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 EUROPE 
EUROPE / Pourquoi Alexis Tsipras a enterré la suspension du paiement et l’audit de la dette bien avant les élections de 2015
Entretien avec Éric Toussaint
Date of publication at Tlaxcala: 10/10/2016
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Pourquoi Alexis Tsipras a enterré la suspension du paiement et l’audit de la dette bien avant les élections de 2015
Entretien avec Éric Toussaint

Benjamin Lemoine

Edited by  Stathis Kouvelakis Στάθης Κουβελάκης استاتیس کوولاکیس

 

Introduction par Stathis Kouvélakis

L’examen approfondi des causes qui ont mené à la capitulation du gouvernement grec en juillet 2015 et à la signature d’un troisième Mémorandum permet de tracer l’une des principales lignes de clivage de la période en cours, un clivage qui n’est pas simplement une affaire de bilan historique, mais qui revêt un caractère directement politique.

Il est évident qu’un tel désastre ne saurait s’expliquer en termes de psychologie, ni en termes de simples erreurs, ni uniquement en termes de personnes - sans que soient pour autant effacées les responsabilités personnelles, énormes, de ceux qui ont assumé un rôle dirigeant dans cette entreprise.

Le témoignage d’Éric Toussaint constitue une précieuse contribution à cet impérieux réexamen critique. Le public grec a fait la connaissance de Toussaint quand celui-ci s’est vu confier la coordination scientifique de la Commission de Vérité sur la Dette Publique, formée en avril 2015 sous les auspices de la Présidente du Parlement grec de l’époque, Zoé Konstantopoulou.

Eric Toussaint compte à son actif plusieurs décennies de travail et d’action militante autour des questions de dette publique et, avant la Grèce, il avait pris part aux travaux d’audit citoyen de la dette dans plusieurs pays d’Amérique Latine (Équateur, Paraguay, Brésil), d’Asie (Timor Oriental) ainsi que dans le cadre d’organismes tels que l’Union Africaine.

Cette riche expérience internationale lui conférait naturellement une position privilégiée, non seulement pour contribuer à l’enquête sur les causes qui ont mené la Grèce droit dans les griffes de la « debtocratie » européenne et internationale |1|, mais aussi pour évaluer les stratégies politiques qu’ont choisi de suivre, sur cette question capitale, les protagonistes de l’actuelle tragédie grecque.

C’est précisément en cela que son témoignage s’avère si précieux. A partir de sa position particulière, celle d’un acteur « étranger » qui s’est cependant retrouvé dès le début en première ligne dans la bataille qui s’est déroulée autour de la crise grecque, Toussaint a acquis une connaissance de première main de la façon dont Syriza, la force politique qui est rapidement devenue le principal protagoniste des événements qui ont suivi, a abordé la question de la dette.

Ce qu’il révèle dans le texte qui suit - extrait d’une série d’entretiens à lire dans leur intégralité - c’est la dérive d’Alexis Tsipras et de ses proches précisément sur cette question fondamentale. Partis d’une position réclamant l’annulation de la dette illégitime et la réalisation d’un audit citoyen, les dirigeants de Syriza se sont ralliés à une logique de solutions « consensuelles », tout aussi irréalisables qu’aveugles aux enseignements de l’histoire. Leur modèle est devenu l’accord de Londres de 1953 par lequel, en pleine guerre froide, les vainqueurs de la seconde guerre mondiale ont annulé la majeure partie de la dette de l’Allemagne, qu’il s’agissait de reconstruire (et de réarmer) à marche forcée. Or cette dérive ne s’est pas produite au moment où Syriza a gagné les élections, en janvier 2015, mais bien plus tôt, et très précisément au lendemain des élections du printemps 2012, au moment où il accède au rang de première force d’opposition et que ses cadres dirigeants s’autonomisent par rapport aux instances collectives de leur parti et commencent à fonctionner, de fait, en tant que « cabinet fantôme », dans l’attente de l’exercice effectif des fonctions gouvernementales.

