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 25/11/2014 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 CULTURE & COMMUNICATION 
CULTURE & COMMUNICATION / Avoir le nom de C.L.R. James inscrit sur une bibliothèque est un honneur pour la bibliothèque. L’enlever est un acte de vandalisme
Date of publication at Tlaxcala: 01/10/2010
Original: Having C.L.R. James’s name on the library is an honor -- to the library. To remove it is an act of vandalism

Au rendez-vous de la victoire
Avoir le nom de C.L.R. James inscrit sur une bibliothèque est un honneur pour la bibliothèque. L’enlever est un acte de vandalisme

Scott McLemee

Translated by  Isabelle Rousselot

 

 

Un des tournants de ma vie a eu lieu en 1988 lorsque j’ai fait la découverte des écrits de C.L.R. James. Le mot « découverte » s’applique pour plusieurs raisons. D’une part, la plupart de ses œuvres sont difficiles à trouver. Mais surtout parce qu’en le lisant, j’avais l’impression de découvrir un nouveau continent. 

 
James est né à Trinidad (Trinité-et-Tobago, Antilles) en 1901 et est mort en Angleterre en 1989 (Je n'ai même pas eu le temps de trouver le courage pour lui écrire). Il avait débuté comme homme de lettres en publiant des nouvelles et un roman sur la vie des Antillais les plus pauvres. Il a continué à écrire sur ce qui est encore aujourd'hui la référence historique de la révolte des esclaves haïtiens, “Les Jacobins Noirs” (1938). Paul Robeson joua le rôle de Toussaint Louverture dans sa pièce de théâtre, basée sur une recherche pour ce livre. En 1939, il partit au Mexique pour s'entretenir de politique avec Léon Trotsky. Quelques années plus tard, et en partie à cause de certains désaccords qu'il eut avec Trotsky, James et ses partisans aux USA publièrent la première traduction en anglais du livre de Karl Marx, Manuscrits sur l'économie et la philosophie de 1844 (au début des années 60, les commentaires de ces textes devinrent une industrie artisanale mais James avait été l'initiateur en 1947).
 
Il était un ami très proche de Richard Wright et parla DANS l'église du pasteur Martin Luther King. Un temps, James fut emprisonné par le gouvernement US sur Ellis Island, pour agitation dangereuse. En détention, il rédigea un livre sur Herman Melville qu'il décrivit comme le prophète du totalitarisme du 20ème siècle – avec l'insinuation claire que les USA n’en étaient pas immunisés.
 
Établi en Grande-Bretagne, il écrivit un livre sur l'histoire et la signification du cricket avec pour titre “Beyond a Boundary” (Sans frontière – 1963). Tout le monde s'accorde pour dire que c'est un des classiques sur ce sport. Étant à la fois peu athlétique et américain, j’étais prêt à les croire sur parole. Mais après l’avoir lu par curiosité, j’ai trouvé le livre fascinant bien que la règle du jeu me soit restée incompréhensible.
 
Bien entendu, ceci est un survol très abrégé de sa vie et de son œuvre. L’homme était une multitude. Il y a quelques années, j’ai tenté de présenter une ébauche plus complète dans un court article de magazine et j’ai publié une sélection de ses écrits difficiles à trouver pour l’University Press du Mississippi.
 
Entretemps, son nom est devenu de plus en plus connu et c'est une bonne chose comparée au moment de sa mort il y a plus de deux décennies. Et c’est particulièrement vrai parmi les jeunes gens. Ils considèrent souvent comme normal qu'une personnalité politique ou littéraire puisse être, comme l'était James, transnationale dans le sens le plus fort du terme, pensant, écrivant et agissant « au-delà des frontières «  de quelque contexte national que ce soit. Il vivait et travaillait au 20ème siècle bien sûr mais James fait partie des auteurs que le 21ème siècle fera siens.


La Bibliothèque C.L.R. James 
24-30 Dalston Lane
Hackney
London
E8 3AZ


Il est donc consternant d'apprendre que la bibliothèque C.L.R. James à Hackney (un faubourg de Londres) va être renommée Bibliothèque et archives de Dalston, d'après le quartier où se situe le bâtiment. James était présent quand la bibliothèque fut baptisée en son honneur en 1985. Les autorités locales affirment qu'elles continueront à honorer la mémoire de James malgré le changement de nom. Mais cela paraît peu convaincant et peu satisfaisant. Il y a une pétition qui circule contre le changement de nom de la bibliothèque, laquelle j'espère sera signée et diffusée par les lecteurs de cet article.
Certains ont déclaré que le changement de nom serait une insulte, pas seulement pour la mémoire de James mais aussi pour la communauté dans laquelle la bibliothèque est située, car Hackney comporte une importante population noire. Je n'en sais pas assez pour juger si ceci est une offense volontaire. Mais le fait de vouloir rebaptiser a une portée qui va bien au-delà de la politique locale du nord de Londres.
 
