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 17/10/2019 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 EDITORIALS & OP-EDS 
EDITORIALS & OP-EDS / Effaçons le nom de l'Europe de nos esprits et de nos cœurs
Date of publication at Tlaxcala: 19/07/2015
Original: Let’s cancel the name of Europe in our minds and in our hearts
Translations available: Italiano 

Effaçons le nom de l'Europe de nos esprits et de nos cœurs

Franco 'Bifo' Berardi

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

 

Une semaine amère

Le dimanche 5 juillet, la victoire du OXI nous a donné l'illusion que la rupture de la chaîne financière était possible. Une semaine plus tard, nous découvrons que la chaîne est plus draconienne que jamais. La semaine d'humiliation pour les Grecs a été une semaine d'humiliation de la décence et de la démocratie dans toute l'Europe.

Pour la troisième fois en l'espace d'un siècle, l'Allemagne a détruit l'Europe.
 

Jup, Roumanie

Mais nous devrions tirer des leçons de l'expérience de cette semaine amère. La première leçon est la suivante: ceux qui croient en l'unité de l'Europe sont perdants. Ceux qui méprisent l'idée de l'Europe sont gagnants. Les Grecs ont accepté la misère et l'humiliation parce qu'ils croient en l'Europe. Les Allemands n'ont jamais accepté la solidarité européenne; ils ont toujours été persuadés que la racaille feignante méridionale n'en a qu'après leur argent. Leur refus d'accepter la responsabilité pour les migrants qui viennent de la Méditerranée, leur refus de payer des réparations de guerre à la Grèce, et leur violence contre le gouvernement Tsipras sont autant de preuves de leur rejet absolu de la solidarité européenne. Voilà pourquoi ils sont en train de gagner.
 
Nous devons en tirer une leçon: effaçons le nom de l'Europe de nos esprits et de nos cœurs.
 
La deuxième leçon que nous devons tirer est que la gauche politique est morte. La défaite de Syriza est l'énième preuve de l'impossibilité de combattre le capitalisme financier d'une manière démocratique. La voie des élections démocratiques a été barrée par des actes de terrorisme allemands. Les Espagnols, les Italiens et les Portugais savent maintenant que le vote de gauche est dangereux, car il les expose à des représailles violentes des finazis.
 
En Italie comme en France, la seule alternative à cette forme d'oppression coloniale financière est le nationalisme: la Ligue du Nord, Front national et l'UKIP sont les seules forces qui ont une certaine crédibilité face aux finazis.
 
Maintenant, nous pouvons voir de manière limpide que l'Union européenne implique en même temps la marginalisation du mouvement ouvrier et syndical et l'imposition coloniale de la prédation financière.
 
Je sais très bien que la haine des colonialistes favorise le nationalisme dans les pays colonisés. Cela a toujours été la limite des mouvements anticoloniaux : le danger d'être pris au piège dans une identité nationale, et l'incapacité à voir que le capitalisme est la véritable source de l'oppression colonialiste. Néanmoins, nous ne pouvons pas refuser de voir que le nationalisme économique allemand est la force oppressive qui appauvrit les pays colonisés de l'Europe.
 
Le nationalisme allemand n'est pas comme les autres nationalismes. Il est basé sur une insensibilité à la souffrance des autres, et sur la primauté absolue de l'exercice automatisé du pouvoir. L'extermination de tout ce qui est dysfonctionnel est la caractéristique essentielle de son histoire culturelle.
 
Nous essayons de ne pas voir cette évidence simple, et nous nous disons: Schäuble et Merkel ne sont pas en train de tuer les gens. C'est vrai, mais nous n'avons pas encore vu le dernier acte de la tragédie et de toute façon, n'oublions pas que les suicides montent en flèche en Grèce, et que le massacre yougoslave des années 90 a d'abord été l'effet de la provocation allemande. Ils ne l'envoient plus la SS. Ils envoient de l'argent, et quelques oustachis locaux (Aube Dorée?) feront le travail.
 
L'avenir de l'Europe est sombre. Que pouvons-nous faire?
 
