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 CULTURE & COMMUNICATION 
CULTURE & COMMUNICATION / Chronique du 31ème FIFAK [2]: Celles et ceux d'en bas
Date of publication at Tlaxcala: 11/08/2016

Chronique du 31ème FIFAK [2]: Celles et ceux d'en bas

Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Kélibia, 11 août 2016- Dans le flot des films en compétition dans ce festival international du film amateur, il y a de tout - films amateurs, films indépendants et films d'écoles -, aussi bien documentaires que de fiction, joués par des hommes et des femmes en chair et en os, mais aussi d'animation.

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Dans ce flot, il y a bien sûr à boire et à manger, comme  il sied à tout festival – les festivaliers kélibiens étant généralement plus intéressés par la boisson que par la nourriture -, et certains films vus un soir sont déjà oubliés le lendemain, quand on émerge péniblement d'une courte matinée de sommeil après avoir fait allégeance nocturne au parti le plus populaire de ce pays, le Hezb Celtia, le parti de la bière nationale. Mais heureusement, un nombre conséquent de films laissent leur empreinte sur le spectateur. Je vais donc vous parler de ceux qui m'ont marqué  durant la longue projection de mercredi soir. Ils  ont en commun  de donner à voir et à entendre des humbles, des sans-voix, des gens qu'on ne voit jamais à la télé et qui ne sont ni sur facebook ni sur twitter. Et ces gens sont souvent des femmes.

Le premier personnage est Nawara, la femme de ménage de la station de métro de Bab Saadoun à Tunis, protagoniste de La femme mirage, un doc de 26 minutes de Khalil Ben Romdhane, étudiant à l'ESAD (École supérieure d'audiovisuel et de design). Cette mère de famille divorcée se lève à 3 heures du matin pour rejoindre, depuis sa banlieue, son poste de travail, une station très fréquentée et donc très sale. La semaine de 40 heures, Nawara ne fait qu'en rêver, tout comme des 26 de congés payés auxquels elle a théoriquement droit. Elle n'a de fait qu'un jour de congé payé par an, pour l'Aïd, le Nouvel an musulman. Ses conditions de travail sont réellement effrayantes : elle ne dispose d'aucun lieu à elle pour se poser, se reposer et se restaurer; elle doit acheter elle-même sa blouse de travail ; elle doit cacher ou emporter chez elle ses outils de travail  - seau, balai, pelle – pour qu'ils ne disparaissent pas; elle est exposée à toutes les intempéries, aucun guichetier ne la laissant s'abriter dans sa cabine, elle prend son déjeuner rudimentaire à même  le  sol dans un coin de la station, le partageant avec une autre femme, encore plus pauvre qu'elle. Elle ne parle pas de son salaire, qu'on imagine être au grand maximum de 120 € par mois, elle dit d'ailleurs qu'elle n'a pas tous les jours de quoi manger. Bref, cette femme qui se tue à ramasser la merde laissée partout par des usagers qui ne foutent complètement des règles élémentaires d'hygiène et de civilité, n'a qu'une consolation : cette chanson d'Oum Kalthoum qui parle du mirage. Mirage d'une autre vie, d'un autre monde. Et elle attend toujours que l'UGTT, le grand syndicat des travailleurs-zet-travailleuses découvre son existence. Peut-être ce film y contribuera-t-il. Inchaallah.

Pierre d'argile, un doc de 12 minutes, nous emmène à l'autre bout de la Tunisie, à Tozeur, où le film a été réalisé par un groupe de jeunes dirigés par Walid Dabouni, monteur et formateur, dans le cadre de la Maison de Jeunes. Les apprentis cinéastes ont trouné avec les moyens du bord, c'est-à-dire leurs portables. Il montre le travail d'une poignée de derniers des Mohicans, des travailleurs pour la plupart âgés, aux visages burinés par le soleil et l'âpre climat du désert, qui fabriquent "encore" des briques, séchées au soleil puis cuites dans des fours ouverts alimentés par des branches et des troncs de palmiers, et faites d'argile qu'on a laissé macérer pendant un an dans les eaux salées du Chott El Jerid, ce qui les rend pratiquement imputrescibles et indestructibles. Le rythme de production est de 500 briques par jour. Ces briques sont utilisées traditionnellement pour la construction des maisons de l'oasis, mais aussi des sabbat, ces tunnels où les gens – les hommes – viennent chercher la fraîcheur aux heures les plus chaudes de la  journée. Un savoir-faire antique, datant de l'époque kouchite –Tozeur ayant sans doute été fondée par des colons égyptiens -, une technique traditionnelle, un matériau écologiquement correct, le tout menacé par l'inexorable avancée du béton, ce matériau strictement totalitaire que tous les régimes démocratiques ayant renversé des dictatures devraient purement et simplement interdire. On peut toujours rêver. En attendant, l'UNESCO – ou son fantomatique équivalent arabe siégeant à Tunis, l'ALECSO - devrait mettre ces briques d'argile cuite au patrimoine de l'humanité.


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Enfin, le personnage de plus marquant de cette soirée aura été Tahra, la protagoniste de La vie de Tahra, un doc de 9 minutes de l'Égyptien Mouhaned Diab, qui à 31 ans, est un documentariste confirmé avec plus de 10 ans d'expérience pofessionnelle. À  Al-Minya, capitale de la Moyenne-Égypte, au sud du Caire, Tahra est une fougueuse quinquagénaire, veuve et mère de cinq enfants, qui a repoussé toutes les offres de mariage, car elle a mieux à faire : elle bosse. Ah ça, pour bosser, elle bosse; c'est simple, elle fait tout : elle coud, bien sûr –normal – mais elle manie aussi la pelle et la  pioche et gâche le béton, le chalumeau à acétylène pour la soudure, elle répare les chambres à air des roues de camions, vérifie la pression des pneus et plus et plus. Bref, une vrai femme-orchestre, qui en fait autant que quatre hommes. Je ne sais pas  si les femmes, comme a dit Mao Tsé-Toung, "soutiennent la  moitié du ciel", mais ce qui est certain, c'est qu'elles soutiennent plus que la moitié de la terre. Et les Tahra sont des millions, pas seulement en Égypte et dans le monde arabe, à assurer la survie et la reproduction de leur famille à force de travail et d'ingéniosité. Les bonnes âmes qui se soucient de leur libération feraient bien de se presser : elles risquent d'arriver trop tard, quand les intéressées auront déjà fait le travail. Et le jour où ces femmes se verront confier la gestion des affaires de leurs pays, elles règleront les problèmes réputés in-sur-mon-ta-bles en cinq sec. Faut bien rêver, non ?

 Lire aussi

Chronique du 31ème FIFAK [1] : Moon in the Skype , de Ghatfan Ghanoom, en ouverture du festival

Chronique du 31ème FIFAK [3]: Les cinéastes amateurs tunisiens, pauvres, inventifs, dénonciateurs





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Source: http://tlaxcala-int.org/article.asp?reference=18643
Publication date of original article: 11/08/2016
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Tags: FIFAK 2016Cinéma amateurFTCATunisieFemmes travailleuses
 

 
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