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 28/06/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 UNIVERSAL ISSUES 
UNIVERSAL ISSUES / Moi aussi, j'ai été stigmatisée comme ennemie de l'État
Date of publication at Tlaxcala: 07/02/2017
Original: I, Too, Was Branded an Enemy of the State
Translations available: Español  Italiano 

Moi aussi, j'ai été stigmatisée comme ennemie de l'État

Ana Camusso

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Me rappelant le départ précipité de notre bien-aimée Argentine libérale, je pense à Yakoub Abou Al Kiyan partant dans sa voiture, peut-être pour éviter de voir sa maison à nouveau détruite.

 

Une des maisons démolies dans le village bédouin d'Umm al-Hiran, où Yakoub Abou al-Kiyan a été tué le 18 janvier 2017. Photo Eliyahu Hershkovitz

J'étais adolescente quand j'ai compris que mon pays nous avait étiquetés, ma famille et moi, comme ennemis. Même si personne ne nous a effectivement montrés du doigt et l'a dit, c'était si clair que pendant un an, j'ai été forcée d'errer de maison en maison, à la recherche d'un refuge.

Le régime militaire en Argentine a été soutenu par une grande partie de la population, et beaucoup lui ont offert leurs services pour aider à détruire complètement la démocratie du pays, qui était déjà fragile. Le soutien principal est venu de l'oligarchie et des médias, qui ont aveuglément accepté tous les mensonges du régime. Pour eux, des gens comme mes parents représentaient les forces du mal. Ils ont été dépeints comme des agents de gouvernements étrangers, complotant pour transformer l'Argentine en un état communiste et laïque.

Cette idée absurde a été inventée par la junte qui a pris le pouvoir et un nombre incroyablement grand de gens l'ont cru. La junte représentait l'Église et les riches hommes d'affaires. Ils avaient beaucoup de privilèges et ils n'étaient pas prêts à les abandonner.

Mes parents étaient des intellectuels libéraux, et peut-être plus que cela: ils étaient des gens qui cherchaient à changer le monde et étaient imprégnés d'un zèle révolutionnaire, mais ils n'ont jamais été officiellement membres d'un parti politique. Malgré cela, ils ont été forcés de payer un prix lourd pour leur vision du monde humaniste.

Buenos Aires, Argentine, 30 mars 1982

Le régime a pris progressivement le contrôle des universités. Quand ma mère est arrivée un jour à son poste de chargée de cours, on lui a refusé l'entrée. Je me souviens comment elle est rentrée à la maison avec des larmes aux yeux et avait du mal à nous dire ce qui s'était passé. Notre situation financière a empiré jusqu'à ce que nous nous retrouvions finalement sans rien. Mes parents ont essayé de s'en sortir en donnant des cours particuliers, mais c'était très difficile.

Un jour, un ami de ma sœur est venu à la maison et a dit que nous devions partir immédiatement. Quelqu'un avait apparemment dénoncé mon père. Nous étions tous dans la voiture en quelques minutes. Je ne pense pas que mes parents imaginaient alors qu'il faudrait des années avant que nous puissions retourner à la maison.

À partir de ce moment-là, j'ai arrêté d'aller à l'école. Nous sommes passés d'une cachette à l' autre. Ma mère voulait rentrer à la maison pour prendre quelques articles, mais une amie qu'elle a rencontrée l'a prévenue de ne pas approcher de la maison parce qu'elle était pleine de soldats. Les soldats ont incendié la magnifique bibliothèque de mes parents et ont transformé la maison en un lieu d'interrogatoire et de torture. Mes amis ont cessé de m'appeler. Les gens avaient peur de nous approcher. C'était un temps où tout le monde avait peur de tout le monde.

En quelques jours, nous avons quitté notre bien-aimée et libérale Argentine. Toute ma vie j'ai essayé, sans succès, d'oublier cet horrible départ en autobus de Buenos Aires. Même si c'était le matin, je me souviens de tout comme plongé dans l'obscurité. Au début, je pensais que ce souvenir était influencé par mon triste état d'esprit, mais ensuite je me suis rappelé, idiote que j'étais, que c'était à cause des vitres teintées du bus. À travers celles-ci  tout semblait vague, terne, comme des images d'un polar ou d'un cauchemar, comme on était mort et arrivé dans un monde différent. Comme si on était en train de quitter une ville fantôme.

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_15308.jpg

Umm al-Khiran, Palestine, 18 janvier 2017

Je pense à Yakoub Yakoub Abou Al Kiyan partant dans sa voiture, peut-être pour éviter de voir sa maison à nouveau détruite, comme elle avait été détruite tant de fois déjà. Il était entouré de brouillard matinal, de soldats et de policiers. Je pense à sa famille, une fois de plus sans abri. Aux  enfants restés sans rien. Aux citoyens arabes du pays, que le régime a décidé d'étiqueter comme l'ennemi.





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.768656
Publication date of original article: 01/02/2017
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=19850

 

Tags: Yakoub Moussa Abou Al KiyanUmm Al-HiranVillages bédouins non reconnusNéguevOccupation sionistePalestine/IsraëlArgentineJunte militaire argentineRépression
 

 
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