TLAXCALA تلاكسكالا Τλαξκάλα Тлакскала la red internacional de traductores por la diversidad lingüística le réseau international des traducteurs pour la diversité linguistique the international network of translators for linguistic diversity الشبكة العالمية للمترجمين من اجل التنويع اللغوي das internationale Übersetzernetzwerk für sprachliche Vielfalt a rede internacional de tradutores pela diversidade linguística la rete internazionale di traduttori per la diversità linguistica la xarxa internacional dels traductors per a la diversitat lingüística översättarnas internationella nätverk för språklig mångfald شبکه بین المللی مترجمین خواهان حفظ تنوع گویش το διεθνής δίκτυο των μεταφραστών για τη γλωσσική ποικιλία международная сеть переводчиков языкового разнообразия Aẓeḍḍa n yemsuqqlen i lmend n uṭṭuqqet n yilsawen dilsel çeşitlilik için uluslararası çevirmen ağı la internacia reto de tradukistoj por la lingva diverso

 28/03/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 UNIVERSAL ISSUES 
UNIVERSAL ISSUES / La politique nostalgique de la gauche : arrêtons de glorifier le passé et luttons pour la révolution
Date of publication at Tlaxcala: 03/02/2017
Original: The Left Politics of Nostalgia: Against Romanticizing the Past, Towards Fighting for Revolution

La politique nostalgique de la gauche : arrêtons de glorifier le passé et luttons pour la révolution

Panos Theodoropoulos Πανος Θεοδωρόπουλος

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Quand Donald Trump parle de «rendre sa grandeur à l'Amérique», lorsque Marine Le Pen et Aube Dorée évoquent une ère révolue de pureté ethnique, et quand Nigel Farage parle des ouvriers britanniques qui se sentent menacés par l'érosion supposée de la cohésion communautaire, Ils font appel à la politique de la nostalgie, qui a fait l'objet de beaucoup d'analyses. Ils font appel à l'image mythifiée d'une nation solidaire et ethniquement pure où les gens «connaissaient leur place», la sexualité et les femmes étaient «réfrénées» et le paysage social général était organisé autour de ce que nous appelons en Grèce "la nation, la religion et la famille". Bien sûr, un tel endroit n'a jamais existé, et si ça avait été le cas, selon les mots de Bakounine, «il faudrait l'abolir». Ceux d'entre nous qui nous positionnons sur l'éventail politique gauche / radical / anarchiste ont coutume de répondre à ces arguments en disant que "l'Amérique n'a jamais été grande", mettant en évidence les réseaux complexes de structures et de mentalités oppressives qui existaient et déconstruisant ainsi cette image proposée de sérénité et de tranquillité. Notre réponse est que nous ne voudrions pas «retourner» à ce passé; en exposant ses éléments constitutifs, nous soulignons le classisme, le racisme, le sexisme et l'hétéronormativité qui se cachent derrière la nostalgie de la droite.

Pourtant, ne sommes-nous pas nous-mêmes victimes d'une nostalgie? Une nostalgie qui est une réponse à la panique devant le constat d'être soudainement sur la touche, à l'accablement devant les progrès rapides de la droite après une longue période où nous pensions que le changement radical était imminent ? Mon expérience de participant aux mouvements anarchistes, de travailleurs et antiracistes / antifascistes au Royaume-Uni et la lecture de diverses sources me montrent que nous le sommes. Cela est dangereux car, en introduisant et en utilisant une scission conceptuelle entre «maintenant» et «à l'époque», les mouvements et les auteurs ignorent les forces structurelles et culturelles sous-jacentes qui ont alimenté les développements récents et se ruent avec myopie vers un "changement"qui n'est pour l'essentiel qu'une régression. Cette tendance peut être observée dans trois cas, deux dont j'ai une expérience directe (post-crise la Grèce d'après-crise et le Royaume-Uni post-Brexit) et le troisième, qui s'est retrouvé récemment retrouvé sous les feux de la rampe : les USA de Trump et le renforcement général de l'extrême droite en Occident. Il existe des différences importantes entre les groupes de gauche que je n'aborderai pas ici, mais je me concentrerai sur les tendances générales que j'ai vues dans les discours traversant de nombreuses organisations différentes plutôt que sur des cas spécifiques.