C.L.R. James était un révolutionnaire : qu'il se retrouva en prison pendant quelques temps, paraît somme toute, assez révélateur. Mais il était également un produit parfait de la tradition culturelle qu'il aimait appeler la civilisation occidentale. Il utilisait cette expression sans sarcasme évident, ce qui est assez remarquable étant donné son anti-impérialisme constant. Considérant ses études sur l'histoire de l'Afrique et des Antilles, il aurait pu répondre comme Gandhi à qui on avait demandé ce qu'il pensait de la civilisation occidentale : “Je pense que ce serait une bonne idée.” [La question posée à Gandhi par un journaliste britannique était : "Que pensez-vous de la civilisation britannique ?", NdE]
 
Lorsqu'il était enfant, James relisait le roman satirique de Thackeray,Vanity Fair, jusqu'à l'avoir presque mémorisé en entier : ceci lui a peut-être servi d'initiation à la critique sociale. Il fait remonter ses idées sur la politique à la Grèce antique. James considérait l'Oraison funèbre de Périclès comme une clef pour comprendre L'État et la Révolution de Lénine. Et il y a un film vidéo qui le montre en train de parler à un public d'étudiants britanniques au sujet de Shakespeare et leur disant qu'il avait écrit “les meilleures pièces de théâtre que je connaisse sur l'impossibilité d'être roi.” Tout comme sa vision du Capitaine Achab en prototype de Staline : c'est un cas de critique en lecture métamorphique. C'est excentrique mais ça vous poursuit longtemps.
 
Harold Bloom (critique littéraire et professeur usaméricain) n'approuvera sans doute pas ce que James a fait avec le canon [allusion au livre d’Harold Bloom, The Western Canon, une étude des 26 œuvres classiques constituant selon l’auteur le canon occidental, NdE]. Et Allan Bloom (philosophe usaméricain, auteur de L’âme désarmée, un pamphlet contre l’éducation libérale et la culture de masse, NdE]) aurait été horrifié, sans aucun doute. Mais cela aide à expliquer certaines gênes de James sur la naissance des études afro-américaines en tant que discipline universitaire. Il a enseigné la matière, non sans appréhension, pendant quelques temps au Federal City College, qui s'appelle aujourd'hui l'Université du District de Columbia.
 
 “Pour moi”, a -t-il déclaré lors d'une conférence en 1969, “il n'y a pas d'études afro-américaines. Il y a des études dans lesquelles les personnes noires et l'histoire noire, si longtemps ignorées, peuvent enfin recevoir l'attention qu'elles méritent... En tant que marxiste, je ne connais pas de telles choses qu'on appelle les études afro-américaines. Je ne connais que la lutte du peuple contre la tyrannie et l'oppression dans un certain cadre politique et particulièrement, pendant les deux cent dernières années. Il est impossible pour moi de séparer les études afro-américaines des études « blanches » quelle que soit la perspective théorique.”
 
Le raisonnement de James ici est peut-être trop subtil pour être diffusé sur internet (j'écris ses mots avec une légère hantise en pensant aux probables conséquences). Mais les implications sont importantes et elles s'appliquent avec une force particulière à la circonstance actuelle, l'idée de rebaptiser la bibliothèque C.L.R. James à Londres.
 
Les personnes d’origine afro-caribéenne en Angleterre ont entièrement raison de vouloir que James soit honoré. Mais pas moins que, s'il était encore vivant, Martin Glaberman, un ouvrier d'usine blanc à Détroit qui est ensuite devenu professeur de sciences sociales à Wayne State University (je pense à lui car c'est Marty qui conservait tous les livres disponibles de James quand je me suis pris d'intérêt pour eux). James était le lien entre les activistes et les intellectuels en Europe, Afrique, et aux Amériques et son cosmopolitisme comprenait un effort constant pour connecter la tradition culturelle à la politique moderne. Pour citer une traduction qu'il a faite d'un poème d'Aimé Césaire, “Aucune race n'a le monopole de l'intelligence, de la beauté, de la force, et il y a une place pour tous au rendez-vous de la victoire. ”
 
Avoir le nom de C.L.R. James sur la bibliothèque est un honneur, pour la bibliothèque. L'enlever est un acte de vandalisme. Merci de signer la  pétition.
 
 
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Courtesy of l'auteur
Source: http://www.insidehighered.com/views/mclemee/mclemee307
Publication date of original article: 22/09/2010
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=1608

 

Tags: C.L.R. JamesTrinité-et-TobagoHistoireMarxismeRévolutionAfriqueÉtudes afro-américainesToussaint LouvertureHaïtiAmériquesÉtats-Unis d'AmériqueUSAAntillesCricketMartin Glaberman
 

 
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