répandus en commentaires face à ce spectacle, échafaudant des théories fantaisistes à partir de ce qu’on leur donnait à voir. C’est le goût de la guerre, semble-t-il, qui s’exhibait ici.

C’est toujours « l’État voyou » qui est une menace pour l’ordre mondial – ici l’Irak, là la Corée du Nord. Et dans cet « État voyou », c’est toujours le dictateur qui dirige l’ensemble de cette monstruosité. Le ton est à la raillerie avec Kim Jung-un comme avec Saddam Hussein. Ces hommes n’ont aucun goût : Saddam avec sa moustache disco m'as-tu-vu et ses uniformes militaires anachroniques et Kim avec sa coupe de cheveux new-wave et son rire bizarre et disproportionné. Ils suintent la menace – ça les démange d’attaquer et la seule chose qui les retient est le rôle démocratique des USA, qui sanctionne les pays jusqu’à les affamer ou patrouillent dans leurs eaux territoriales avec d’immenses navires de guerre pour les intimider et les pousser à se rendre. Mais les USA ne sont pas une menace. Ils sont seulement là pour s’assurer que les vraies menaces – l’Irak hier et la Corée du Nord aujourd’hui – sont tenues en échec.

Le responsable, en d’autres termes, est toujours le Despote oriental.

La modalité de la pensée aux USA est l’amnésie. L’ignorance quant à l’histoire de leurs propres guerres est désormais générale. Il paraîtrait étrange de demander pourquoi les Nord-Coréens se sentent menacés de façon si tangible par les USA. Bizarre de rappeler que ce sont les USA qui ont sauvagement bombardé la Corée du Nord dans les années 50, ciblant ses villes et ses bourgs aussi bien que ses fermes et ses barrages. Les données sont incontestables. Les USA ont largué 635 000 tonnes de bombes sur la Corée du Nord. Ceci inclut 32 557 tonnes de napalm – arme chimique par excellence. À titre de comparaison, il convient de rappeler que pendant la deuxième Guerre Mondiale dans toute la zone du Pacifique, les USA ont largué « seulement » 503 000 tonnes de bombes. En d’autres termes, les USA ont lâché plus de bombes sur la Corée du Nord pendant la mal nommée « guerre limitée » qu’ils n’en ont largué dans la totalité de leurs combats contre le Japon pendant la deuxième Guerre Mondiale. Trois millions de Coréens sont morts dans cette guerre, la majorité au Nord.

La Corée du Nord n’a jamais agressé les USA.

Le Professeur Charles Armstrong de l’université de Columbia, l’un des meilleurs experts de la guerre de Corée et de la Corée du Nord, écrit que la campagne de bombardement US contre la Corée du Nord « plus qu’aucun autre facteur, a donné à la Corée du Nord un sentiment collectif d’anxiété et de peur des menaces extérieures, qui continuera bien après la fin de la guerre ». En fait, cette anxiété et cette peur persistent encore aujourd’hui. Il est facile de critiquer l’attitude de la Corée du Nord en disant que c’est un lavage de cerveau gouvernemental. Mais si l’on regarde sérieusement l’histoire contemporaine du Nord et la dévastation causée par les bombardements US des années 50, alors on s’interrogera non pas sur le lavage de cerveaux en Corée du Nord mais sur le lavage de cerveaux aux USA.

Imaginez ce que cela a dû être en Corée du Nord d’entendre qu’un nouveau groupe aéronaval US – l’USS Carl Vinson et son escorte – croisait en mer du Japon pour rejoindre des vaisseaux de la flotte japonaise ? Cela a dû leur faire froid dans le dos d’entendre le président US Donald Trump dire que Kim Jong-un « ferait mieux de se tenir » (« gotta behave »), l’expression idiomatique « gotta » prenant toute sa portée dans la version audio, où Trump la prononce de façon particulièrement menaçante. S’ils ne se tiennent pas bien, fait-il comprendre en grognant, alors les missiles de croisière de l’ USS Carl Vinson et la MOAB (Mother of all bombs) sont prêts.

Il n’est pas étonnant que le vice-ministre des Affaires étrangères de la Corée du Nord, Han Song-ryol, ait dit à la BBC que si les USA violaient la souveraineté de la Corée du Nord, alors, cela conduirait à « la guerre totale ». Plus effrayant encore, il a dit : “si les USA planifient une attaque militaire contre nous, nous réagirons avec une frappe nucléaire préventive selon nos style et méthodes propres ». Ces déclarations – à la lumière de l’histoire de la Corée du Nord – sonnent moins comme des menaces belliqueuses que comme des menaces pour survivre. Les Nord-coréens ne sont pas idiots. Ils regardent en direction de l’Afrique du Nord et ils voient la Libye, qui avait renoncé à son programme nucléaire à ses risques et périls. C’est le bouclier nucléaire qui les protège et ils le brandiront ostensiblement aussi souvent que possible. Dans n’importe quel combat réel, la Corée du Nord serait pulvérisée. Et elle le sait. Mais elle sait aussi que c’est sa seule armure.