La crise financière de 2008 a déclenché une pléthore d'effets négatifs très analysés qui ont imprégné les sphères de l'économie, de la politique, de la culture et de la résistance. Les mouvements qui ont surgie en Grèce en réponse à l'austérité ont été par moments massifs, militants et théoriquement innovants. La partie radicale de la gauche a produit une analyse (l'œuvre de Lapavitsas en est un bon exemple) qui a souligné les tendances à long terme qui ont donné lieu à la crise économique et dissipé le mythe selon lequel c'était quelque chose de «soudain» et d'«inévitable». L'accent a été mis sur la revendication d'une récupération de la capacité de dévaluer la monnaie en sortant de la zone euro et les débats tournaient autour du dilemme maintenant célèbre l'euro ou la drachme. Pourtant, les discussions économiques rigoureuses dans l'ensemble de la gauche n'ont pas été complétées par des investigations aussi visionnaires sur le rôle de l'État et les possibilités émergentes de démocratie locale autonome. Au contraire, une partie importante des propositions de gauche ont préconisé un retour à la social-démocratie, avec un contrôle national (et pas immédiatement social) fort de l'économie sous un régime qui serait cette fois «plus» démocratique. Cela a permis à la politique de la nostalgie de devenir une importante force mobilisatrice dans les courants de gauche plus traditionnels. En déconnectant l'économique du politique, le «que faire» du «comment le faire», le chemin a été pavé pour SYRIZA tel qu'il est aujourd'hui. En parlant à de nombreuses personnes dans les mouvements, elles ont souvent exprimé l'espoir de «revenir» à avant l'austérité, manifestant une nostalgie de l'époque avant 2008. De fait, SYRIZA a canalisé des réminiscences du vieux parti social-démocrate traditionnel PASOK, une tendance qui a augmenté au fur et à mesure qu'il approchait d'une victoire électorale.

Des auteurs et théoriciens sont depuis lors arrivés à l'opinion (souvent proposée dans Roarmag.org) que l'austérité est devenue inséparable de l'État moderne, ne relevant pas d' un choix politique, mais d'une nécessité d'opérer sous les contraintes d'un système capitaliste mondial de plus en plus polarisé. Se débarrasser de l'austérité exige beaucoup plus qu'un simple changement de gouvernement. Pourtant, ce point de vue a été précisément celui qui ne l'a pas emporté, et l'espoir apolitique, sans analyse (désormais hégémonique) de parvenir à un changement dans le cadre contraignant de l'UE et de l'euro sous l'autorité traditionnelle de l'État a culminé avec l'accession de SYRIZA au pouvoir. C'est l'incarnation vivante de ce que je décris comme la «nostalgie de gauche». Les résultats souhaités sont isolés des processus qui ont donné lieu aux problèmes qu'ils visent : dans le cas de la Grèce, le refus de sortir de la zone euro et de l'UE, combiné avec une acceptation acritique de l'État comme sauveur, a permis à la Nostalgie plutôt qu'à la Vision de devenir l'un des principaux moteurs de la mobilisation. Le but est devenu, non pas d'avancer, mais de revenir à une vision du passé à travers des lunettes roses et des solutions simples ont été proposées pour des problèmes complexes.

Le Royaume-Uni a subi un processus semblable d'austérité, qui a toutefois abouti à la victoire d'une droite de plus en plus dopée. Le vote en faveur du Brexit était une manifestation de doléances à long terme, profondément enracinées et contradictoires, alliées avec des préoccupations à la fois racistes et anticapitalistes. La campagne du Lexit [menée par des organisations de gauche pour une sortie "de gauche" de l'UE, NdT] commet de sérieuses réductions et abstractions théoriques en célébrant sans critique le Brexit comme une victoire, et des erreurs analogues sont répétées par la gauche libérale qui déplore la «spirale soudaine de racisme». Ce cliché bavard est dominant: un matin, les gens se sont réveillés et ont soudainement découvert qu'ils vivaient dans une société raciste. C'était comme de la magie: il a suffi d'un référendum. Depuis l'été dernier, dans de nombreux espaces de gauche on peut entendre et lire sur cet événement retentissant et sur la façon dont tout un chacun est effrayé, triste, déçu et «a honte pour son pays». Comme s'il n'y avait pas eu de racisme avant le Brexit. Comme si l'exploitation, la marginalisation et la violence n'étaient pas des expériences régulières de travailleurs immigrés (y compris ceux de l'UE) avant le Brexit. Comme si l'EDL [Ligue de défense anglaise, fachos], le BNP [Parti national britannique, fachos], l'Action nationale [nazis], Prevent [volet "prévention" du programme antiterroriste Contest, lancé en 2010, NdT] et l'islamophobie générale n'avaient pas existé avant le Brexit. Comme si des groupes comme le Réseau antifasciste n'avaient pas crié aux gens depuis des années d' être actifs, que les fascistes s'organisaient et que l'austérité croissante serait utilisée pour polariser les communautés. Et puis voilà qu'ils continuent à défendre l'UE, comme si elle n'était pas responsable de la noyade de milliers de migrants en Méditerranée. Et comme si ses processus et ses structures internes n'avaient pas entraîné la décimation complète des économies nationales de nombreux immigrants, ce qui les oblige à migrer vers le Royaume-Uni en premier lieu. Comme s'il ne s'agissait pas d'une machine de destruction coloniale, impliquée dans tout, de l'intervention en Libye au soutien apporté à Aung San Suu Kyi dans l' extermination de masse des Rohingyas musulmans en Birmanie.

