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 ASIA & OCEANIA 
ASIA & OCEANIA / La victoire électorale du Parti de l'homme ordinaire à Delhi : un coup de balai contre la caste au pouvoir en Inde
Date of publication at Tlaxcala: 26/02/2015
Original: The lamp that put out a storm in India
After the election victory of the Common Man's Party in Delhi


La victoire électorale du Parti de l'homme ordinaire à Delhi : un coup de balai contre la caste au pouvoir en Inde

Supriyo Chatterjee সুপ্রিয় চট্টোপাধ্যায়

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Narendra Modi, le Premier ministre le plus droitier de l'histoire de l'Inde, vient de subir une défaite personnelle humiliante dans la capitale, Delhi, huit mois seulement après une victoire électorale monstre aux élections législatives fédérales et alors que l'Inde paraissait se soumettre à son influence hégémonique. Beaucoup de ceux qui n'avaient pas voté pour lui peuvent ranger leurs anti-dépresseurs, du moins pour l'instant.

Le parti de Modi, le BJP (Parti du peuple indien), n'a remporté que trois des 70 sièges à l'Assemblée de Delhi tandis que l'AAP (Aam Aadmi Party, Parti de l'homme ordinaire) a raflé les 67 autres. Le BJP a dépensé environ 80 millions de dollars pour les élections et a mobilisé ses parlementaires, ses ministres fédéraux, et des milliers de cadres de la RSS, l'organisation de troupes de choc hindoue, pour vaincre un parti de deux ans d'âge qui n'avait ni l'argent, ni la couverture médiatique saturée de son rival. Modi disait voir les élections à Delhi comme un indicateur de l'humeur du pays et comme un référendum sur sa popularité. Quelques jours avant les élections, lorsque la perspective de sa défaite est devenue évidente mais pas son échelle, les dirigeants de son parti ont commencé à nier ces deux affirmations. L'AAP a remporté 53% des voix populaires (le BJP avait remporté les élections législatives fédérales avec moins d'un tiers de tous les votes), en majorité provenant des femmes, des jeunes, des minorités, les pauvres urbains et des castes et classes moyennes. Les trois sièges remportés par le BJP l'ont été dans les zones les plus prospères de Delhi, où les Hindous de castes supérieures sont majoritaires.

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Arvind Kejriwal branidssant le symbole du parti, un balai

La victoire de l'AAP est de la dynamite politique qui fait voler en éclats l'aura d'invincibilité de Modi fabriquée par les grands médias et le fatalisme du "Widerstand ist zwecklos" (la résistance est inutile). Né d'un mouvement anti-corruption, il a obtenu sa victoire avec la promesse d'un gouvernement propre et de mesures sévères contre la corruption. Les électeurs se souvenaient de son premier gouvernement minoritaire de 49 jours lorsque les policiers ont arrêté de demander des pots-de-vin et le travail dans les administrations était effectué sans que l'argent change de mains. La corruption est plus qu'une question morale pour le peuple : elle entraîne une ponction importante dans leurs revenus. L'AAP a pris à bras le corps les questions du harcèlement des femmes, les services pour les pauvres urbains tels que la fourniture subventionnée d'eau et d'électricité, la légalisation des colonies de squatters ainsi que des incitations pour les entreprises et des services wifi gratuits qui ont attiré les votes de la classe moyenne. Il a réussi à prendre en compte les aspirations des citadins pauvres sans s'aliéner les classes moyennes.

