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 28/01/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 UMMA 
UMMA / L’État islamique, un monstre créé par l’intervention occidentale
Date of publication at Tlaxcala: 21/08/2014
Original: Islamic State: The monster Western intervention created
Translations available: Español 

L’État islamique, un monstre créé par l’intervention occidentale

David Hearst

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Un gouvernement véritablement non-sectaire peut au moins retarder la fragmentation de l'Irak, mais les fossés créées par la stratégie politique US tordue de l’après-Saddam semblent trop larges pour pouvoir être comblés

Les combattants de l'État islamique  en marche vers Mossoul.  (AFP)

Avant que la Grande-Bretagne s’implique dans une autre intervention contre les insurgés sunnites en Irak, David Cameron devrait lire le Coran/ Verset 216, chapitre 2 dit: " Le combat vous a été prescrit alors qu'il vous est désagréable. Or, il se peut que vous ayez de l'aversion pour une chose alors qu'elle vous est un bien. Et il se peut que vous aimiez une chose alors qu'elle vous est mauvaise. C'est Allah qui sait, alors que vous ne savez pas.» (Sourate 2, verset 216).

Sages paroles pour un Premier ministre britannique tenté d’effacer tous ces souvenirs humiliants de Bassorah. Les deux réponses réflexes à l'effondrement soudain et complet de la politique occidentale d’"après-guerre" en Irak, sont: armer les Kurdes et tout miser sur l'homme nouveau, Haider al-Abadi.
Tout le monde l'aime, mais s'avèrera-t-il être bon pour ceux? Pour certains peut-être, mais pas pour tous. L’historien syrien Sami Moubayed est loin d'être convaincu. Il a écrit dans Middle East Eye : "Abadi n'est pas un modéré - loin de là - et il n'est pas moins islamique que Nouri al-Malki ... L'islam chiite est au cœur de son idéologie et il n’aurait pas pu avoir été nommé Premier ministre sans la bénédiction du gouvernement iranien ".
 
Les partisans d’Abadi devraient maintenant se poser des questions embarrassantes, comme la raison pour laquelle l'État islamique est allé aussi loin et pourquoi il peut maintenant être difficile à déloger. Cameron présume une campagne aérienne de courte durée, mais pourquoi devrait-elle être aussi brève que celle l'OTAN en Libye? Pensez à la place au parallèle que les talibans en Afghanistan offrent, où, quelque soit le désespoir provoqué chez les Pachtounes par l'insurrection, ils ont plus peur de la tyrannie corrompue du maître de Kaboul. Mieux vaut avoir un tyran honnête qu'un corrompu.
 
L’armement, l'organisation et l'idéologie sont des facteurs de la montée de l’ÉI. Mais la partie la plus importante de leur arsenal a peu à voir avec les prouesses militaires ou la ferveur religieuse, même si les deux aident. C'est leur promesse de se tailler un État à majorité sunnite dans l'épave de deux États à dominante chiite brisés, la Syrie et l'Irak.
 
L’Irak de l'après-Saddam est une construction sectaire dans lequel le pouvoir est attribué selon le poids ethno-confessionnel. Le sectarisme était la formule que le premier proconsul US de l'Irak Paul Bremmer a utilisé pour la composition des premiers gouvernements de transition de l'Irak - qui comprenaient 13 chiites, cinq sunnites, cinq Kurdes, un Turkmène et un Assyrien. Washington aime à se présenter comme souffrant d'un trouble de déficit de l'attention dans les terres qu'il a envahi.
 
Mais les USA ne sont pas un parent inattentif. Il a en effet fallu l'attentat de février 2006 contre la mosquée Al Askari à Samarra, un sanctuaire chiite sacré, pour déclencher la guerre civile, mais les forces spéciales US utilisé des paramilitaires chiites à leurs propres fins, pour détourner les attaques des insurgés sunnites contre leurs troupes.
 
Le sectarisme, aussi, était la marque de fabrique du pouvoir personnel  de Maliki. Le financement US de tribus sunnites contre Al-Qaïda, leur tentative hésitante a amené Maliki à absorber les Sahwa* dans l'armée irakienne, ou même leurs tentatives actuelles de ranimer les Sahwa , sont des exceptions à la règle, et viennent après coup. Le motif des envois de renforts militaires et de l’achat des tribus sunnites était d’ouvrir la voie à un désengagement des troupes de combat US. Cela n'a jamais été conçu comme un effort soutenu pour modifier l'équilibre du pouvoir post-Saddam.
 
Les tribus sunnites qui se sont retournées contre Al-Qaïda ont été trahies et ignorées. Si on vous promet le pouvoir politique, quand vous déposez les armes, vous êtes en droit de vous attendre à y accéder ou alors vous reprendrez les armes. L'expérience politique a pris fin pour eux lorsque le Bloc Irakien, qui était non-sectaire, a été mis au rencart. Maliki a mené une guerre à grande échelle contre les gens mêmes dont il avait besoin.
 