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_15249.jpg

Attaque de Nostalgie, par George Grie, signé Y. Gribanovsky, Huile sur toile, 102x78 cm, Saint-Petersbourg, avril 1991

Ces récits sont nuisibles car ils accomplissent la double tâche de 1) proposer que le racisme était en grande partie inexistant au Royaume-Uni avant la montée médiatisée des démagogues comme Farage, ignorant ainsi les tendances à long terme dont le Brexit était une manifestation, et 2) excuser et légitimer l'UE comme une sorte de garant de l'antiracisme, des droits des travailleurs et de l'homme, «externalisant» ainsi les responsabilités des mouvements vers ce conglomérat colonial d'États et d'entreprises. Le résultat est que la gauche finit par défendre la plupart des affirmations hégémoniques encouragées dans l'Occident néolibéral avant le Brexit - les mêmes affirmations auxquelles elle est censée résister. La plus grande manifestation de l'acceptation acritique par la gauche de l'hégémonie, c'est quand les gens comme Corbyn défendent les migrants «parce qu'ils sont bons pour notre économie» et que les militants ne font que reprendre cet argument sans se soucier des ses dangereux corollaires. Qu'est-ce que M. Corbyn aimerait faire de nous si nous n'étions pas bons pour l'économie? La cohérence sort par la fenêtre et le mouvement est légitimement perçu comme un «ramassis de libéraux éduqués à l'université de classe moyenne sans lien avec le monde réel». En tant que travailleur migrant vivant dans la précarité, je peux vous garantir qu'une visite de la gauche dans les divers centres commerciaux autour de Bradford lui aurait montré que les croyances racistes étaient tout sauf marginales et qu'elles ne se limitaient pas aux seuls Blancs britanniques. Je suis également dégoûté que, en prétendant me défendre, le mouvement finisse par soutenir l'UE. Si c'est ça votre solidarité, vous pouvez vous la garder !

La Nostalgie de gauche est également visible en réponse au trumpisme et à la montée générale de l'extrême-droite. Il existe d'importants écueils analytiques dans les récits de résistance actuellement en train de prendre forme. Le jour de l'intronisation de Trump, j'ai participé, comme beaucoup d'autres, à l'une des manifestations à Glasgow. J'ai été surpris d'entendre des féministes crier des slogans pour Hillary Clinton et pleurer sur Michelle Obama, présumant sans esprit critique que leur identité de femmes signifie immédiatement qu'elles (et les politiques qu'elles représentent) sont progressistes. J'ai vu des gens de couleur et blancs dire qu' Obama va leur manquer, en choisissant d'ignorer la nature meurtrière et raciste de sa politique. Dans le domaine de l'écriture, les publications de gauche sont en parallèle avec le contexte britannique susmentionné en manifestant de la surprise face aux  manifestations de racisme, comme si les mouvements radicaux des Noirs et des gens de couleur aux USA n'avaient pas mis en évidence la politique étrangère institutionnelle et le racisme au quotidien US Depuis des décennies. La proposition de gauche pour l'avenir la plus courante est essentiellement celle, inodore, incolore et insipide, d'un retour à un type quelconque d'État-providence bienveillant. Le lien entre l'État, le racisme, l'homophobie et le sexisme avec le fonctionnement du capitalisme est flouté : les mouvements finissent par préconiser un retour au cadre néolibéral homonationaliste qui dominait avant la crise financière (et dans bien des cas domine encore). Cette vision laisse non seulement intacts les piliers hégémoniques du statu quo, mais elle empêche aussi toute possibilité d'organiser des résistances efficaces. La montée de l'extrême-droite dans l'ensemble de l'Occident est rejetée comme la réponse desBlancs déjà racistes qui, soudainement appauvris en raison de la crise financière, ne voient plus de raison de soutenir les partis centristes traditionnels. Les domaines d'analyse structurels et subjectifs sont contournés. Plutôt que d'utiliser les évènements récents comme arguments additionnels dans un cadre permettant de comprendre comment le capitalisme, en temps de crise, cherche à se sauver en accentuant et en jouant sur les divisions existantes, les voix dominantes de la gauche proposent un retour à la «tranquillité» néolibérale d'avant 2008, qui n'a évidemment jamais existé.