Éric Toussaint est on ne peut plus clair quant aux raisons de cette dérive. Comme il le souligne dans cet entretien, « le noyau autour de Tsipras – je ne parle pas du bureau politique de Syriza, car les membres du bureau politique n’ont pas été inclus dans des décisions capitales, de même que les membres du comité central ont été tenus à l’écart –, avec Yannis Dragasakis, le vice-Premier ministre actuel qui joue un rôle clé, a pris dans les moments décisifs l’orientation suivante : ‘Il faut éviter à tout prix l’affrontement avec le grand capital grec, les banquiers grecs et les armateurs’. Les intérêts des deux derniers sont liés, totalement interpénétrés. De même, ce noyau considérait qu’il fallait éviter l’affrontement avec les institutions européennes ».

Comme nous le savons, l’engagement de non-rupture avec l’euro et l’UE, quel qu’en soit le prix, et la soumission absolue aux cadres fixés par l’OTAN faisaient également partie intégrante de ce choix.

Éric Toussaint, afin de conserver la possibilité d’intervenir de façon aussi efficace que possible dans son propre champ, celui de la dette publique, s’est très judicieusement gardé d’entrer, à ce moment-là, dans le débat sur l’euro. Aujourd’hui, comme il le souligne dans la suite de cet entretien, il considère la sortie de l’euro comme une étape nécessaire pour tout pays de la périphérie européenne qui voudrait renverser la politique d’austérité et rompre les chaînes de la dettocratie.

Cette relative prise de distance vis-à-vis de la confrontation autour de la question de l’euro, centrale dans les clivages au sein de Syriza à l’époque, confère à son témoignage un poids encore plus grand. Elle démontre que l’abandon de la position initiale de Syriza « aucun sacrifice pour l’euro », survenu exactement au même moment, à savoir au lendemain des doubles élections de 2012, n’était ni un mouvement tactique, ni le produit d’une simple obsession européiste – même si ce fut bien le cas, indéniablement, pour une grande partie des cadres mais aussi pour des militants de base de Syriza.

Les serments d’allégeance à l’euro et le refus obsessionnel de tout plan alternatif en cas d’échec des négociations n’étaient que l’autre facette d’un choix stratégique de non-confrontation, tant avec la bourgeoise intérieure qu’avec classes dominantes de l’Europe et les mécanismes politiques de leur domination, c’est-à-dire l’Union Européenne et ses appendices (BCE, Fonds de Stabilité Monétaire etc.).

C’est précisément ce choix, qui bien entendu n’a jamais été publiquement présenté comme tel à l’époque, qui a déterminé le cadre intangible dans lequel le gouvernement Syriza a évolué entre janvier et juillet 2015, à l’exception du référendum de juillet, lequel ne pouvait constituer, dans ce cadre-là, qu’une dernière convulsion avant la capitulation.

L’issue de cette séquence est connue, et ses conséquences ressenties jour après jour par le peuple grec, mais aussi par l’ensemble des forces de la « gauche de gauche » en Europe (et au-delà), aux yeux desquelles la Grèce s’est muée, en l’espace de quelques mois, de phare d’espérance en plaie ouverte.
Au lendemain d’une telle défaite historique, tout nouveau départ requiert impérativement que soient tirées les conclusions qui s’imposent.

Tout au long de ces années, Éric Toussaint s’est révélé être un participant actif et un soutien précieux de la lutte du peuple grec. Aujourd’hui, par sa prise de parole, il prouve que sa contribution tout autant que ce combat se poursuivent et se poursuivront jusqu’à ce que justice soit obtenue |2|.

 

Partie 5 de l’entretien « Généalogie des Politiques de l’anti-dette et du CADTM »

Grèce : L’ambivalence des dirigeants vis-à-vis de l’ordre financier et de la dette malgré des débuts prometteurs de la lutte

Comment l’idée de l’audit a-t-elle réussi à faire son chemin en Grèce ? Quels étaient vos appuis et comment êtes-vous entrés en contact avec les potentiels porteurs de la revendication de l’audit en Grèce ?

Le CADTM a agi tant au niveau européen qu’en Grèce même. Afin de tenter de créer un mouvement unitaire européen anti-austérité réunissant des forces sociales et politiques, le CADTM a convoqué une réunion européenne à Bruxelles le 29 septembre 2010 à l’occasion d’une manifestation européenne appelée par la Confédération européenne des syndicats (CES) |3|.