Comme commentaire de la défaite  de Syriza, j'ai vu dans la magnifique web-magazine appelé Euronomade, le titre: «Nous allons continuer la lutte". Malheureusement, ces mots sonnent de manière pathétique. Que veulent donc dire nos  amis euronomadiques? Quel est le sens du mot: «continuer»? Nous avons été incapables de nous battre.
 
Qu'avons-nous fait au cours du martyre grec? Avons-nous occupé des ambassades allemandes ? Avons-nous détruits des boutiques BMW ? Avons-nous organisé des grèves de masse ?
 
Je n'ai vu aucun combat dans les rues d'Italie et de France. Le plus triste dans la semaine amère d'humiliation a été le silence dans les villes d'Europe : impuissance et dépression. Pourquoi devrions-nous nier cette vérité simple? Je pense que nous ferions mieux d'accepter la leçon de l'humiliation; nous devrions partir de cette leçon, et construire là-dessus.
 
Tout d'abord, le mouvement social doit se considérer comme un hôpital militaire (comme François l'a dit de l'Église): par la création d'espaces pour l'autoguérison, les soins et la solidarité avec les humiliés.
 
Deuxièmement, nous devons lancer la puissante offensive des dépossédés : l'insolvabilité, le retrait, l'abandon de la scène politique, et le défaitisme dans le sillage de la guerre qui déjà se profile dans chaque niche du monde.
 
Et durant le retrait, au cours de la dévastation que la guerre est en train de provoquer, nous devons préparer les conditions pour l'après, le communisme.
 

Sortir de l'Europe est impossible, comme nous l'avons vu, parce que l'Europe est une prison bien gardée. La seule sortie du piège européen est la sortie du capitalisme.

NDT : L'auteur vient d'écrire aux organisateurs du festival Poetische Quelle à Berlin, prévu du 27 août au 4 septembre, pour leur annoncer qu'il décline leur invitation et leur demande de lire un message aux participants, dans lequel il déclare :

"Je n'identifie pas le peuple allemand avec le régime nazi du passé, loin de moi une telle idée. Je ne crois pas plus à l'existence du peuple. Je crois dans les singularités, dans les classes sociales qui se battent pour leurs intérêts et dans les agrgéations temporaires de gens partageant les mêmes attentes et les mêmes désirs.
Cependant, je sais aussi ceci : une majorité écrasante des personnes que je rencontrerais dans les rues allemandes d'une ville allemande soutiennent les mesures d'austérité qui ont détruit la vie de millions de personnes et sont en train de détruire la solidarité européenne.
Ces dernières années j'ai été à Berlin de nombreuses fois et j'ai eu la possibilité de parler avec de nombreux amis qui, comme toi (Michael, le destinataire du message)  veulent vivre en paix et créer des réseaux d'échange culturel entre égaux. Mais en ce moment, alors que mes amis grecs sont humliliés et appauvris, alors que l'Europe s'est transformée en protectorat colonial de la Deutsch Bank, je trouverais hypocrite de venir bavarder  poliment dans un espace public de l'Etat colonisateur.
J'écris ces mots depuis la Grèce, un pays qui dans un passé lointain a été détruit par le terrorisme de guerre allemand et qui est maintenant détruit par le terrorisme financier allemand.
Je pense que mon devoir intellectuel aujourd'hui est de transmettre le sens diffus de dégoût que la terreur financière de l'Allemagne est en train de provoquer chez des millions de personnes.
Je ne déserte pas ce Festival : ce message parle pour moi.
Jusqu'ici nous n'avons pas entendu de protestation forte et claire d'intellectuels allemands contre l'infamie de leurs dirigeans anti-européens.
Je demande que mes mots puissent aider les gens bien de ton pays à arrêter cette infamie, avant qu'il soit trop tard."

 

 

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.versobooks.com/blogs/2129-bifo-let-s-cancel-the-name-of-europe-in-our-minds-and-in-our-hearts
Publication date of original article: 17/07/2015
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=15340

 

Tags: 4ème Reich3ème MémorandumUEropeGrèceAllemagneCapexitAlternatives au capitalismeCommunisme
 

 
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