Un ancien initié comme Ali Khedery fournit une évaluation sombre du degré de pourriture atteint par le pouvoir à Bagdad. Khedery, le responsable US qui a été le plus longtemps en service en Irak, de 2003 à 2009, a soutenu Maliki, mais il a acquis en 2010 la conviction que les USA commettaient une erreur historique en continuant à le soutenir.
"L’ Irak de Maliki –le pouvoir d’un homme, le pouvoir d’un parti, la Daoua - ressemble beaucoup à celui de Saddam Hussein - un homme, un parti, le Baath.... Il n'y a pas beaucoup de place pour la « démocratie » quand un homme et un parti étroitement liés à l'Iran contrôlent la justice, la police, l'armée, les services de renseignement, les revenus pétroliers, la trésorerie et la banque centrale. Dans ces circonstances, une reprise de la guerre civile ethno-confessionnelle en Irak n'était pas une possibilité. C'était une certitude. "
Pendant toute une année, la protestation sunnite d'Anbar a été pacifique, mais Washington ne voulait rien savoir. Le consensus qui s’était établi dans cette capitale plongée dans les ténèbres n'allait être rompu que quand les gros titres  « Qui a perdu l'Irak? » leur ont éclaté à la gueule.

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"L'aide au gouvernement irakien dépend de la guérison de ses divisions sectaires"-Jimmy Margulies

Ce n’est pas un hasard que l’ÉI soit florissant dans deux États sectaires où les sunnites ont été marginalisés, ou qu’en proclamant un nouvel État transfrontalier, l' ÉI ait recréé une entité où les Sunnites - qui en effet avaient dominé l'Irak – sont majoritaires.
 
Abadi est donc confronté à deux tâches d’envergure.  La première consiste à former un gouvernement et une gouvernance véritablement non-sectaires. Cela signifie un véritable partage du pouvoir - dans les ministères clés. La seconde est de faire face à toutes les milices extrémistes, tant l’ÉI que les milices chiites soutenues par l'Iran, comme Asa'ib Ahl al-Haq (la ligue des vertueux ou des justes). Après 11 ans de guerre et de troubles politiques continus, ce sont des tâches énormes.
 
Et aucun Premier ministre irakien potentiel, et surtout pas avec le pedigree d’un Abadi, ne peut tourner le dos à son parrain l'Iran. En effet Abadi a déjà suggéré que si les USA n'intervenaient pas, l'Iran devrait le faire. Abadi est redevable à l’ Iran de sa décision de larguer Maliki. Cela n’a peut-être été rien de plus que de la realpolitik. Qassem Suleimani, commandant de la Force Al-Qods du Corps des gardiens de la révolution iranienne, a du se rendre compte que l'Iran ne pouvait pas mener deux guerres en même temps. En Syrie, la nécessité de maintenir la vallée de la Bekaa ouverte comme cordon ombilical de l'Iran au Hezbollah, l'emportait  pour Téhéran sur toute autre considération. L'ironie est que s'ils avaient fait de même avec Bachar al Assad et a nommé un adjoint à sa place, la Syrie pourrait maintenant être dans une autre situation.
 
Le pire ennemi de l'Iran, l'Arabie saoudite, est aussi en train de paniquer. Si l'étincelle de la révolution, que les Saoudiens ont travaillé dur à éteindre, peut sauter les frontières nationales (comme elle l'a fait de la Tunisie vers l’Égypte, le Yémen, le Bahreïn et la Syrie), le fanatisme religieux de l'État islamique peut faire de même.
 
La combinaison de militantisme et de ferveur religieuse n'est sûrement pas une nouveauté pour la péninsule arabique. Il suffit de se rappeler rappeler comment Mohamed ibn Abd al-Wahhab a fait son pacte avec Ibn Saoud, le maître du Najd, et comment le wahhabisme a dès lors fait partie intégrante du royaume saoudien. Ce qui arrive aux Sunnites en Irak pourrait également se produire pour les Sunnites en Saoudie. Les Saoudiens ont soutenu Abadi sous l’effet de la panique, mais Abadi n'assurera pas le royaume contre les mêmes forces émergentes chez lui.
 
Une autre intervention US et britannique en Irak peut arrêter l'avance de l’ÉI, mais elle ne réglera pas la tâche principale : traiter les griefs politiques des Sunnites. Aussi monstrueux soit-il, l'État islamique est un monstre créé  par l’intervention occidentale .

NdT

*Sahwa : Les Sahwa (« Réveil » en arabe), aussi appelés à leur création Fils de l'Irak, sont une force supplétive de l'armée irakienne, composée d'environ 92 000 soldats, pour leur grande majorité d'anciens insurgés sunnites, créée fin 2006 par le cheikh Ahmed Abou Richa et financée par l'armée US. Ils sont d’abord apparus dans la province d'Al-Anbar, un ancien fief de l'insurrection sunnite. Considérés comme des traîtres par leurs anciens compagnons d'armes insurgés ou membres d'Al-Qaïda en Irak, les Sahwa sont passés le 2 avril 2009 du contrôle par l'armée US sous celui des autorités de Bagdad.





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.middleeasteye.net/columns/islamic-state-monster-western-intervention-created-141178395
Publication date of original article: 20/08/2014
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=13170

 

Tags: Irak État islamiquedivisions sectaires USAImpérialisme USGuerres impérialistesMilices chiitesMilices sunnitesAl-QaïdaIran
 

 
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