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 17/10/2019 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 EUROPE 
EUROPE / Pourquoi les Britanniques ont dit non à l’Europe
Date of publication at Tlaxcala: 28/06/2016
Original: Why the British said no to Europe
Translations available: Português/Galego  Español  Deutsch 

Pourquoi les Britanniques ont dit non à l’Europe

John Pilger

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Le vote majoritaire des Britanniques en faveur d'une sortie de l’Union européenne a été un acte de pure démocratie. Des millions de gens ordinaires ont refusé de se laisser impressionner, intimider et traiter comme des moins que rien par leurs soi-disant maîtres à penser des principaux partis, les dirigeants de l’oligarchie affairiste et financière et les médias.

Ce fut en grande partie le vote de gens furieux et démoralisés par la pure arrogance des défenseurs du maintien dans l’UE et le démantèlement d’une vie civile socialement équitable en Grande Bretagne. Le Service National de Santé, dernier bastion des réformes historiques de 1945, a été à ce point mis sens dessus-dessous par les privatiseurs  conservateurs et soutenus par les travaillistes qu’il en est à se battre pour sa survie.

Un premier avertissement a été la menace de George Osborne, secrétaire au Trésor, incarnation à la fois de l’ancien régime britannique et de la mafia bancaire en Europe : le budget des services publics serait amputé de 30 milliards de £ [=36 milliards d'€]   au cas où le peuple voterait mal. Un chantage scandaleux.

La question de l’immigration a été exploitée au cours de la campagne avec un cynisme consommé non seulement par les politiciens populistes de la droite lunaire mais aussi par des politiciens travaillistes puisant dans leur propre tradition vénérable de promotion et d'encouragement du racisme, un  symptôme de corruption non pas à la base mais au sommet du parti. La raison pour laquelle des millions de réfugiés ont fui le Moyen-Orient – d’abord l’Iraq, maintenant la Syrie – sont les invasions et le carnage impérial de la Grande-Bretagne, des USA, de la France, de l’Union Européenne et de l’OTAN. Avant cela, il y eut la destruction délibérée de la Yougoslavie ; et encore avant le vol de la Palestine et l’imposition d’Israël.

Les casques coloniaux  ont beau avoir disparu depuis belle lurette, le sang n’a jamais séché. Un mépris du dix-neuvième siècle pour les pays et les peuples, selon leur degré d'utilité coloniale, demeure une pièce maîtresse de la « globalisation » avec son principe pervers du socialisme pour les riches et du capitalisme pour les pauvres : sa liberté pour le capital et son déni de liberté pour les travailleurs, ses politiciens perfides et fonctionnaires politisés.

Tout cela a maintenant été rapatrié en Europe, enrichissant Tony Blair et ses semblables en appauvrissant et privant des millions de personnes de tout pouvoir. Ce 23 juin, les Britanniques ont dit "plus jamais ça".

Les promoteurs les plus efficaces de «  l’idéal européen » n’ont pas été l’extrême droite mais une insupportable classe patricienne pour laquelle le Royaume-Uni se réduit à la métropole londonienne. Ses membres dirigeants se voient comme des porte-drapeaux libéraux, éclairés et cultivés du zeitgeist (esprit du temps)   du XXIème siècle et même " cool" avec ça. Ils ne sont en réalité qu’une bourgeoisie aux goûts consuméristes insatiables  et imbus d'anciens sentiments de supériorité.

Dans leur quotidien, le Guardian, ils ont éructé jour après jour contre ceux qui osaient considérer l’Union Européenne comme profondément anti-démocratique, à la source d’injustices sociales et d’un extrémisme virulent connu sous le nom de "néolibéralisme".

"Une p'tite bière, vite, avant le Brexit"

L’objectif de cet extrémisme est d’installer une théocratie capitaliste permanente qui conforte une société aux deux tiers : une majorité divisée et endettée dirigée par une classe capitaliste et une classe permanente de travailleurs pauvres. Aujourd’hui, en Grande-Bretagne, 63% des enfants pauvres vivent dans une famille dont un seul membre travaille. Pour eux, le piège s'est déjà refermé. Une étude rapporte que 600  000 habitants du Grand Manchester, la seconde ville britannique, "vivent les effets de la grande pauvreté" et 1.6 million de Britanniques s’enfoncent dans le dénuement.
Cette situation catastrophique est à peine évoquée par les médias contrôlés par la bourgeoisie, notamment par la BBC dominée par Oxbridge. Pendant la campagne du référendum, aucune analyse en profondeur n’a été autorisée à faire intrusion dans l'hystérie stéréotypée autour de " quitter l’Europe", comme si la Grande-Bretagne allait subitement être entraînée dans des courants hostiles quelque part au nord de l’Islande.

