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 CULTURE & COMMUNICATION 
CULTURE & COMMUNICATION / Chronique du 31ème FIFAK [3]: Les cinéastes amateurs tunisiens, pauvres, inventifs, dénonciateurs
Date of publication at Tlaxcala: 14/08/2016

Chronique du 31ème FIFAK [3]: Les cinéastes amateurs tunisiens, pauvres, inventifs, dénonciateurs

Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

 

Kélibia, 14 août 2016- Dans le vaste panorama de films en compétition à ce FIFAK (Festival international du film amateur de Kélibia), ceux qui ont le plus retenu mon attention ont été ceux réalisés pas des membres des clubs locaux de la FTCA (Fédération tunisienne des cinéastes amateurs).

Présentation du jury international, présidé par le cinéaste sénégalais Moussa Touré

Née en 1964, cette fédération, unique dans son genre en Afrique, dans le monde arabe et peut-être même dans le monde, regroupe 200 adhérents répartis dans 18 clubs à travers tout le territoire. La fédération forme ses membres et les aide à élaborer et  réaliser leurs projets de films, ensuite présentés au FIFAK, au rythme d'une vingtaine de productions par an. La FTCA constitue l'une des pointes du triangle de la cinéphilie –on pourrait même dire "cinémanie" -  tunisienne, les deux autres pointes étant la Fédération des ciné-clubs (FTCC, fondée en 1950) et l'ATPCC (Association Tunisienne pour la Promotion de la Critique Cinématographique, née en 1986). Les trois associations sont plus que des partenaires, elles entretiennent des relations de type familial.

Les thèmes abordés dans les films  présentés cette année étaient, comme d'habitude, généralement sociaux, avec des approches diverses et variées : les uns ont opté pour le documentaire, voire le reportage, d'autres pour la fiction à tendance poético-philosophique, et avec des durées allant de 4 à 16 minutes.

Tous les films ont en commun de donner à voir des personnages réels ou inspirés de la réalité, dans des décors réels, parfois connus, parfois inconnus car jamais filmés auparavant, mais presque toujours des décors tout prêts pour des films-catastrophe, qui pourraient être promus auprès de producteurs de cinéma internationaux qui pourraient ainsi économiser des millions à reconstituer des décors de ruines. Ainsi le décor de Silence, de Farès Ben Khalifa, du club d'Hammam-Lif, racontant la longue marche d'un fils portant sa mère sur son dos à travers les ruines d'un ancien quartier de squats de Tabarka, dont la police a chassé les habitants il y a des années. Un film sans nationalité, qui raconte aussi  bien la Tunisie que la Palestine, l'Irak, la Syrie ou l'Afghanistan.

Plusieurs films attaquent de front la répression policière, par la fiction réaliste (Par la loi, de Radwhen Auissaoui, club de Bab Assal, Tunis) ou littéraire (Un des nôtres, de Youssef Béhi et Halim Jerbi, club de Hammam-Lif). Le premier est l'histoire d'une jeune fille que ses amies ont réveillée en pleine nuit pour lui demander d'aller leur acheter des feuilles de papier à rouler. Elle tombe sur des flics qui lui tirent dessus et finit dans le coma à l'hôpital. Fiction pas si délirante que ça, dans un pays où  la seule détention de papier à rouler vous fait suspecter d'être consommateur de haschisch et où un tiers des 30 000 détenus le sont pour des accusations liées à  la sinistre loi n° 52 de 1992, punissant d'un an de prison et 1000 dinars (=400€) d'amende la  consommation, détention etc. Le second est une adaptation ramassée du Procès de Kafka à vous glacer des sangs, filmée en noir et blanc dans un espace confiné étouffant.

Jenni Nanni, de Mouadh Belaïd, de Mahdia, est un documentaire saisissant de 12 minutes mettant en scène des très jeunes délinquants racontant et vivant leurs vols de mobylettes et autres "conneries". Le réalisateur, que la caméra a  aidé à sortir de la délinquance, a informé le public que le film avait non seulement changé sa vie, mais celle de ses  sujets, qui ont repris le chemin de  l'école après avoir été filmés. L'annonce que le film a été primé au FIFAK ne fera que les encourager à continuer sur la bonne voie et, peut-être, à s'emparer eux aussi de la caméra, pour voler des images au lieu de mobylettes, car elles aussi font voyager, et beaucoup plus loin.

Dans Une île aux enchères, Majdi Kaanich, du club de Heni Jawharia, a filmé la révolte des diplômés chômeurs et de la population des îles Kerkennah contre la corruption et les méfaits de l'entreprise pétrolière britannique PETROFAC. Une lutte à la fois sociale, politique et environnementale, qui s'éternise et a subi un black out médiatique, et que le film, lui aussi primé, vient briser à point nommé.

On change de genre avec Au nom du père, du fils, un huis clos à quatre personnages de 12 minutes de Tarek Sardi, du club de Bab-Assal. À une époque indéterminée de ce siècle ou du précédent, un couvre-feu total est décrété par l'armée durant la retransmission d'un match de foot.  Les quatre personnages – le père, la  mère, le fils, la fille – se retrouvent enfermés. L'ambiance s'épaissit au fil des jours et des nuits. Le père tente de se jeter sur la fille, celle-ci l'assomme et le ligote. Le frère tente à son tour de passer à l'acte, est assommé et ligoté à son tour.  Engueulée par sa mère, la jeune fille sort et on entend la police l'abattre –sur la bande-son – pendant qu'à l'écran, la mère libère le fils. Bref, si le patriarcat se perpétue, c'est bien en bonne partie du fait de la complicité des mères avec l'ordre paternel, qui n'est en fait que désordre.

Les cinéastes amateurs nous ont offert bien d'autres petits bijoux prometteurs, et pas qu'eux. Mon film d'école préféré a été Chemendifir, de Houda Maddahi, étudiante à l'ESAC (École Supérieure de l'Audiovisuel et du Cinéma, Gammarth). Chemendifir est le surnom  d'un garçon abandonné qui vit seul dans un wagon désaffecté de chemin de fer et survit en transportant des jerricans d'eau pour des habitants de la zone. Sa vie et celle des ses jeunes compagnons de misère et de jeu change quand il trouve dans un fossé un vieux projecteur de cinéma et des bobines de films.  Il bricole le projo et organise des séances de cinéma sur un vieux drap, au milieu de rien. Enfin, Le Voleur de bicyclette trouve son public : les enfants de la zone. Les cinéastes de demain.

Lire aussi

Chronique du 31ème FIFAK [1] : Moon in the Skype , de Ghatfan Ghanoom, en ouverture du festival

Chronique du 31ème FIFAK [2]: Celles et ceux d'en bas





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Publication date of original article: 14/08/2016
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Tags: FIFAK 2016Cinéastes amateurs tunisiensCinémaTunisie
 

 
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