Avant cela, début juillet 2010, à l’initiative de Moisis Litsis, Sonia et Giorgos Mitralias, avait été créé à Athènes le Comité contre la dette, membre du CADTM international |4|. Giorgos Mitralias se mit à traduire le manuel d’audit citoyen édité par le CADTM international. Une édition en grec est parue en 2011 chez l’éditeur Alexandria.

Les positions du CADTM commencent à être connues en Grèce à partir de 2010. Plusieurs interviews sont publiées dans la presse grecque. Par exemple, la revue grecque Epikaira publie une longue interview de moi réalisée par Leonidas Vatikiotis, journaliste et militant politique d’extrême-gauche très actif |5|. J’y explique les causes de l’explosion de la dette publique grecque et en quoi l’expérience de l’Équateur peut être une source d’inspiration pour la Grèce en terme de commission d’audit et de suspension du paiement de la dette. En guise de conclusion, à la question « Que doit faire la Grèce ? », je répondais : « On devrait constituer très vite une Commission d’audit avec des personnalités prestigieuses et expérimentées. Mon conseil est catégorique : ouvrez les livres de compte ! Examinez dans la transparence et en présence de la société civile tous les contrats de l’Etat – des plus grands comme par exemple ceux des récents Jeux Olympiques jusqu’aux plus petits – et découvrez quelle partie de la dette est le fruit de la corruption, et par conséquent est illégale et odieuse selon le jargon international, et dénoncez-la ! » |6|.

De son côté, dans plusieurs articles largement diffusés en Grèce, l’économiste Costas Lapavitsas |7|, défendait également activement la nécessité de créer une commission d’audit. Dans l’un d’eux, il affirme : « La Commission internationale d’audit pourrait jouer le rôle de catalyseur contribuant à la transparence requise. Cette commission internationale, composée d’experts de l’audit des finances publiques, d’économistes, de syndicalistes, de représentants des mouvements sociaux, devra être totalement indépendante des partis politiques. Elle devra s’appuyer sur de nombreuses organisations qui permettront de mobiliser des couches sociales très larges. C’est ainsi que commencera à devenir réalité la participation populaire nécessaire face à la question de la dette |8| ».

Le 9 janvier 2011, le troisième quotidien grec en terme de tirage (à l’époque), Ethnos tis Kyriakis, m’interviewe et titre : « Ce n’est pas normal de rembourser les dettes qui sont illégitimes. Les peuples de l’Europe ont aussi le droit de contrôler leurs créanciers » |9|. Le quotidien explique que « le travail du Comité en Équateur a été récemment mentionné au Parlement grec par la députée Sofia Sakorafa ».

Effectivement, en décembre 2010, la députée Sofia Sakorafa était intervenue au Parlement grec pour affirmer qu’une Commission d’audit de la dette, inspirée de ce qui s’était passé en Équateur, était nécessaire. Le parlement alors dominé par le Pasok et Nouvelle Démocratie n’avait aucun intérêt à faire la clarté sur la dette, et cette proposition a donc été rejetée. Néanmoins, le combat a été mené sur d’autres terrains que celui des professionnels de la politique. En mars 2011, était lancé le comité grec d’audit de la dette (ELE). C’est le résultat de gros efforts de convergence entre des personnes qui se connaissaient à peine ou pas du tout quelques semaines auparavant. Le processus de création a été catalysé par l’ampleur de la crise en Grèce. Pour lancer ce comité, Costas Lapavitsas a diffusé un appel international, soutenu par le CADTM, qui a connu un très large écho.

Costas Lapavitsas m’a consulté sur le contenu de l’appel international de soutien à la constitution du comité, j’ai fait quelques amendements. Après quoi, nous avons commencé à chercher des appuis parmi des personnalités susceptibles de nous aider à augmenter l’écho et la crédibilité de cette initiative. Je me suis chargé de collecter un maximum de signatures de personnalités internationales en faveur de la mise en place du comité d’audit. Je connaissais plusieurs d’entre elles depuis des années comme Noam Chomski (États-Unis) avec qui j’étais en contact sur la thématique de la dette depuis 1998, Jean Ziegler (Suisse), à l’époque rapporteur des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, Tariq Ali (Royaume-Uni) ainsi que de nombreux économistes.