La victoire de l'AAP a également été le résultat d'une année de travail silencieux de milliers dehttp://tlaxcala-int.org/upload/gal_9826.jpg militants au sein des communautés et de l'immense autorité morale de son chef, Arvind Kejriwal, un ancien inspecteur des impôts qui s'en est pris à l'establishment à chaque étape de sa vie politique. Le parti a organisé des rencontres avec diverses communautés de base de Delhi et a élaboré ses promesses électorales avec elles. Il a travaillé avec les gens sur une base quotidienne jusqu'à ce qu'il devienne le parti de confiance vers lequel ils pouvaient se tourner. Les gens ont vu en Kejriwal l'homme qui oserait nettoyer le système, sans négocier avec les mafias puissantes qui étranglent la capitale de l'Inde, comme toutes les autres villes. Ils ont également envoyé le message au BJP que leur vote pour Modi aux élections nationales ne signifiait pas qu'il pouvait gouverner l'Inde selon ses caprices et fantaisies. Juste avant les élections de Delhi, le président Obama était dans la capitale indienne où le Premier ministre l'a accueilli dans un costume à 200 000 dollars avec son nom imprimé sur les rayures. Voilà un homme qui avait vendu son image en insistant sur son humble origine de vendeur de thé, et qui maintenant s'habillait et se comportait comme un empereur médiéval hindou mégalomane. Presque rien ne s'est passé sur le terrain pour que les Indiens ordinaires en arrivent à penser que des jours meilleurs sont arrivés, comme Modi le leur avait promis lors de sa campagne. Au lieu de cela, les lois ont été modifiées pour la prochaine vague d'accaparement des terres au profit du grand capital alors que le Premier ministre reste au frais chez lui et n'est visible à la télévision que lors de ses voyages incessants dans des capitales étrangères.

La plupart des analystes conviennent que les élections indiennes de février à Delhi ont été un séisme politique, mais personne ne sait vraiment dans quelle direction ses répliques vont aller et quelle sera leur intensité. Avec 17 millions d'habitants, la capitale est le centre urbain le plus peuplé de l'Inde, mais il ne représente que 1,5% de la population du pays. L'AAP a lui-même dit qu'il n'a pas dans l'immédiat les ressources ou les effectifs pour s'implanter dans tout le pays. Il veut participer à des mouvements populaires dans d'autres États tout en espérant donner un exemple de bonne gouvernance à Delhi au cours des prochaines années. Mais son influence semble avoir déjà atteint l'État voisin de l'Haryana où un mouvement de paysans contre l'acquisition forcée des terres commence à prendre forme. L'AAP reste culturellement un parti du Nord de l'Inde et il aura plus de difficultés,  au-delà des barrières culturelles, à se propager vers le Sud ou l'Est, sauf dans des poches urbaines cosmopolites comme Bangalore. Son influence plus immédiate a plutôt été d'agir comme un catalyseur pour les partis politiques et les mouvements populaires autres que le BJP pour retrouver leur courage.

Kejriwal  à Modi : "Hé! T'es qui, toi ?"
Manoj Kureel, NitiCentral

L'influence la plus durable de l'AAP pourrait être celle qui est le plus difficile à mesurer. Les partishttp://tlaxcala-int.org/upload/gal_9827.jpg traditionnels de gauche en Inde ont été des copier-coller réduits des modèles russes et chinois tandis que les partis dominants ont copié la version anglo-saxonne et, dans le cas du le BJP, les formations politiques allemandes et italiennes de l'entre-deux guerres. Kejriwal a façonné un modèle indien original et très mélangé qui intègre les traditions gandhienne, socialiste, religieuse et nationaliste pour créer une idéologie et un parti remettant en cause le grand capital et redéfinissant le rôle de l'État dans le travail comme outil au service de la majorité pauvre sans remettre en cause le capitalisme. À bien des égards, il apparait un cousin oriental de la famille Syriza/ Podemos. C'est le contour idéologique dans lequel des forces radicales de l'Inde vont se retrouver si l'AAP se renforce ou peut-être même s'il ne le fait pas. La grande inconnue, c'est si et quand Modi parviendra enfin à mettre l'État, les agences de renseignement, le système judiciaire et les médias sous son contrôle absolu dans les prochaines années, et s'il décidera alors d'éradiquer l'AAP en recourant à la violence de l'État et à la puissance musculaire de la RSS. Le modèle horizontal, ouvert et hétérogène qui a permis à l'AAP de conduire une rébellion interclassiste contre Modi survivra-t-il à la tempête à venir? Et, même si à ce stade l'AAP s'effrite comme parti organisé, son héritage idéologique sera-t-il à même de se diffuser pour surmonter le modèle Modi de création de hameaux stratégiques de l'hindouisme coercitif pour les masses tout en ouvrant les portes au pillage par le capitalisme des requins de la finance ?





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://tlaxcala-int.org/article.asp?reference=14276
Publication date of original article: 26/02/2015
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=14277

 

Tags: IndeAAPArvind KejriwalBJPNarendra ModiÉlections indiennesDelhiCorruptionParti de l'homme ordinaire
 

 
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