Cette idée que le Mal est toujours mauvais et que le Bien est toujours bon refait surface avec une régularité prévisible. Les « États voyous » sont toujours mauvais. C’est une tautologie. Quand ils « tuent leur propre peuple », c’est encore pire. Cela a été la norme pour la Syrie de Bachar El Assad. Ce qui le rend encore pire, disent les experts des médias US et la classe politique, c’est qu’il « tue son propre peuple ». L’attaque chimique au Sud d’Idlib est le dernier exemple en date de sa duplicité. Les enquêtes ne servent à rien. C’était une évidence pour les médias et la classe politique en Occident que seul Assad a pu autoriser une telle attaque. C’est un scénario qui se passe d’explications. Quelques associations d’idées suffisaient : attaque chimique, enfants, et Assad. Des détails supplémentaires n’étaient pas nécessaires.

Ce fut plus complexe quand les « rebelles » ont bombardé un convoi qui quittait les villes assiégées d’El Foua et Kfraya, dans la périphérie d’Alep, tuant au moins 126 personnes, dont environ 80 enfants. Ce n’était pas Assad qui avait commis ces attaques, mais les « rebelles », ce qui rend subitement l’indignation hors de saison. Il n’y a pas eu d’indignation en effet, quand l’aviation US a tué 30 civils le lundi 17 avril dans une série de bombardements sur le village d’El Bukamal, près de Deir az-Zor dans l’Est de la Syrie. Trois maisons ont été rasées par l’aviation US et des civils – y compris des enfants – de six familles ont été tués. Il n’y a pas eu de hauts cris, pas de dénonciation des USA au Conseil de Sécurité, pas de hashtag, pas de campagne médiatique pour que les USA agissent contre les responsables. Ivanka Trump ne s’est pas précipitée chez son père avec des photos des enfants morts, réveillant en lui une conscience dont bien peu soupçonnaient l’existence. Dans au moins un des cas, ce sont les USA qui ont commis la tuerie. Ces tragédies ont été reçues dans l’indifférence.

J’ai parcouru les USA ces dernières semaines, pour parler de mon livre – La mort de la nation et le futur de la révolution arabe (The Death of the Nation and the Future of the Arab Revolution). À chaque événement, quelqu’un pose la question honnête et sincère : « Que pouvons-nous faire pour la Syrie ? ». Ce que cette question implique, me semble-t-il, c’est que les USA ne font rien à propos de la Syrie et qu’ils sont capables d’intervenir d’une façon utile dans ces conflits. Dans cette question, il n’y a aucunement l’idée que les USA sont déjà un acteur ici, et sont bien souvent les responsables de ces tragédies, à cause de l’inquiétude que les menaces de Washington produisent de la Corée du Nord à l’Iran. On ne semble pas conscient ici ce sont les USA qui ont vendu – avec d’immenses profits – des armes à toutes les parties prenantes de ces conflits, enflammant les rivalités avec ce surcroît d’armements. On y trouve encore moins la conscience que les USA ont bombardé la Syrie presque huit mille fois, avec à leur compte nombre de victimes civiles. On se regarde soi-même sous un jour innocent. Un peu plus d’indignation vis-à-vis des actions US, et non de l’inaction US, voilà qui pourrait aider à faire avancer un mouvement anti-guerre.

La déclaration de l’officier irakien devrait être très parlante pour un citoyen US. Ou, au moins, elle pose la question de savoir qui est la vraie menace et pourquoi les actions guerrières des USA ne sont pas considérées comme le plus grand danger pour la planète. C’est facile de penser que ce sont « eux » qui sont un problème – les « États voyous » qui semblent perçus comme génétiquement prédisposés à être de dangereux lunatiques. Ce qui est bien plus difficile à accepter, c’est que c’est la violence historique des USA contre la Corée du Nord ou la malveillance qui sévit en Asie occidentale est la source de la grande dévastation qui déchire la planète.

 





Courtesy of L'Histoire est à nous
Source: http://www.alternet.org/world/america-worlds-biggest-terrorist-organization-why-so-hard-understand
Publication date of original article: 19/04/2017
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=20385

 

Tags: Impérialisme USRPDCIrakSyriePropagande de guerreDeux poids deux mesures
 

 
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