Le matin après le vote, un reporter radio de la BBC accueillait les politiciens dans son studio comme de vieux copains, demandant à "Lord" Peter Mandelson,  l'architecte disqualifié du blairisme : « Bien, pourquoi ces gens rejettent-ils l’Europe à ce point ? ». « Ces gens » sont la majorité des Britanniques.

Tony Blair, opulent criminel de guerre, reste un héros de la classe « européenne » des Mandelson, ce que l’on n’ose plus guère dire aujourd’hui. Le Guardian a décrit Blair en son temps comme un "mystique" fidèle à son projet de guerre prédatrice. Après le vote, l’éditorialiste Martin Kettle a apporté une réponse brechtienne au mauvais usage de la démocratie par les masses. « Aujourd’hui, nous pouvons sûrement nous accorder sur le fait que les référendums sont mauvais pour la Grande-Bretagne», était le titre de son papier qui occupait toute une page. Le « nous » n’était pas explicité mais sous-entendu, tout comme l’étaient « ces gens ». « Le référendum a conféré moins de légitimité aux politiques, rien de plus, » écrivait Kettle. "(…)  Le verdict sur les référendums devrait être brutal : plus jamais ça".

Ce genre de brutalité à laquelle aspire Kettle est illustré par le spectacle de la Grèce, un pays passé au karcher. Là, il y a eu un référendum dont le résultat a été ignoré. Comme dans le parti travailliste en Grande-Bretagne, les dirigeants du gouvernement Syriza à Athènes sont issus d'une classe moyenne  aisée, hautement privilégiée, éduquée, formée aux tours de passe-passe et à la trahison politique du postmodernisme. Le peuple grec a utilisé courageusement le référendum pour demander à son gouvernement de négocier de "meilleurs termes" pour l’accord conclu à Bruxelles qui broyait la vie de leur pays. Ils ont été trahis comme les Britanniques l’auraient été.

Vendredi, la BBC a demandé à Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste, s’il rendrait hommage au démissionnaire Cameron, son camarade de campagne pour le « oui ». Corbyn a alors rendu un hommage lyrique à la "dignité" de Cameron, rappelé son soutien au mariage  gay et ses excuses aux familles irlandaises des victimes du « Bloody Sunday » [Dimanche sanglant ou Massacre du Bogside à Derry, en Irlande du Nord, quand l'armée britannique assassina 15 civils pacifiques le 30 janvier 1972, NdT]. Il n’a rien dit de l'art de semer la discorde de Cameron, de ses mesures  brutales d’austérité, de ses mensonges au sujet de la "protection" du Service National de Santé. Il n’a pas non plus rappelé le bellicisme du gouvernement Cameron : le déploiement  de forces spéciales en Libye, et de navigateurs-bombardiers  en Arabie Saoudite et, par-dessus tout, ses incitations à une troisième guerre mondiale.

Au cours de la semaine précédant le référendum, aucun politicien ni, à ma connaissance, aucun journaliste britannique n’a fait mention du discours de Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg commémorant le 75ème anniversaire de l’invasion de l’Union Soviétique par l'Allemagne nazie le 22 juin 1941. La victoire des Soviétiques au prix de 27 millions de vies soviétiques et de la majorité des forces armées allemandes a fait gagner aux Alliés la Deuxième guerre mondiale.

Poutine a associé l’actuel déploiement frénétique de troupes et de matériel de guerre de l’OTAN aux frontières occidentales de la Russie à l’Opération Barbarossa du IIIème Reich. Les manœuvres de l’OTAN en Pologne ont été les plus importantes depuis l’invasion nazie ; l’Opération Anaconda a simulé une attaque de la Russie, vraisemblablement avec des armes nucléaires. A la veille du référendum, le secrétaire général quisling de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a prévenu les Britanniques qu’ils mettraient en danger "la paix et la sécurité" en votant pour la sortie de l’Union Européenne. Ces millions qui l’ont ignoré, comme ils ont ignoré Cameron, Osborne, Corbyn, Obama et l'homme qui dirige la Banque d’Angleterre,  ont peut-être, seulement peut-être, frappé par leur vote un rand coup en faveur d'une paix et d'une démocratie réelles en Europe.

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://johnpilger.com/articles/why-the-british-said-no-to-europe
Publication date of original article: 25/06/2016
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=18258

 

Tags: BrexitRoyaume-UniDavid CameronCorbynUEropeEurope des peuples
 

 
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