 Outre le fait que les mouvements finissent par soutenir les mêmes processus sous-jacents qui ont donné lieu aux circonstances actuelles, un autre aspect inquiétant de la Nostalgie de gauche est qu'elle sert à ignorer et à éluder la complicité de la gauche. Les oppresseurs tenteront toujours de renforcer leur position : cela n'a guère de sens de se concentrer sur eux plutôt que de se concentrer sur ce que nous avons fait (ou n'a pas fait). Le récit explicatif dominant est celui d'un mouvement généralement efficace, dépassé par les circonstances. Peu d'attention est accordée au fait que la gauche est en grande partie devenue une parodie d'elle-même. Cela est dû à de nombreuses raisons qui doivent être profondément discutées et ne sont pas le but de cet article, mais ce fait fondamental ne doit pas être oublié: la plupart des gens au Royaume-Uni, en fait la grande majorité, n'ont absolument aucun lien avec les discours de gauche, radicaux ou anarchistes. Ce n'est pas parce qu'ils sont des consommateurs aliénés stupides, mais parce que nous n'avons pas fait assez pour les atteindre.

David Graeber a parlé de la tendance de la gauche à s'enfermer sur elle-même, dans ses propres espaces, juste pour se sentir différente et 'éclairée'. Les forces de la résistance ne peuvent plus rester cantonnées à de petits groupes de «militants» de style de vie parlant correctement, compétents en littérature et habillés à la mode (oui, ça joue un rôle). Ce ne sont pas seulement les gens des «classes laborieuses» qui sont par conséquent exclues de la participation: c'est n'importe quel membre d'un groupe qui n'a pas eu les occasions de développer ce que Bourdieu appellerait "l'habitus" correct, c'est-à-dire l'amalgame d'idées, de mentalités et de comportements dont la possession dépend de la socialisation qu'on a eue. Pour le dire simplement, certaines personnes ne peuvent pas se payer le luxe de passer par tous les rites de passage nécessaires pour pouvoir s'insérer dans votre petit groupe de militants. Cela ne signifie pas que des espaces plus sûrs doivent être abandonnés, mais ce privilège doit être évalué et interrogé à plusieurs niveaux.

Bien que cela ne semble pas être lié à la Nostalgie de gauche, ça l'est : les processus et les arguments qui nous amènent à plaider pour un «retour» à des époques d'oppression apparemment «moindre» expriment un divorce profond d'avec la réalité vécue par les groupes opprimés. Cette perception du divorce se renforce quand on voit la gauche prendre des positions carrément absurdes par rapport aux expériences des gens, comme soutenir l'UE au nom des droits des travailleurs ou continuer à plaider pour un changement radical à travers le Parti travailliste. Pour construire un mouvement efficace qui ne fasse pas que résister, mais aussi rêve, crée et gagne, il est impératif d'arrêter de nous raconter des histoires sur nous-mêmes, de glorifier le passé, et de nous concentrer sur ce que nous pouvons apprendre de celui-ci pour l'avenir. Cela nécessite des ruptures radicales dans nos zones de confort et une remise en cause intense de nos organisations, fondements théoriques et rôles personnels.

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_15248.jpg

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: https://docs.google.com/document/d/1YOEVjngUlNb_5t12voFCIkBZozYKWFDniw_h9yCPDwo/pub
Publication date of original article: 01/02/2017
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=19815

 

Tags: Gauche radicaleTrumpFarageAube DoréeLe PenBrexitCorbynLexitGrexitLexitEurexitUEropeEurodictatureRévoltes logiquesGrèceMigrantsRacismeHomophobieEurodictature
 

 
Print this page
Print this page
Send this page
Send this page


 All Tlaxcala pages are protected under Copyleft.