Vous avez obtenu facilement des soutiens ?

Dans ma recherche de signatures, je n’ai essuyé qu’un seul refus, celui de l’économiste nord-américain James Galbraith. Je dialoguais avec lui depuis plusieurs années à l’occasion de conférences sur la globalisation financière où nous nous retrouvions. Plus tard, j’ai reçu une partie de l’explication de ce refus. James Galbraith, comme il le confirme dans un livre publié en 2016, avait apporté son soutien à Georges Papandréou, le Premier ministre du gouvernement qui avait introduit le premier mémorandum en mai 2010. James Galbraith critiquait ce mémorandum mais il acceptait la narration mensongère de Papandréou à propos de la crise comme l’indique l’introduction qu’il a écrite pour le livre Crise grecque. Tragédie européenne, publié en 2016 |10|.

La deuxième raison qui a poussé James Galbraith à ne pas signer cet appel, c’est l’avis que lui a donné Yannis Varoufakis. Celui-ci a expliqué publiquement en 2011 pourquoi il refusait de souscrire à l’appel à la création de la commission d’audit. Il déclare qu’il a été contacté par Galbraith qui lui demandait s’il fallait signer ou pas cet appel et qu’il lui a recommandé de ne pas le faire. Ce refus de Yannis Varoufakis permet de mieux comprendre son attitude distante à l’égard de la Commission pour la vérité sur la dette grecque quand il est devenu ministre des Finances dans le premier gouvernement d’Alexis Tsipras en 2015 |11|.

Dans une longue lettre publique publiée au printemps 2011, Y. Varoufakis justifie son refus de soutenir la création du comité citoyen d’audit (ELE). Il déclare que si la Grèce suspendait le paiement de la dette, elle devrait sortir de la zone euro et se retrouverait du coup à l’âge néolithique (sic !). Y. Varoufakis explique que, par ailleurs, les personnes qui ont pris cette initiative sont bien sympathiques et bien intentionnées et qu’en principe, il est favorable à l’audit mais que, dans les circonstances dans lesquelles la Grèce se trouve, celui-ci n’est pas opportun |12|.

Le documentaire Debtocracy diffusé à partir d’avril 2011 a permis de donner un très grand écho à la proposition d’audit citoyen de la dette et à la nécessité d’annulation de sa partie illégitime et odieuse |13|. Aris Chatzistefanou et Katerina Kitidi, qui ont réalisé ce documentaire avec la collaboration de Leonidas Vatikiotis, m’ont associé activement au contenu dès le début du mois de février 2011 et, sur ma proposition, sont venus réaliser une partie du documentaire à Dakar à l’occasion du Forum social mondial qui s’y est déroulé du 6 au 11 février 2011. Le film bouclé en un temps record a commencé à circuler sur internet et a été téléchargé en Grèce par plus de 1,5 million de personnes en 6 semaines au printemps 2011. Pour une population de 10 millions, c’est une proportion importante, mais aucune chaîne de TV ne l’a diffusé à l’époque.

La conférence internationale d’appui à l’audit citoyen de la dette grecque qui s’est tenue à Athènes en mai 2011 a remporté un franc succès, avec l’affluence de près de 3000 personnes réparties sur les 3 jours. Le CADTM faisait partie des organisations qui ont convoqué cette réunion. Pendant cette conférence, j’ai coordonné le premier panel de discussion auquel ont participé notamment Nadia Valavani |14|, qui est devenue plus tard vice-ministre des Finances du gouvernement Tsipras 1, et Leonidas Vatikiotis. Le CADTM avait contribué avec les organisateurs grecs et d’autres mouvements non grecs à convaincre un nombre significatif d’organisations d’Europe à soutenir la conférence et à adopter collectivement une déclaration qui garde toute sa valeur...

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Courtesy of CADTM
Source: http://www.cadtm.org/Pourquoi-Alexis-Tsipras-a-enterre
Publication date of original article: 03/10/2016
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=19098

 

Tags: Dette odieuseAudit de la detteTsiprasGrèceEurodictatureUErope
 

 
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