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 23/08/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 UNIVERSAL ISSUES 
UNIVERSAL ISSUES / Transicides* : une longue liste macabre
Date of publication at Tlaxcala: 24/11/2016
Original: Tρανσκτονία: Μακάβριος μακρύς κατάλογος

Transicides* : une longue liste macabre

Anna Kouroupou Άννα Κουρουπού

Translated by  Jean-Marie Réveillon
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

À l'occasion de la Journée du souvenir trans, célébrée chaque 20 novembre pour rendre hommage aux centaines de personnes transgenre victimes de transicide* à travers le monde, un texte d'Anna Kouroupou, militante transgenre grecque

L’emplacement a été calculé. Sous un lampadaire de la compagnie nationale d’électricité. Pour deux raisons. Un semblant de sentiment de sécurité –un peu de lumière au milieu de l’obscurité complète– et puis… la lumière embellit, lorsqu’elle se diffuse de haut en bas, elle adoucit l’excès de maquillage. Le corps moulé dans le rouge et les paillettes, ce qui n’a pas besoin d’être montré, se cache à peine. Une longue perruque toute blonde avec de longues ondulations. Des talons surélevés pour accentuer le balancement des hanches. Une reine dans son monde.

Le calme, la sérénité presque. Avec la crise, c’est aussi la jouissance qui a subi ses diminutions. Quelques automobiles tournaient en rond. Une douleur aiguë à la tête. L’obscurité a succédé au semblant de lumière, un peu de sang. Envie de s’évanouir, mais la peur n’a pas un tel luxe. Elle ne l’autorisait pas à perdre connaissance. Même pas ça.

« Heureusement, Annoula, j’avais ma perruque. Sinon je pourrais être morte maintenant. Heureusement que je n’ai pas de cheveux ». Quelle force il faut pour une telle résignation !

Cela s’est passé cette année, au début de l’été. C’était la bande habituelle, et en portant leurs T-shirts bien connus, ils ne s’en sont pas cachés. Les adeptes du noir, de l’obscurité*.

La violence a-t-elle un nom ? Est-ce qu’on peut la mettre dans une case ? A-t-elle besoin d’une étiquette ?

West Hollywood, US A:  marche LGBT  pour la Journée du souvenir trans, le 20 novembre 2006 vers la place Mathew Sheppard, du nom d'un jeune trans assassiné en 1998 à Laramie, Wyoming in 1998.    HECTOR MATA/AFP/Getty Images

 

 

Il y a quelques années, un groupe d’ordures du même genre, qui avaient la prétention d’appartenir au genre humain, maltraitait les travestis et tout ce qui se trouvait sur les contrallées, de la façon la plus honteuse qui soit. Viols, syphilis, coups de poing, fractures, sang. Sonia jetée sur les rochers de Vouliagmeni, morte. Racha inconsciente et brûlée à l’essence, balancée dans les champs à Koropi.

La liste est longue. Vous pourriez la trouver ennuyeuse. D’ailleurs la violence apparaît sous bien des formes. Voilà qu’elle a trouvé maintenant des gens pour l’exprimer ouvertement. La pierre venue de nulle part… mais elle ne vient pas de nulle part. La moquerie fait parfois plus mal qu’une pierre. Cela dépend de l’état de vos sentiments à l’instant où elle vous atteint. Les crachats sur les couches de maquillage annihilent toute dignité. Sans doute penserez-vous : « Mais de quelle dignité parlez-vous, Madame ? Vous faites le trottoir. » Je ne vous répondrais pas si vous me posiez cette question, si je faisais le trottoir. Ou plutôt lorsque je le faisais. C’est une question conne. Et je ne réponds pas aux conneries.

Aujourd’hui les salauds de cette époque ne seraient pas libres. Ils seraient prisonniers de leur haine. Mercenaires, sans doute mal payés, sûrement le couteau à la main et le revolver à la ceinture, preuve de leur virilité.

Ils auraient un chef, des bataillons, des scribes et des pharisiens. Tout cela me rappelle quelque chose. Une histoire, ou plutôt plusieurs pages de l’histoire disséminées dans le temps. Elles ont toujours existé et je pense qu’elles existeront toujours.

Ils n’ont plus besoin de se limiter à patrouiller rue Syngrou et dans les lieux fréquentés par les « pervers ». L’un d’eux vit peut-être dans l’appartement du dessous. Dans le garage d’en face. Il est caissier au supermarché. Ce sont nos voisins. Nos parents. Nous les avons laissé battre le pavé, jouer les durs, imposer leur présence. Pour moi à cette époque-là c’était encore de la provocation. En se constituant en groupe, ils sont devenus plus dangereux à mes yeux aujourd’hui. Tout simplement parce qu’on les trouve partout. Et qu’ils agissent sans contrôle, sans contrainte, installés dans leur violence.

En vérité, je ne les crains pas. C’est vous qui devriez en avoir peur. Parce que vous n’êtes pas « éduqués ». Préparés. Vous vivez dans un monde organisé de façon angélique, pensez-vous. Enfin pas tous bien sûr.

Vous voulez que je vous mette dans l’ambiance ? Venez avec moi. Mettez une perruque. Mettez des talons aussi hauts que vous pouvez pour tenir debout. Je ne vais pas vous emmener sous le réverbère, on verrait vos poils. Vous ressembleriez à un guignol et ce n’est pas ce que nous voulons. Nous tenons à ce que votre dignité humaine ne soit pas rabaissée. Du reste, il s’agit d’une expérience. Pas d’un test.

Souris à tous les passants. Que tu le veuilles ou non. Il faut que tu gagnes ton pain. Parce qu’aujourd’hui c’est de cela qu’il s’agit. De ta subsistance, en tout cas. Quand tu entends brailler pédé, dégénéré etc. tu ne dois pas répliquer. Quand tu te manges un crachat, tu dois comme une dame prendre un mouchoir en papier et t’essuyer. Tu peux tomber sur des cas. Alors malheur à toi. Tu feras l’imbécile. Peut-être quelqu’un acceptera-t-il de te payer, après de longs marchandages. Ne serait-ce que pour une pipe dans un coin.

Non, je ne te contraindrai pas à le faire. Je veux seulement que tu te mettes dans l’ambiance. Que tu laisses un peu la place du passager, celui qui a l’habitude de rester assis et qui, lorsqu’il est éméché, va jusqu’à jeter une canette de bière pour rire. Mets-toi de l’autre côté. Exposé de partout. Victime offerte à n’importe quel individu que ta présence  dérangerait.

Et au petit matin lorsqu’il y aura déjà du monde qui attendra à l’arrêt de bus, tu rentreras chez toi, tu retireras ta perruque et ton maquillage épais et tu t’allongeras dans les bras de ta femme, enfin en sécurité. Avant de fermer les yeux, fais ton signe de croix pour avoir survécu. Il suffit que ce ne soit pas une croix gammée.

PS En mémoire des 297 personnes transgenres qui ont été assassinées l’an dernier, pour leur identité.

NdT

*Transicides: meurtre d'une personne transgenre au seul motif de sa qualité de "travelo"

*Les T-shirts noirs sont la tenue habituelle des gros bras du parti nazi Aube Dorée

 

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http://tlaxcala-int.org/upload/gal_14849.jpg

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.nostimonimar.gr/makavrios-makris-katalogos-trans/
Publication date of original article: 21/11/2016
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=19353

 

Tags: TransicidesTransphobieViolence contre les transgenresViolence machisteViolence sexisteViolence fascisteTransgenreJournée du souvenir transGrèceAthènes
 

 
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